<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155</id><updated>2012-02-16T02:05:23.525-08:00</updated><title type='text'>Esther Besson-Pollatsek</title><subtitle type='html'>Thèse : la société civile hongroise</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>29</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-3709622291393245643</id><published>2007-10-08T14:09:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T14:10:26.823-07:00</updated><title type='text'>La Hongrie contemporaine : un pays divisé</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Le 23 octobre 1989, le président de la république, Matyas Szürös met fin à la république populaire et proclame solennellement la nouvelle République de Hongrie. À la suite de la chute de l'Union soviétique en 1991, la Hongrie développa des liens plus proches avec l'Europe occidentale, joignit l'OTAN en 1999 et l'Union européenne le 1er mai 2004. Avec la Pologne, la Slovaquie et la Tchéquie, elle forme le groupe de Visegrád.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Président de la République, élu par le Parlement tous les 5 ans, a un rôle surtout cérémonial. Il a le pouvoir de nommer le Premier ministre. Le Premier ministre choisit ses ministres et a le droit exclusif de les renvoyer. Chaque personne nommée pour un ministère passe devant un ou plusieurs comités parlementaires dans des auditions consultatives ouvertes et doit être formellement approuvée par le Président.&lt;br /&gt;L'Assemblée nationale de Hongrie (la Országgyűlés), unicamérale, comprend 386 membres. Elle exerce le pouvoir législatif en votant des lois d'initiative gouvernementale ou parlementaire. Un parti doit gagner au moins 5 % du vote national pour former une faction parlementaire. Les élections parlementaires nationales ont lieu tous les 4 ans (les dernières ont eu lieu en avril 2006).&lt;br /&gt;La Cour constitutionnelle (15 membres) juge de la constitutionnalité des lois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vie politique en Hongrie se caractérise par des rapports inhabituellement violents et haineux entre la gauche et la droite. La population prend part à cette lutte politique à outrance. Lors des élections législatives de 2002 le pays s’est véritablement scindé en deux. L'importance donnée à ces élections dépassait largement son enjeu réel, la campagne était devenue une « question de vie ou de mort ». Viktor Orban appelait alors à faire barrage au retour des « communistes » censés vendre le pays à l'étranger et trahir les communautés hongroises vivant dans les pays voisins — la question des minorités hongroises avait alors une grande importance dans le débat politique. Quant à la gauche, en rappelant les appels du pied d'Orban envers l'extrême droite du MIEP et son discours de plus en plus nationaliste, elle exhortait la population à défendre la démocratie contre les tendances extrémistes de la droite.&lt;br /&gt;Depuis la situation s'est beaucoup apaisée, même si les tensions restent fortes. Le Fidesz a en grande partie abandonné sa rhétorique nationaliste. Bien que le parti n'ait jamais admis cette analyse, beaucoup considèrent que sa défaite de 2002 est due au fait qu'il a effrayé son électorat plus centriste.&lt;br /&gt;En 2006, la droite hongroise s'attendait à retourner au pouvoir après 4 ans dans l’opposition. Majoritaire dans les sondages jusqu'au mois de mars, le Fidesz a cependant perdu les élections. Cet échec constitue une première dans la vie politique hongroise depuis la transition démocratique dans la mesure où un gouvernement sortant, cette fois la coalition de centre-gauche formée par le MSZP (socialistes) et le SZDSZ (libéraux) réussit à se maintenir au pouvoir. De nombreux analystes attribuent ce nouvel échec électoral du Fidesz à son incapacité de se reformer suite à 2002 et surtout à la rhétorique populiste que ces principaux dirigeants n’ont jamais tout à fait abandonné au cours des dernières années.&lt;br /&gt;Suite à la victoire de la gauche, le premier ministre Ferenc Gyurcsány (arrivé au pouvoir en octobre 2004 suite à un dit « coup » renversant Péter Medgyessy et organisé dans les rangs du MSZP), se lance dans des réformes à vocation surtout néo-libérale. Depuis le début de l’année 2006, le déficit budgétaire du pays risque de nuire au fonctionnement de son service public et de mettre en cause la compétitivité de son économie. Ces réformes, marquées notamment par une hausse des impôts et de licenciements importants dans la fonction publique, sont largement controversées non seulement dans les rangs de l’opposition de droite mais aussi au sein du Parti socialiste.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-3709622291393245643?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/3709622291393245643/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=3709622291393245643' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3709622291393245643'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3709622291393245643'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/la-hongrie-contemporaine-un-pays-divis.html' title='La Hongrie contemporaine : un pays divisé'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-68688011049984195</id><published>2007-10-08T14:02:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T14:08:53.821-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Sous la dictature soviétique</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Après 1945 : accords de Yalta pousse la Hongrie dans le giron soviétique.&lt;br /&gt;Février 1947 : traité de Paris. Rétablissement des frontières de 1920, Hongrie condamnée à payer 300 millions de dollars de réparations dont 200 à l’Union soviétique, 70 à la Yougoslavie et 30 à la Tchécoslovaquie. Le traité ne tient pas compte de la répartition ethnique et ne garantit pas le droit des minorités.&lt;br /&gt;Echange de population entre la Hongrie et la Tchécoslovaquie concerne 70 000 personnes. 200 000 Allemands expulsés de Hongrie. Sur 600 000 prisonniers de guerre hongrois, 150 à 200 000 périssent dans les camps soviétiques.&lt;br /&gt;1944- 1945 : exode de centaines de milliers de Hongrois vers l’Autriche et l’Allemagne, dont 100 000 au moins ne sont pas revenus.&lt;br /&gt;Un demi-million de Juifs ont été déportés, dont 150 000 ont pu regagner la Hongrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1949 : la Hongrie adhère au CAEM (Conseil d’aide économique mutuel).&lt;br /&gt;1955 : adhésion au pacte de Varsovie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Novembre 1945 : élections. Démocratie parlementaire assure la victoire du parti des petits propriétaires. Gouvernement de coalition formé avec l’aide des sociaux-démocrates, communistes et parti national paysan.&lt;br /&gt;1er février 1946 : constitution démocratique adoptée. Président pasteur calviniste Zoltàn Tildy (1889- 1961). Très important travail de reconstruction. Réforme agraire. Nationalisation des banques et entreprises de plus de 100 employés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parti communiste dirigé par Màtyàs Ràkosi (1892- 1971) et soutenu par l’Union soviétique accuse ses adversaires de conspiration, notamment à l’encontre du président du Conseil Ferenc Nagy et du cardinal Jozsef Mindszenty. Puis renforcement de sa position par l’organisation d’élections truquées et mouvements de masse pour des revendications politiques et sociales.&lt;br /&gt;Juin 1948 : unification du parti communiste et social-démocrate sous la bannière « Parti des travailleurs hongrois ».&lt;br /&gt;Août 1948 : nouvelle constitution instaurant la république populaire, système socialiste, parti unique, centralisation étatique, nationalisation de l’économie et planification. Même les maisons d’habitation ayant plusieurs locataires sont nationalisées en 1952.&lt;br /&gt;Dans le domaine agricole, collectivisation forcée et collecte obligatoire : diminution de la production et pénurie des denrées alimentaires.&lt;br /&gt;La planification permet le développement de l’industrie lourde.&lt;br /&gt;1948 : nationalisation de l’enseignement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juin 1949 : purifications au sein même du parti.&lt;br /&gt;Procès de Làszlo Rajk (1909- 1949), ancien ministre de l’Intérieur puis des Affaires étrangères, exécuté en tant qu’agent des services secrets étrangers et notamment yougoslaves. Permet de centraliser le pouvoir autour de Ràkosi. Fortes répressions. Baisse du niveau de vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jusqu’en 1945, la Hongrie reste divisée entre élites et peuple. On retrouve ces clivages au niveau de la diversité associative : clubs et associations de défense d’intérêts se situent dans une lignée bourgeoise et élitiste, alors que le socialisme ouvrier et agraire fait des émules. Contre le régime de Horthy, les communistes représentaient une force d’opposition, fondée sur le rationalisme issu des Lumières et non sur l’exaltation nationaliste. Entre 1945 et 1947, ils soulèvent l’espoir de l’implantation d’une République démocratique : réforme agraire, instruction et culture pour tous, liberté associative. En deux ans, le régime soviétique va implanter une égalité de force, qui va bouleverser les anciennes distributions du pouvoir. En soubassement, c’est encore une fois la défense de l’identité nationale qui a permis de lier les individus entre eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157233"&gt;&lt;strong&gt;Fonder une nouvelle société&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Premièrement, la réforme agraire de 1945 permet de supprimer le pouvoir des grands propriétaires fonciers et de transférer les terres aux paysans. Ces derniers sortent victorieux des uniques élections libres organisées en novembre 1945 : le parti des petits propriétaires remporte alors 57% des voix, les communistes seulement 17. Après des siècles d’oppression, la liberté républicaine est un espoir formidable de mettre enfin fin à l’archaïsme du pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, persécutés et massacrés sous le régime de Horthy, les Juifs ayant survécu aux camps considèrent plus que quiconque les Soviétiques comme des libérateurs. Sans véritables assises sociales malgré leur succès en tant que force d’opposition durant la guerre, les communistes doivent créer une nouvelle société de toutes pièces. Ils commencent donc par s’appuyer sur la petite bourgeoisie social- démocrate, majoritairement juive, opprimée par le courant nationaliste, et qui avait accédé de manière éphémère au pouvoir avec les communistes sous la République des Conseils de 133 jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Troisièmement, la démocratisation de l’instruction publique et de la culture mettent enfin la « haute culture » au service du peuple, l’éducation populaire permettant de former des cadres issus du monde paysan. Si ce mouvement d’éducation populaire est fermé dès 1948, il restera un mouvement démocratique en arrière-plan des réformes de 1956 et des années 1970.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, la vitalité du milieu associatif reprend, à l’exception des clubs et casinos des magnats élitistes. Cependant, c’est sur la logique de parti que s’appuient les communistes et non sur des cercles démocratiques et autonomes fédérant les bases populaires. Le communisme ne vient pas d’en bas mais d’en haut : il ne cherche pas à gagner une légitimité, il l’impose. D’autant plus qu’il manque de bases importantes et établies depuis longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Imposer cette légitimité suppose la destruction des voix discordantes. Et c’est peut-être en cela que le pouvoir mis en place a été le plus novateur. En effet, nous avons constaté que les associations sont de deux ordres : les unes visent à défendre les intérêts d’un groupe ou d’une classe, les autres à réformer la société dans une démarche communautaire, d’après une « vue d’ensemble » intellectuelle initiée par les sociologues. La force du pouvoir soviétique a été de porter atteinte à la structure même de la société : en l’absence de repères, en l’absence de clivages sociaux fondant les revendications du passé, les voix discordantes ne peuvent plus se fonder sur la défense d’intérêts spécifiques : c’est l’association utilitaire qui est visée en premier.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« C’est justement parce que le noyau utilitariste des idéologies allait de soi que la conduite anti-utilitariste des régimes totalitaires, leur indifférence complète à l’intérêt des masses, a constitué un tel choc. »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[1]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, un des buts fondamentaux du pouvoir soviétique est de détruire les fondements de l’ancienne société. Après avoir mis fin aux derniers liens féodaux économiques et culturels entre noblesse terrienne et paysannerie, en transférant les latifundias aux paysans, le pouvoir soviétique les asservit à son tour en introduisant la collectivisation forcée et l’industrialisation, le parti des petits propriétaires étant démantelé. Parallèlement, la nouvelle classe populaire formée par l’instruction publique et la classe petite -bourgeoise accèdent aux sphères du pouvoir.&lt;br /&gt;Le bouleversement des structures sociales est accompagné d’une série d’épurations engendrant une atomisation complète de la société : il ne subsiste que l’individu contraint par la peur, méfiant à l’égard de ses voisins potentiellement dénonciateurs.&lt;br /&gt;Dans une société où chacun a peur de l’autre ne survit aucun lien, si ce n’est la cellule familiale, détruite à son tour par les arrestations et les internements d’une part, l’enrôlement dans des associations officielles d’autre part. Au sein des Jeunesses communistes, l’enfant doit admirer Staline et le parti avant son propre père. La série d’épurations menée par la dictature fait dire à Miklos Molnàr :&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« On peut se demander si l’on s’est vraiment rendu compte du fait que la répression en apparence aveugle, insensée, opérée sans discrimination avait un but, à savoir précisément la destruction de la société civile ? »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[2]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Selon le même auteur, durant le régime stalinien de Ràkosi, 2 millions de personnes sur 9 font l’objet de dénonciation, dont 1 300 000 de poursuite pénale et un nombre inconnu d’internements. Un tiers des familles aurait compté un membre condamné.&lt;br /&gt;La Terreur rouge a donc pour effet d’instaurer la peur et le déracinement des personnes soupçonnées ou condamnées, dont l’insertion sociale devient problématique. C’est bien la suppression des liens sociaux qui est visée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En reprenant la formidable analyse faite par Hannah Arendt, on peut affirmer que le pouvoir soviétique devient pleinement un pouvoir totalitaire lorsqu’il s’appuie sur les masses. Or, en supprimant tout lien social, c’est ce qu’il vise effectivement à accomplir.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Les mouvements totalitaires sont des organisations de masse d’individus atomisés et isolés. (…) On ne peut attendre une telle loyauté que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti. La loyauté totale n’est possible que lorsque la fidélité est vidée de tout contenu concret duquel pourraient naturellement naître certains revirements. »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[3]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est ici intéressant de constater que le pouvoir soviétique ne supprime pas totalement les associations : il les reprend à son compte. En effet, l’association a alors pour but d’encadrer les individus « dans chaque sphère de sa vie ». Ainsi, le système totalitaire se construit dans un premier temps sur une double façade protectrice pour les membres dirigeants, acceptable pour ceux qui y sont extérieurs. Le maintien du milieu associatif permet d’asseoir le pouvoir sur des apparences démocratiques, que ce soit pour la population sous sa coupe ou pour les puissances étrangères. C’est pourquoi l’illusion a duré si longtemps auprès des intellectuels occidentaux et notamment français.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, les cercles associatifs sont entièrement soumis au contrôle de l’Etat, que ce soit les organisations professionnelles, syndicales, culturelles et artistiques, sportives, etc. Les fondations sont interdites. Aucun espace n’est délaissé : le pouvoir soviétique fonde et gère une nouvelle société civile. Des associations militantes sont remplacées par des organisations de masse gérées d’en haut et contrôlées centralement. La dimension « volontaire » de l’association démocratique prend ici tout son sens. Mais à la lumière de l’histoire des pays satellites, une autre question se pose : dans quelle mesure l’Etat doit-il intervenir dans une association ? L’importance des financements publics et des contrôles divers et variés ne risquent-ils pas de porter atteinte à la liberté de l’association ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le système soviétique, pouvoir politique et nouvelle société sont les réalités d’un tout indissociable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par l’intermédiaire d’un encadrement total, elle forge une société où chacun est à une place spécifique mais aussi où chacun bénéficie d’avantages auparavant dévolus aux élites : l’instruction, la culture, les arts, les congés, le sport et autres divertissements.&lt;br /&gt;Les associations ont été ainsi les fers de lance d’une égalité forcée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette démarche communautaire a été entièrement reprise par le pouvoir : l’utopie de réforme sociale intégrale a été revendiquée par l’idéologie communiste. Et c’est pourquoi elle a gardé tant de force et de défenseurs, autant parmi ses dirigeants que parmi les intellectuels occidentaux, qui ne voulaient voir que le visage positif de ce qui a été un totalitarisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, c’est sur ce plan que le pouvoir soviétique a échoué : il a négligé la force de ce petit groupe de sociologues, rejoint par des historiens, des écrivains, des journalistes et des artistes, qui formèrent l’intelligentsia à la base de la révolution de 1956.&lt;br /&gt;Dans un contexte de peur et de méfiance générale, où la société est réduite à l’individu isolé et traqué, l’intelligentsia joue un rôle capital de contre-pouvoir clandestin.&lt;br /&gt;C’est elle qui soutient le réformiste Imre Nagy dès 1953, par l’intermédiaire du journal de l’Association des écrivains, Irodalmi Ujsàg (Gazette littéraire) et le journal officiel du parti, Szabad Nép (Peuple libre). C’est au sein de l’intelligentsia communiste que se propage la rébellion par l’intermédiaire des hautes écoles, des instituts de recherche scientifique, des maisons d’édition, des théâtres. Les associations officielles représentant les journalistes, les artistes et les écrivains en sont les fers de lance. De même, après la chute de Nagy des arcanes du parti en avril 1955, c’est un groupe formé au sein même des Jeunesses communistes en mars 1955, le Cercle Petöfi, qui continuera à le défendre jusqu’à ce que la répression s’abatte sur eux. Par ailleurs, c’est encore une fois le nationalisme qui va leur permettre de fédérer la révolution de 1956.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Ce réveil de la société avait toutefois été au départ, plutôt un sursaut et ensuite une révolte des élites. Certes l’opinion publique de la majorité silencieuse souhaitait le succès de Nagy, mais le conflit ouvert s’est déroulé dans le vase clos de l’intelligentsia. Hormis un tout petit groupe au sein de l’élite politique, c’était essentiellement les écrivains, les artistes, les enseignants qui avaient appuyé la  politique réformiste et qui menaient le combat contre les dirigeants staliniens et leur puissant appareil. Toujours est-il que derrière le combat d’avant-garde des intellectuels, toute la société civile s’est redressée pour partir à l’assaut, le moment venu, contre les bastions du totalitarisme. »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[4]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157234"&gt;&lt;strong&gt;La révolution démocratique écrasée&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Les signes du dégel donnés par le XXe Congrès du parti soviétique durant lequel Khrouchtchev dénonce les crimes staliniens fait souffler un incroyable vent de liberté. Le détonateur de la révolution de 1956 est donné par la réhabilitation et les obsèques publiques de Rajk : 100 000 personnes manifestent alors en silence.&lt;br /&gt;Le 23 octobre, en solidarité avec les Polonais, les étudiants, artistes et écrivains se réunissent au pied de la statue de Petöfi et proclament une revendication en 12 points, comme l’avait fait Kossuth lors de la révolution de 1848. Au fur et à mesure de la journée et notamment après la sortie des usines implantées par la force par le régime soviétique, les milliers d’ouvriers rejoignent la foule, qui atteint alors 300 000 personnes. La radio est prise, la statue de Staline déboulonnée. Si la police politique ouvre le feu sur la foule, la police municipale fournit, elle, des fusils aux insurgés.&lt;br /&gt;L’Armée Rouge est appelée au secours : la manifestation, devenue révolte se transforme alors en révolution. Après cinq jours de lutte, Imre Nagy est nommé Premier ministre. Malgré son appel au calme, la lutte pour la liberté se poursuit. Le parti finit par être dissous : les petits propriétaires, les sociaux-démocrates et les paysans intègrent le cabinet. Si les insurgés cessent les combats, ils demandent cependant des comptes au nouveau pouvoir.&lt;br /&gt;Un nouveau système politique et social renaît de ses cendres en l’espace d’un instant : le multipartisme est instauré ; police, armée et insurgés assurent l’ordre ensemble, malgré des débordements dans les deux camps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La grande originalité de la révolution hongroise est sans conteste sa spontanéité : si un noyau dur formé par l’intelligentsia a donné une impulsion décisive, elle a été très rapidement rejointe par une foule disparate unie autour de la défense de la liberté et de l’indépendance nationale. Rapidement, cette foule s’organise en créant des organes d’autogouvernement : comités nationaux, conseils révolutionnaires, conseils ouvriers, assurant la direction d’un quartier, d’une institution, d’une usine.&lt;br /&gt;Alors que les conseils révolutionnaires organisent la vie politique, les conseils ouvriers gèrent le volet économique. Les conseils sont, dans un premier temps, la seule alternative aux partis, mais un parti qui serait directement issu du peuple sans idéologie ni théorie préalable. C’est la confiance qui en lie les membres et la force de conviction qui en distingue les meneurs. Ces groupes, issus de la survivance de liens amicaux ou de voisinage, se fondent sur la souplesse des débats et sur une volonté de s’inscrire durablement dans le temps. Comme le mentionne Hannah Arendt, « au sein de chaque groupe disparate la formation d’un conseil a transformé une coexistence de pur hasard en une institution politique. » De plus, ces associations démocratiques spontanées ont très rapidement couvert de larges secteurs d’activité.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« (…) révolution spontanée, pluraliste, multiforme, sans direction centrale ni tendance dominante si ce n’est la volonté commune d’indépendance nationale et de liberté civile. Le dénominateur commun, à part le sentiment national, est l’élan vers une société civile multiple et policée. Personne n’a même entendu parler de société civile, mais, du village perdu à la grande usine, en passant par les associations d’écrivains, d’artistes ou de croyants, chacun a saisi une parcelle du pouvoir appartenant aux citoyens. »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[5]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La révolution de 1956 est, en ce sens, est la première expérience réellement démocratique de la Hongrie : le communisme ayant détruit les clivages sociaux en instaurant un régime de peur, l’individu est seul défenseur de sa propre liberté. A la communautarisation soviétique forcée, le peuple répond par un élan communautaire spontané qu’il n’avait jamais connu auparavant. En l’absence de classes, ce n’est pas la défense d’intérêts qui engendre la révolution mais la volonté commune de vivre dans un pays libre. Les associations formées alors pourraient être les premiers cercles démocratiques tocquevilliens de toute son histoire : chacun organise un pan de la société pour le bien de tous, pour le bien commun.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;«Si une chose telle qu’ « une révolution spontanée » à la Rosa Luxemburg – ce soulèvement soudain d’un peuple opprimé, luttant pour la liberté et pratiquement rien d’autre, sans le chaos d’une défaite militaire qui le précéderait, sans le recours aux techniques du coup d’Etat, sans le réseau dense d’un appareil d’organisateurs et de conspirateurs, sans la propagande déstabilisante d’un parti révolutionnaire, c’est-à-dire ce que tout le monde, les conservateurs comme les libéraux, les radicaux comme les révolutionnaires, avait rejeté tel un beau rêve – si donc une telle révolution a jamais existé, alors c’est nous qui avons eu le privilège d’en être les témoins. (…) C’est dans l’essor des conseils, et non dans la restauration des partis, que se trouve le signe évident d’une véritable renaissance de la démocratie contre la dictature, de la liberté contre la tyrannie. »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[6]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’initiative est portée par les élites du système soviétique, l’intelligentsia, qu’un endoctrinement décennal n’a pas suffi à asservir. La population reste pleinement consciente du mensonge de l’envahisseur. L’union des communistes, fers de lance du mouvement, et de la population, montre à quel point la distance critique avait pu être maintenue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant … peu ou prou d’historiographies mentionnent le retour des slogans antisémites dès le deuxième ou troisième jour de la révolution. Et il est peu mentionné, que les Hongrois fascistes admirateurs de Hitler et de Szàlasi, passés en Autriche, refont alors leur apparition au sein des manifestations. D’ailleurs, les villes frontalières déplorent plus de massacres que la capitale. Enfin, la traque des Juifs parmi les dissidents réfugiés en Autriche durant la révolution laisse à penser qu’un sentiment nationaliste aux relents inavouables a également accompagné la révolution démocratique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu’est-ce que la révolution de 1956 aurait pu donner ? De quel régime aurait-elle pu accoucher ? D’un nationalisme conservateur fondé sur l’aristocratie catholique comme l’a prôné le cardinal Mindszenty ? D’une démocratie socialiste menée par Imre Nagy ? Dans cette seconde perspective, les sociaux-démocrates opprimés par les communistes l’auraient-il rallié, permettant la formation d’une « troisième voie » tant rêvée entre capitalisme et communisme ? L’écrasement de la Hongrie par l’Armée rouge ne nous permet malheureusement pas de répondre à ces interrogations. Cependant, on peut affirmer que le type d’association fondé spontanément durant cette courte révolution laisse à penser que la démocratie n’était plus une voie étrangère à la Hongrie. Ainsi, c’est encore une fois à la lumière des associations que se mesure les évolutions sociales et politiques et la capacité d’un peuple de défendre des valeurs démocratiques.&lt;br /&gt;Si la révolution est écrasée, les protestations se poursuivront de manière silencieuse, notamment par désertion des lieux publics lors des dates anniversaires d’octobre 1956. Par ailleurs, les samizdats ne cesseront de circuler sous le manteau, au sein de groupes informels et amicaux réunis clandestinement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157235"&gt;&lt;strong&gt;Gel et dégel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Suite à l’écrasement de la révolution de 1956, c’est en premier lieu la liberté d’action qui est touchée par la suppression des conseils révolutionnaires. Ensuite, la liberté de pensée fut impitoyablement condamnée par la persécution des intellectuels. Cependant, des concessions furent accordées dans le domaine économique : le régime soviétique a alors compris que la satisfaction de besoins de base pourraient un temps faire taire d’autres revendications. Si des assouplissements sont apportés sur le plan judiciaire, administratif et économique, le contrôle étatique et policier reste intangible dans un premier temps. La grande réforme économique hongroise de 1968, appelée « nouveau mécanisme économique » introduit une coopération fondée sur la libéralisation du marché.&lt;br /&gt;La réforme touche premièrement le monde rural, en baisse constante : l’alliance du collectif et du privé permet en effet d’instaurer une forme de compétitivité fondée sur la compétence et non sur le lieu de naissance ou l’origine sociale. C’est la première fois dans l’histoire hongroise que les paysans ont la possibilité de s’enrichir. Deuxièmement, les activités assimilées au secteur privé – commerce, artisanat et petites entreprises – bénéficient également de cet élan. L’imbrication entre collectif et privé apporte une très forte dynamique à l’ensemble de l’économie. Attirée par l’augmentation des revenus, la population cumule les heures de travail pour pouvoir s’enrichir en profitant des deux secteurs. Plusieurs écrivains, majoritairement populistes, dénoncent ce nouvel asservissement qui délite encore une fois la cohésion sociale et dénigre la culture et l’instruction : le pays se construit sur l’intérêt à défaut de se construire sur la démocratisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, la libéralisation économique apporte également une libéralisation sociétale : la liberté d’opinion s’affirme en public, véhiculée par les journaux. La pratique religieuse cesse d’être condamnée. Enfin, la Hongrie s’ouvre au monde : les maisons d’éditions étatiques éditent les traductions d’auteurs étrangers auparavant interdits ; les voyages à l’étranger sont facilités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, si la libéralisation permet la formation d’une classe moyenne importante, englobant les intellectuels, les entrepreneurs, les techniciens, les paysans et une partie d’ouvriers, les inégalités sociales refont surface, de manière d’autant plus criante qu’elles se fondent sur les combines et la corruption. Une nouvelle cassure sociale apparaît ainsi entre nouveaux riches et pauvres exclus du système. Si le pouvoir soviétique a accordé d’importantes concessions en matière de liberté économique et privée, elle ne permet pas à la population d’accéder au pouvoir politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, le pouvoir soviétique a échoué dans sa volonté de cloisonnement et d’atomisation de la société : par la libéralisation économique, elle recrée l’une des bases de l’association : la défense des intérêts. Dans une démarche utilitariste, la population fait l’objet de regroupements informels fondés sur le clientélisme, où la frontière entre l’économique et le politique s’estompe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« C’est donc sur un terrain accidenté, tantôt dans des cadres légaux tantôt comme « rivière souterraine », et toujours en lignes de forces entrecroisées que s’est développée une société civile laissant derrière elle l’encadrement social vertical comme une coquille vide. »&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[7]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant les années 1980, la crise économique et politique de l’Etat communiste a donc des impacts sur toute la sphère économique, sociale et politique : la frontière entre le public et le privé, entre le politique et l’économique devient friable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La défense des minorités hongroises dans les pays limitrophes constitue la préoccupation première de la population : &lt;em&gt;« la société civile s’est substituée dans ce domaine à l’Etat ».&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[8]&lt;/em&gt; Les revendications portant sur la récupération des territoires magyars fédèrent encore une fois le peuple hongrois, qui s’unit au sein de manifestations de protestation dès les années 1970. A partir de la fin des années 1980, le sort des minorités hongroises constitue le débat principal dans les médias, les livres, les manifestations, contraignant le pouvoir à formuler des protestations auprès du pouvoir roumain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, les associations s’organisent pour défendre les intérêts d’une région ou d’un groupe. Ainsi, des corporations se recréent autour du pouvoir d’un chef ou d’un groupe influent sur un modèle féodal. Alimentés par la corruption, ils sont des intermédiaires entre le pouvoir politique et leur sphère d’influence, agissant en véritables groupes de pression.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En marge de ces deux orientations, un milieu associatif diversifié apparaît, majoritairement soumis au pouvoir de l’Etat ou à celui des patrons. Cependant, selon les propos de Miklos Molnàr, plusieurs milliers d’associations bénéficieraient à ce stade d’une &lt;em&gt;« autonomie politique, financière et idéologique indiscutable. »[9]&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Pourtant, l’Etat interfère directement via l’administration ou indirectement via ses organisations dans la vie de l’association : si le ministère de l’Intérieur se borne à surveiller les statuts et le fonctionnement, c’est l’Etat qui crée toute nouvelle association et transforme les anciennes.&lt;br /&gt;Cependant, progressivement, le milieu associatif a cherché à se libérer de la tutelle étatique en nommant de nouveaux dirigeants, en critiquant de plus en plus ouvertement l’autoritarisme, en organisant des conférences et des programmes en marge de la sphère officielle, relayés par les médias. Ce mouvement de libéralisation de la vie privée se situe dans le prolongement du dégel des années Kàdàr : il fait suite à la libéralisation économique et au retour de l’initiative privée. A partir des années 1988-1989, le mouvement atteint une ampleur significative.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« (…) le mouvement déborde, cette fois-ci, le cadre de la société civile dans l’acception étroite du terme. Il revendique maintenant non seulement quelques espaces, mais pratiquement tout le terrain, il revendique … la liberté. (…) les associations se multiplient et occupent le centre et de l’espace social et de l’espace politique.»&lt;/em&gt;&lt;em&gt;[10]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, certaines organisations qui commencèrent en tant que groupes environnementaux ou d’alternatives scientifiques ou encore des associations professionnelles créèrent la base d’un mouvement non-officiel, plus tard d’opposition. Les groupements clandestins puis les associations crées à la fin des années 1980 se multiplient notamment dans le domaine religieux, culturel, écologique, dans la représentation d’intérêts, dans le « débat public » et enfin, dans le domaine politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les associations religieuses témoignent d’une diversification importante des cultes et des croyances, tels que les Témoins de Jehova, les Baptistes, les Advantistes, les Méthodistes ou encore les Nazaréens.&lt;br /&gt;Les associations culturelles restent, elles, dans le giron des organisations officielles : Jeunes communistes et Front Patriotique Populaire. Parallèlement, de nombreux clubs de discussion et de lectures auparavant interdits se reforment et poursuivent  une activité de plus en plus libre, notamment au sein des universités mais aussi de l’enseignement secondaire. Parallèlement aux foyers culturels officiels se développent des foyers locaux financés collectivement.&lt;br /&gt;Si les associations sportives et de loisirs sont les plus importantes, elles restent cependant soumises au pouvoir de l’Etat.&lt;br /&gt;Enfin, c’est au sein du Front Patriotique Populaire que se développent les mouvements écologiques, qui se cristallisent autour de la lutte contre la construction des barrages sur le Danube.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le milieu associatif renaissant est donc divisé en plusieurs tendances : il comprend d’une part des regroupements de particuliers soucieux de défendre leurs intérêts, d’autre part des associations nées au sein d’organisations officielles qui jouent le rôle d’intermédiaire entre les citoyens et le pouvoir politique. C’est de ces dernières que naissent les futurs partis politiques. Enfin, il faut signaler que les médias jouèrent un rôle important dans la libéralisation du pays, donnant la parole à des intellectuels exprimant de plus en plus ouvertement leur opinion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les institutions de la « société civile » regagnent progressivement leurs droits. La première étape de ce processus eut lieu en 1987, quand le Code civil hongrois réintégra le statut des fondations. C’est alors que Georges Soros s’installe en Hongrie. D’après Eva Kuti, ce pas en avant serait dû à l’aveu de défaillance fait par l’Etat quant à la satisfaction de besoins sociaux. Faisant fonctionner un système à deux vitesses avant tout favorable à la nomenklatura, il aurait délaissé des pans entiers de la population hongroise. C’est pour permettre aux fondations de prendre soin de ces derniers que l’Etat aurait relâché son contrôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En janvier 1989, la Hongrie va plus loin puisque l’Assemblée nationale vote une loi sur la liberté d’association. En un an, la réglementation sur le fonctionnement et la gestion économique des partis fut mise en place, parallèlement au vote des lois sur la liberté religieuse et des institutions religieuses. Le résultat de cette nouvelle situation juridique ainsi que la mise en place d’un nouveau système d’impôts qui permit la constitution de ressources financières, fut l’essor des « organisations à but non lucratif » (nonprofit organisations) ainsi que l’affirmation de leur rôle social et de leur poids économique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, la révolution de 1956 a eu un effet inattendu : la libéralisation du pays sur des bases économiques et utilitaristes. La défense des intérêts est à la base du dégel, rendant les frontières floues entre l’Etat et la population, entre le politique et l’économique, entre le public et le privé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous semblait ici important de décrire cette évolution, dont l’interprétation historique est à la base de désaccords contemporains fondamentaux. En effet, comme nous avons pu le remarquer dans les citations ci- avant, un historien d’origine hongroise comme Miklos Molnàr emploie constamment le terme « société civile » pour qualifier une population informelle, qui voudrait accéder à la liberté contre un Etat oppresseur, notamment par l’intermédiaire des associations.&lt;br /&gt;Si la dimension totalitaire du pouvoir soviétique jusqu’au dégel ne fait aucun doute, on peut toutefois se demander si la chute du régime soviétique est due en premier lieu à cette lutte de la « société civile » ou bien à la dégénérescence du pouvoir soviétique, miné par le clientélisme et la corruption tout autant que la société elle-même. En effet, la frontière entre pouvoir politique et société nous semble moins évidente qu’il n’y paraît. Si l’on considère le milieu associatif, nous avons pu constater qu’il contient plusieurs tendances. La majeure partie des associations agissant dans le cadre communautaire – associations sportives, culturelles, artistiques, sociales, écologiques – sont entièrement assujetties à l’Etat, que ce soit directement ou indirectement en évoluant au sein d’organisations. D’autres associations ont pour but de défendre les intérêts de groupes véhiculés par le clientélisme lié à l’Etat d’une part, par le corporatisme d’origine féodale d’autre part. &lt;br /&gt;On compte par ailleurs des associations religieuses et enfin, des associations que nous nommons « nationalistes » dans le sens où elles défendent les minorités magyares et l’identité nationale.&lt;br /&gt;La dichotomie « société civile » / Etat nous semble donc relativement artificielle. Or, celle-ci est à la base des considérations actuelles sur le milieu associatif, que ce soit en France ou en Hongrie.&lt;br /&gt;[1] Hannah Arendt« Le totalitarisme » in Les origines du totalitarisme, coll. « Quarto », Gallimard, 2002, Paris. Page 665.&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 116.&lt;br /&gt;[3] Hannah Arendt, op. cit. Page 634.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 165.&lt;br /&gt;[5] Miklos Molnàr , Histoire de la Hongire, op. cit. Page 408.&lt;br /&gt;[6] Hannah Arendt, « Réflexions sur la révolution hongroise » in Les origines du totalitarisme, op. cit. Page 899 et 925.&lt;br /&gt;[7] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 214.&lt;br /&gt;[8] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 308.&lt;br /&gt;[9] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 314.&lt;br /&gt;[10] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 315.&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-68688011049984195?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/68688011049984195/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=68688011049984195' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/68688011049984195'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/68688011049984195'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-sous-la.html' title='Histoire de la Hongrie - Sous la dictature soviétique'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-7897098792966280456</id><published>2007-10-08T14:01:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T14:02:23.851-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - L'avènement du socialisme : introduction</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Le parti ouvrier est crée en 1906. Il s’appuie sur l’anarcho-syndicalisme, sur les prisonniers de guerre de l’Armée rouge de Trotski et sur des dirigeants formés à Moscou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;La République des 133 jours : 1918- 1919&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;C’est grâce à la fusion des sociaux-démocrates et des communistes, ralliés par le cercle de Galilée des sociologues petits bourgeois, que Béla Kun va diriger pendant 133 jours la République des Conseils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un contexte de désarroi total, jetant dans la rue des millions de pauvres, de soldats démobilisés et de chômeurs, la prise du pouvoir par les communistes ne s’oppose à aucune opposition. La République des Soviets et la dictature du prolétariat sont proclamées le 16 novembre 1918. Cependant, cette prise de pouvoir aussi soudaine qu’éphémère ne s’appuie pas sur des bases sociales solides. &lt;em&gt;« Tout s’y opposait, les traditions, les structures sociales, les mentalités collectives. »[1]&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;em&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;De fait, comme le dira plus tard Staline au sujet de la Pologne, «&lt;em&gt; introduire le communisme en Pologne serait comme seller une vache ».&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;C’est pourquoi le pouvoir sera rapidement repris en main, le parti communiste interdit pendant 25 ans et les sociaux-démocrates persécutés.&lt;br /&gt;Certes, la Hongrie compte en 1937 pas moins de 2 765 syndicats et associations professionnelles, mais elles seront bientôt interdites.&lt;br /&gt;Comme le mentionne Miklos Molnàr, c’est une « certaine immaturité de l’esprit démocratique » qui a permis au pouvoir soviétique de s’implanter durablement en Hongrie.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;[1] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 336.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-7897098792966280456?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/7897098792966280456/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=7897098792966280456' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7897098792966280456'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7897098792966280456'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-lavnement-du.html' title='Histoire de la Hongrie - L&apos;avènement du socialisme : introduction'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-3849734085734266224</id><published>2007-10-08T13:54:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:59:10.373-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Eveil national et romantisme : le nationalisme hongrois</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Division ethnique - 1910&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;54,4 % Hongrois&lt;br /&gt;16,1% Roumains&lt;br /&gt;6,6 % Serbes et Croates&lt;br /&gt;10,4 % Allemands&lt;br /&gt;10,7% Slovaques&lt;br /&gt;2,5% Ruthènes&lt;br /&gt;1,7 % autres&lt;br /&gt;&lt;em&gt;La magyarisation n’a donc pas été profonde, si ce n’est dans les villes allemandes et juives.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;Religion&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;49 % catholiques&lt;br /&gt;14% calvinistes&lt;br /&gt;12,8 % orthodoxes&lt;br /&gt;11 % uniates&lt;br /&gt;7,1 % luthériens&lt;br /&gt;5% juifs&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le courant nationaliste traverse toute la Hongrie du XXe siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cf. &lt;em&gt;Sunshine&lt;/em&gt; de Istvàn Szabo (1999) avec Ralph Fiennes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la révolution hongroise de 1848 est démocratique, elle est avant tout nationaliste. La littérature romantique et nationaliste, la modernisation et la défense de la langue hongroise sont les fers de lance du mouvement réformateur au sein de la société. Si Joseph II interdit les cercles et fait fermer les bibliothèques, qui seront soigneusement épurées avant leur réouverture en 1811, le mouvement nationaliste est repris par les cercles littéraires estudiantins maintes fois interdits et reformés clandestinement, même si les règnes de François Ier (1792-1835) puis celui de Ferdinand V (1835-1848) sont marqués par un retour à l’autoritarisme pur et dur et à une prolifération des espions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le nationalisme s’affirme également sur le terrain économique, puisqu’un mouvement porté par Kossuth comptant environ 50 000 membres, parmi lesquels des nobles, des bourgeois, des ouvriers et des paysans défend l’économie nationale. Cette Association pour la Protection de l’Industrie Nationale, créée en 1844, encourage ses membres à acheter uniquement la production hongroise. Il est intéressant de remarquer qu’une association de type identique existe aujourd’hui en Hongrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Les associations de défense de l’identité nationale&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, l’effervescence associative se développe en réaction contre Vienne : de nombreuses associations sont alors créées pour défendre la langue hongroise et la culture nationale. Dans les années 1790, des associations appelées « cercles de lecture » sont crées majoritairement par les intellectuels et les nobles influencés par les Lumières. Peu d’entre eux remettent en cause la prééminence nobiliaire, qui dirige le pays par l’intermédiaire de la Diète et des comitats. Si les nobles se battent majoritairement pour l’identité nationale et le maintien de leurs privilèges, une minorité est cependant influencée par la Révolution française et s’oppose au système féodal : des clubs de Jacobins sont crées en Hongrie – même si leur nombre a été surestimé par l’historiographie viennoise et communiste –, ayant pour but la libération du joug habsbourgeois et la transformation de la Hongrie en République indépendante. Ainsi, le poète hongrois Jànos Batsànyi, cité par Miklos Molnàr, écrit :[1]&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Et vous, bourreaux de serfs, vous dont la raison d’être&lt;br /&gt;Est de faire couler le sang dans vos pays,&lt;br /&gt;Ouvrez plutôt les yeux : vous verrez apparaître,&lt;br /&gt;Le destin que pour vous on écrit à Paris. »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;(Traduction de Guillevic et de J. Rousselot)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vent révolutionnaire radical souffle également en Hongrie mais ne s’y accroche pas. Terrifiés par la radicalisation jacobine en France et les révoltes paysannes en Roumanie, les magnats craignent de perdre le pouvoir. L’armée révolutionnaire ne libère pas la Hongrie du servage : c’est la révolution démocratique et nationaliste de 1848 qui s’en charge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme nous l’avons étudié ci-dessus, la révolution de 1848 consacre la défaite de la démocratie au profit du libéralisme et du nationalisme. Au début du XXe siècle, le vieux parti libéral échoue à son tour sur pression des indépendantistes : le gouvernement Werkele élu en 1906 poursuit une politique résolument nationaliste, antisocialiste et antidémocratique. Quand les libéraux reviennent au pouvoir en 1910, ils se nomment déjà « parti national du travail » et mènent une politique antisociale et réactionnaire, écrasant les minorités au profit de l’identité hongroise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Le régent Miklos Horthy&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Après la défaite de la République des Conseils, c’est à la tête de l’armée nationale que Miklos Horthy entre dans la capitale le 16 novembre 1919. S’ensuit une répression impitoyable des communistes, des socialistes, des démocrates, des franc- maçons mais aussi des Juifs. Car dans le prolongement du courant social-démocrate initié par les sociologues du début du siècle, les Juifs choisissent le camp des socialistes puis des communistes. Sous la Terreur blanche, l’antisémitisme est virulent : le numerus clausus est introduit à l’université, les jugements sommaires se multiplient, certains journalistes sociaux-démocrates sont assassinés.&lt;br /&gt;Parallèlement, le régime Horthy marque le retour en force de l’aristocratie, de la gentry appauvrie et des propriétaires terriens. La façade libérale demeure par le maintien du régime parlementaire et l’Etat de droit.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Il sera encore question de la formation d’une nouvelle bourgeoisie, de son rôle sans doute grandissant, de son idéologie et de sa mentalité, mais le caractère nobiliaire des hautes sphères de la nation, ce caractère hérité des siècles d’histoire, s’est transplanté du terreau de la Hongrie historique à celui de la Hongrie mutilée. (…) l’irrédentisme constitue le dénominateur commun de toutes les couches plus ou moins aisées de la société. (…) passéisme nostalgique.» [2]&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Cependant, le gouvernement Bethlen tempère encore dans un premier temps l’autoritarisme du régime en levant la censure du parti social-démocrate, en atténuant le numerus clausus et en rétablissent la liberté des médias. Mais les mentalités féodales ne permettent pas d’implanter la démocratie.&lt;br /&gt;Les classes moyennes s’élargissent socialement grâce à l’instruction et la fonction publiques, mais la moitié de la population reste agricole. Une partie de la paysannerie et des petits propriétaires accèdent aux fonctions publiques, mais un tiers de la population hongroise reste pauvre, sans ressources.&lt;br /&gt;Parallèlement, un prolétariat urbain se développe, aux conditions de vie misérables. Fortement syndicalisé, il est divisé entre la tendance fascisante ou socialiste.&lt;br /&gt;Ainsi, le pays reste profondément marqué par l’archaïsme et le libéralisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Etat de la société civile sous l’ère nationaliste&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Dans ce contexte, la société civile est  selon l’expression de Gyula Szekfü « une société néo-baroque ». Comme les salons français du XVIIIe siècle, une bourgeoisie conservatrice et libérale veut accéder au mode de vie nobiliaire. Les classes dirigeantes sont marquées par le patriotisme et la moralité du XIXe siècle.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« (…) l’esprit étroit qui règne dans la société « néo-baroque » drapée dans un costume national-chrétien-seigneurial rend lente et difficile l’adoption des valeurs civiques et la formation d’une classe moyenne de toute confiance, industrieuse et sensible au bien public, d’une société bourgeoise au sens du XIXe siècle, mais, contrairement aux vœux des « réforme- conservateurs », adaptée à la modernité. (…) les causes profondes de la stagnation résident sans doute dans les structures et les mentalités dominantes. La carence démocratique est manifeste. (…) A pas comptés avance, malgré tout, une société civile au mode démocratique européen, froissant parfois les sensibilités conservatrices, nationalistes et antilibérales.»»[3]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le milieu associatif est le reflet d’une société divisée entre le courant bourgeois de Budapest, fortement marqué par la communauté juive, et le nationalisme populiste et conservateur. C’est à la capitale que l’on trouve les associations culturelles et artistiques, les sociétés de sport mais aussi les syndicats et autres organisations ouvrières.  C’est ce que Marx nomme la bürgerliche Gesellschaft, la société civile d’essence bourgeoise. Le tiers de la population hongroise n’ayant rien est plus attiré par le mode vie bourgeois que par le socialisme, mais aussi  par les œuvres nationalistes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans sa tendance fascisante, le nationalisme attire une partie de la classe ouvrière et des démunis, ceux qui sont exclus de la vie des élites. C’est dans ce courant que se situent également les écrivains et ethnologues populistes allés à la rencontre du monde paysan, dénonçant les inégalités.&lt;br /&gt;&lt;em&gt; « Le nationalisme est ainsi la première composante du fascisme, de sa psychologie, de son idéologie et de sa sociologie. (…) Tous les programmes fascistes affichent des velléités sociales, parlent le langage de l’égalité et de la justice sociale (…). »[4]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Glissement vers un nationalisme antisémite&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Problème de la communauté juive venue principalement de Galicie, qui commence à s’établir en Hongrie durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle.&lt;br /&gt;1869 : 500 000&lt;br /&gt;1910 : 940 000&lt;br /&gt;1867 : reconnaissance de l’égalité civique (en France 27-28 septembre 1791 par Napoléon).&lt;br /&gt;1883 : procès de Tiszaelszlàr accusant les Juifs de meurtre rituel. Acquittement.&lt;br /&gt;Un parti antisémite ne parvient pas à s’implanter. Ce sont les milieux catholiques conservateurs  qui véhiculent le thème de la « question juive ».&lt;br /&gt;1892 : reconnaissance de la religion israélite.&lt;br /&gt;Emancipation importante : magyarisation, participation active à la modernisation économique et culturelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le glissement vers un nationalisme de droite antisémite se renforce dès le gouvernement Gömbös de 1932, qui tente de fédérer les populistes et le milieu ouvrier au sein du « parti de l’unité nationaliste », en pratiquant une politique progressiste socialement, conservatrice politiquement. Puis, sous le gouvernement Darànyi, l’antisémitisme d’Etat est adopté par la promulgation de la première loi antijuive en mai 1938. Deux autres lois seront votées en 1939 et 1941. Juifs et capitalistes sont les mêmes ennemis du nationalisme de droite, soucieux de rallier les masses à l’unité nationale en déclarant lutter contre les injustices et les inégalités.&lt;br /&gt;C’est pourquoi le régime de Horthy continue à financer bon nombre d’organisations sociales de droite et d’associations religieuses. Les organisations patriotiques et paramilitaires sont également encouragées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1938 : premier arbitrage de Vienne rendu par l’Allemagne et l’Italie. Le gouvernement réussit à récupérer une partie de la Slovaquie.&lt;br /&gt;Mars 1939 : occupation de l’Ukraine subcarpatique dont la population est hétérogène, à majorité ruthénienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;30 août 1940 : deuxième arbitrage de Vienne décidé par Hitler. La Hongrie obtient une partie de la Transylvanie, comprenant un million de Roumains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Novembre 1940 : adhésion au pacte tripartite après avoir déjà adhéré au pacte Antikomintern.&lt;br /&gt;Le régent Horthy permet le passage des troupes allemandes vers la Yougoslavie, malgré l’accord passé entre le chef du Conseil Pàl Teleki (1879- 1941) et la Yougoslavie. Ce dernier se suicide.&lt;br /&gt;27 juin 1941 : la Hongrie déclare la guerre à l’Union soviétique et à ses alliés.&lt;br /&gt;1943 : suite aux revers subis par les Allemands, les Hongrois tentent de prendre contact avec les alliés.&lt;br /&gt;19 mars 1944 : les troupes allemandes occupent la Hongrie.&lt;br /&gt;15 octobre 1944 : Horthy, resté régent, tente de sortir de la guerre. Il est arrêté. Les Croix Fléchées prennent le pouvoir. Persécution des éléments progressistes et déportation des Juifs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parallèlement à l’interdiction des syndicats et à la répression des courants sociaux-démocrates et communistes, les mouvements purement fascistes s’organisent en plusieurs partis, devenant une force politique particulièrement significative. Si le pluralisme politique et son relais médiatique ne sont pas supprimés, ils sont fortement entravés par la censure et les lois racistes.&lt;br /&gt;Pourtant, le parti au pouvoir est distinct des forces fascistes radicales qui séviront en 1944 : le parti traditionnel radicalisé à droite utilise certes les fascistes pour maintenir son emprise, mais il fait un pas en arrière lorsque la menace est trop pressante et que toutes les libertés sont menacées.&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;L’extrême-droite&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Le nationalisme hongrois et une certaine tentation de rallier un modèle libéral occidental poussent Horthy à s’opposer à Hitler, mais l’entrée des troupes allemandes à Budapest en 1944 engendre l’avènement de l’extrême- droite, que le parti traditionnel avait contribué à rapprocher du pouvoir. Après les spoliations, les épurations et les condamnations pour « souillure de la race », les gendarmes hongrois aident Eichmann à réunir les Juifs dans les ghettos avant de les envoyer à Auschwitz-Birkenau. Ils sont ensuite relayés par les Croix-Fléchées de Szàlasi, qui instaure la terreur : les patriotes, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont exécutés ; les Juifs subissent la torture, la famine et les massacres, le Danube étant transformé en un fleuve de sang. D’après les chiffres de Miklos Molnàr, environ 80% de la population juive de Budapest aurait péri durant la guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la défaite du courant nationaliste radicalisé en courant fasciste, la Hongrie bascule dans la sphère d’influence communiste.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;[1] Miklos Molnar, op. cit. Page 218.&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit Page 344.&lt;br /&gt;[3] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 353.&lt;br /&gt;[4] René Rémond, tome 3 « Le XXe siècle, de 1914 à nos jours » in Introduction à l’histoire de notre temps, op. cit. Page 113.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-3849734085734266224?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/3849734085734266224/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=3849734085734266224' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3849734085734266224'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3849734085734266224'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-eveil-national_4636.html' title='Histoire de la Hongrie - Eveil national et romantisme : le nationalisme hongrois'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-5524237872118854403</id><published>2007-10-08T13:51:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:53:42.391-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Eveil national et romantisme : la révolution de 1848 - démocratie et nationalisme</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Istvàn Széchényi et Lajos Kossuth&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;En Hongrie, les prémisses du conflit entre libéraux et démocrates peuvent être illustrés par deux hommes qui ont profondément marquée l’histoire hongroise du siècle précédent : Istvàn Széchényi et Lajos Kossuth.&lt;br /&gt;Le premier appartient au mécénat aristocratique : il est fondateur du Musée national et de la Bibliothèque nationale. Il défend la suppression du droit successoral et du servage seigneurial, mais il s’inscrit dans le courant libéral en affirmant que le progrès économique engendrera de lui-même le progrès social.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Dans l’esprit de Széchenyi, réformateur « à l’anglaise », le progrès passe par là [projets de construction grandioses] ainsi que par l’égalité des devoirs civiques, le paiement des impôts par la noblesse et non par subversion sociale, non plus que par la démagogie nationaliste. »[1]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le second est dénommé par Széchényi « le démon », « le fou dangereux ». Lajos Kossuth ne pense pas que le développement industriel et l’enrichissement conduise à la liberté nationale. Pour Kossuth, liberté nationale et liberté des masses sont inséparables. C’est ce qui lui assurera le soutien populaire en 1848. Kossuth est issu d’un milieu amené à jouer un rôle historique : celui d’une petite noblesse en remplacement d’une bourgeoisie encore en gestation.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;«Ce qui, par ses qualités, par son milieu et par les circonstances, incombe à Kossuth n’est ainsi ni plus ni moins que de souder, en une nation adaptée à la modernité européenne, une société retardée dans son développement par ses malheurs extérieurs. Il faut mener simultanément le combat pour le progrès et pour la liberté nationale.»[2]&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, Kossuth a compris le pouvoir grandissant de la presse et il sait l’utiliser. Il sait fédérer ceux qui joueront un rôle primordial dans la Hongrie de la seconde moitié du XIXe siècle : la noblesse ordinaire, l’intelligentsia et la bourgeoisie, c’est-à-dire les classes moyennes en formation, sur lesquelles s’appuie également le courant démocratique français, mais si les deux classes sont différentes dans leur constitution sociale intrinsèque.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« (…) force politique et économique considérable. Cette force fonctionne, pourrait-on dire, comme le tiers état, mais à cette différence près que la couche hétéroclite des citadins qui ne sont ni nobles ni bourgeois (dont 240 000 artisans et 25 000 ouvriers et leurs familles) et l’immense paysannerie attendent en spectateurs l’aboutissement des réformes, l’abolition du servage et l’avènement de la démocratie. » [3]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;La révolution de 1848&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;L’impulsion est donnée par la révolution française de février 1848.&lt;br /&gt;Suite à la proclamation de la IIe République, Kossuth rédige avec son Cercle d’opposition les « douze points » contenant les revendications hongroises : liberté de la presse, suppression de la censure, création d’un ministère responsable et d’une Assemblée nationale à Budapest, égalité de droits civiques et religieux, contribution égale de tous aux charges publiques, suppression des redevances seigneuriales, création d’une Banque nationale, mise en place de forces armées nationales, libération des prisonniers politiques, introduction de réformes judiciaires et proclamation de l’union avec la Transylvanie.&lt;br /&gt;Le lendemain de la révolution viennoise du 13 mars 1848, les jeunes intellectuels réunis au café Pilvax de Pest se révoltent. C’est ensuite que la foule rejoint les meetings. La Diète de Pozsony cède rapidement tout comme le pouvoir impérial aux revendications et « douze points » sont entérinés. Suite à la dissolution de la Diète, la Hongrie devient une monarchie constitutionnelle parlementaire, la première Assemblée étant élue au suffrage direct par les nobles, les bourgeois et les paysans aisés, la seconde au suffrage universel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 28 juillet 1849, une loi d’émancipation « des habitants de religion mosaïque » est votée, validant notamment les mariages mixtes entre juifs et chrétiens. Par ailleurs, après de nombreuses réticences et dans le but de rallier les minorités à la cause hongroise, une loi sur les nationalités vote le droit d’utiliser sa langue dans l’administration locale, les tribunaux, l’école primaire, la vie communautaire et la garde nationale. Pour l’époque, le vote d’une telle loi est particulièrement novateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, la Hongrie s’engage subitement dans une voie radicalement nouvelle, sur des bases à la fois libérales et démocratiques : le maintien de la monarchie malgré la volonté de certains radicaux de proclamer la République, le vote d’une constitution et la formation d’une Assemblée acquise à la noblesse provinciale ancrent les institutions politiques dans le libéralisme sur un modèle anglo-saxon ; cependant, l’égalité de l’impôt pour tous, l’abolition du servage et l’éphémère volonté d’introduire le suffrage universel poussent la révolution vers une radicalisation démocratique. Enfin, la loi précitée mais aussi les créations d’une armée et d’une monnaie nationales lui donnent une dimension résolument nationaliste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est l’engagement dans cette troisième voie qui va conduire à son échec. C’est en effet la guerre de libération nationale conduisant à la proclamation de l’indépendance de la Hongrie qui va conduire une alliance entre les Habsbourg et les Russes. Cette trahison laissera des traces indélébiles dans la mémoire hongroise et c’est en vain que le pouvoir soviétique tentera plus tard de minimiser cette intervention : le voisin russe devient alors un ennemi pour la Hongrie. Et malgré les vaines protestations du tzar, la répression autrichienne sera impitoyable. Les Hongrois reprennent alors leur stratégie de résistance passive :&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« La résistance passive est comme un mode de vie et un code éthique. (…) témoignage d’un comportement social et d’une certaine mentalité collective. »[4]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, malgré sa défaite, la révolution libérale et démocratique a laissé des traces durables : la Diète est définitivement supprimée et le servage aboli.&lt;br /&gt;La défaite de la révolution démocratique consacre le modèle libéral : il faudra attendre 1918 pour que le suffrage universel soit instauré en Hongrie. &lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;[1] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit. Page 234.&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit. Page 236.&lt;br /&gt;[3] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 238.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 270.&lt;/p&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-5524237872118854403?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/5524237872118854403/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=5524237872118854403' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/5524237872118854403'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/5524237872118854403'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-eveil-national_08.html' title='Histoire de la Hongrie - Eveil national et romantisme : la révolution de 1848 - démocratie et nationalisme'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-2892742446628407520</id><published>2007-10-08T13:47:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:50:51.208-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Eveil national et romantisme : l'ère des Réformes (1825-1848)</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La Hongrie profite d’une ère de réformes entre 1825 et 1848, engendrant la modernisation de l’urbanisation, des infrastructures routières, ferroviaires et fluviales grâce aux mesures prises par les despotes éclairés. Si Joseph II a échoué à réformer en profondeur la société hongroise, il a cependant permis, dans la lignée de Marie-Thérèse, d’améliorer significativement la santé et l’instruction publiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Amélioration de l’instruction publique&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;La loi sur l’instruction publique obligatoire augmente significativement le niveau d’instruction, faisant reculer l’analphabétisme et permettant la multiplication des établissements scolaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Collège Eötvös est crée sur le modèle de l’Ecole normale supérieure de Paris, une seconde université est fondée à Kolosvàr en 1872, puis deux autres à Debrecen et Pozsony en 1910. Elles accueillent toutes les minorités et enseignent en langue maternelle.&lt;br /&gt;Ces mesures permettent de faire germer une bourgeoisie qui occupera un rôle grandissant au XIXe siècle et qui est à la base de l’essor du milieu associatif.&lt;br /&gt;« Contrastes toujours : le « processus de civilisation » en Hongrie doit beaucoup aux Habsbourg éclairés du XVIIIe siècle ainsi qu’à l’esprit d’équité du François-Joseph de l’époque du dualisme. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Essor du milieu associatif&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, structures et valeurs archaïques cohabitent avec la modernité bourgeoise, véhiculée par l’essor du milieu associatif. C’est à l’aune du développement associatif que se mesure la modernisation de la Hongrie. Si au XVIIIe siècle elle ne compte qu’une cinquantaine de compagnies et confréries, en 1840 on en dénombre deux cent cinquante.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Ce qui est le plus significatif (…), ce n’est pas le sous-développement généralisé, mais la coupure entre l’immobilisme du monde « archaïque », post-féodal ou «semi-féodal » d’un côté, et, de l’autre, le dynamisme du monde nouveau, marqué par la montée de la bourgeoisie. (…) c’est la vie associative qui montre peut-être le mieux la permanence de la tendance modernisatrice en dépit du poids mort de l’archaïsme. »[2]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Avènement de l’ère libérale&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;En Hongrie, l’enrichissement d’une certaine catégorie de la population, une bourgeoisie citadine, engendre également l’expansion du courant libéral et la revendication de la liberté et de l’égalité. Le colonel Gérard Lacouée et le marquis-citoyen Leay-Marnésia, cités par Miklos Molnàr, font le rapport suivant à Napoléon Bonaparte sur la Hongrie :&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Il y a peu de Hongrois qui n’aient en haine les Autrichiens ; en mépris la Maison régnante ; en admiration les armées françaises. [Mais malgré ces dispositions, poursuit le rapport] il me paroît douteux que le général Bonaparte fût parvenu à déterminer une révolution, soit populaire, soit tout autre. [Les paysans] pourraient être poussés à la révolte [mais pas à la révolution]. La liberté ne leur resteroit pas parce qu’ils en sont trop loin. [S’ils avaient fait un mouvement, cela] auroit été en faveur de la Maison d’Autriche qui les protégeoit contre les seigneurs qui les oppriment. [La seule possibilité, quoique très difficile, aurait été, selon lui, de détacher le royaume de Hongrie de l’Autriche et de] rétablir la noblesse dans la plénitude de ses droits. [Mais, ajoute-t-il] l’Autriche est près, la France est loin. (…) Les Ràkoczi ni les Thököly ne sont plus. Les Hongrois de nos jours ont appris à se gouverner par leurs calculs plus que par leurs passions [et les chefs potentiels] entend-il murmurer, sont la plupart vendus à la Couronne. (…) La bourgeoisie n’est pas assez pauvre pour être séditieuse ; elle l’est trop pour avoir de l’ambition. »[3]&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Ce rapport montre que la Hongrie a amorcé un changement : d’une part, la noblesse semble moins forte qu’auparavant ; d’autre part, l’ouverture du despotisme éclairé a permis la formation d’une bourgeoisie, certes en gestation mais plus active socialement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;La Diète et le peuple : la noblesse en tant que moteur&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;En Hongrie, les revendications politiques développées au sein des associations sont portées par la Diète, uniquement composée de nobles. Cependant, si celle-ci défend devant Vienne l’autonomie hongroise, les droits civiques et les intérêts économiques et commerciaux, elle reste sourde, dans un premier temps, tant aux revendications de sa population asservie qu’aux autres minorités nationales et notamment croates. Ce grand écart entre revendications nationalistes et refus de modernisation lui est cependant bien inconfortable : quelques réformes lui seront ainsi arrachées en matières fiscales et sociales. Comme l’écrit Miklos Molnàr, « par une « astuce de l’histoire », il incombe précisément à la noblesse, accrochée à ses privilèges, de les abolir et de remplir, à défaut d’une véritable bourgeoisie, le rôle historique de cette dernière. »[4] Ainsi, c’est de la noblesse même que sont issus les réformateurs revendiquant la modernisation du pays et l’abolition de la féodalité, qu’ils soient modérés comme Istvàn Széchényi ou radicaux comme Lajos Kossuth. Ce sont eux qui se heurteront au pouvoir des magnats soutenus paradoxalement par les Habsbourg pour garder la main mise sur pays. Lajos Kossuth, issu de la petite noblesse, montre que c’est cette classe qui joue en Hongrie celui joué en France par la bourgeoisie : la revendication de l’égalité entre tous dans un contexte d’enrichissement économique et commercial. Réussissant à allier revendications populaires et nationalisme, Lajos Kossuth sera le meneur de la révolution de 1848. Ainsi, &lt;em&gt;« l’activité de la classe politique aux diètes s’est poursuivie conjointement avec celle de la société, une société civile en gestation. (…) toute la Hongrie a été à l’époque un chantier d’idées et d’actions novatrices. »[5]&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Libéralisme et démocratie&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;La Hongrie porte donc également en germe l’opposition entre libéralisme et démocratie. Les revendications d’égalité sont initialement portées par la noblesse et la bourgeoisie ascendante visant à instaurer un libéralisme permettant l’enrichissement des  élites. La démocratie, elle, est portée par le courant nationaliste. C’est pourquoi les révolutions françaises et hongroises de 1848 sont similaires du fait qu’elles s’appuient sur des bases démocratiques, mais dissemblables dans le sens qu’en Hongrie, elle n’aurait pas pu être revendiquée sans que le nationalisme fédère l’ensemble de la population.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Le courant démocratique au début du XXe siècle&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Lorsque que le courant démocrate réapparaît dans un contexte de conflits politiques au début du XXe siècle, il subit déjà l’influence du courant socialiste. En effet, guidé par des personnalités telles que le poète Endre Ady et le sociologue-historien Oszkàr Jàszi, il s’appuie alors sur des sociologues regroupés en associations telles que la Société des sciences sociales et des revues comme Huszadik Szàzad (Vingtième siècle) et Nyugat (Occident). Il préconise des transformations sociales et non politiques notamment en s’abstenant de voter, ce qui est également à la base du socialisme français.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Leurs influences sont diverses : le positivisme, Herbert Spencer, la sociologie de Durkheim, Vilfredo Pareto, ou encore l’anarcho-syndicalisme, le marxisme et l’évolutionnisme. C’est cette hétérogénéité mais aussi et surtout l’absence d’assises sociales qui concourt à leur faible succès. En effet, ces intellectuels, juifs pour une bonne moitié, ne parviennent pas à obtenir l’appui d’une bourgeoisie encore fragile et peu soucieuse des problèmes sociaux. Démarqués également du mouvement ouvrier influencé par le marxisme, ils tentent d’incarner selon l’historien Miklos Szabo une « troisième voie » qui reste du domaine de l’utopie. Le mouvement finit par se diviser, les plus radicaux fondant en 1908 le cercle Galilée, comptant également des socialistes et de futurs communistes.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Ces lectures éclectiques ne peuvent pas former une idéologie cohérente, mais ont le mérite d’insuffler une nouvelle culture politique, démocratique, pluraliste, européenne. Les radicaux ont le courage de semer sans l’espoir réel de récolter. La quasi-indifférence de la majorité des radicaux à l’égard de l’économie, tant théorique que réelle, ne fait que diminuer encore l’espoir d’exercer une influence significative sur la société. Il est difficile de se battre contre tout un monde ; c’est se faire beaucoup d’ennemis et peu de partisans. »[6]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Ancrage durable du libéralisme en Hongrie&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Contrairement à la France, le libéralisme s’ancre durablement en Hongrie : la révolution démocratique de 1848 est un échec. C’est donc la voie du compromis libéral qui va être suivie, jusqu’à déboucher sur le compromis austro-hongrois de 1867. Celui-ci consacre le suffrage censitaire. Le droit électoral sera fondé sur le titre, permettant à la noblesse de conserver son pouvoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Essor de la gentry&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;C’est donc la « gentry », la noblesse appauvrie, qui devient le pilier de l’administration magyare.&lt;br /&gt;« Le « grand vieux parti libéral » fonctionne sans doute à la faveur de l’enchevêtrement des intérêts des classes aisées, terriennes et bourgeoises, qui constituent la majorité de l’électorat de la classe politique. En effet, aux côtés des magnats et des nobles, la bourgeoisie et les élus de professions libérales, en majorité des avocats, remplissent les travées du Parlement, les clubs et casinos politiques, les conseils d’administration des journaux, des banques et des entreprises. Le caractère de classe dénoncé par l’historiographie de gauche ne fait pas de doute – tout comme c’est le cas ailleurs dans le monde. On l’appelle aussi « parti des clubs » »[7]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est dans les clubs que se prennent les décisions, notamment au Casino national, fréquenté uniquement par l’aristocratie. Si la Hongrie profite d’une époque de progrès durable grâce au développement de l’économie, de l’urbanisation, de la scolarisation, des sciences et des arts, elle reste marquée par l’injustice sociale et l’exclusion des minorités nationales. La classe politique libérale nouvellement formée maintient les fortes inégalités héritées du système féodal : les latifundia sont maintenues, sur lesquelles travaillent une immense paysannerie prolétarisée. Parallèlement, le capitalisme et la révolution industrielle engendrent la naissance d’un prolétariat industriel et avec lui, du parti social-démocrate qui luttera pour la défense des ouvriers.&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;Maintien des inégalités&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, 0,03 % de la population détient plus de 8, 7 millions d’hectares de terres. En contrepartie, la partie la plus pauvre de la population – travailleurs agricoles, paysans pauvres, journaliers, ouvriers, etc – représentent près de 73 % de la population.&lt;br /&gt;Entre les deux se développe cependant une bourgeoisie urbaine venant s’ajouter aux propriétaires terriens moyens, formant une nouvelle classe s’élevant à 22 % de la population. Cette diversification sociale est présente jusque dans le vocabulaire hongrois, qui lui consacre un terme : « &lt;em&gt;polgàrosodàs&lt;/em&gt; », désignant un processus d’embourgeoisement. Comme en France, la bourgeoisie est avant tout soucieuse de se fondre à la noblesse, d’autant plus que cette dernière garde le pouvoir : l’aristocratie et la noblesse occupent l’Assemblée, l’administration et les professions libérales presque exclusivement composées de la gentry, la noblesse appauvrie.&lt;br /&gt;L’alliance entre la noblesse foncière, le haut fonctionnariat et les roturiers les plus riches constitue la classe moyenne et politique. Elle se nommera plus tard « classe moyenne seigneuriale chrétienne ».&lt;br /&gt;&lt;em&gt; « Derrière les chiffres qui témoignent du développement du capitalisme se trouve une société coupée en deux, moderne et dynamique d’un côté, allant au ralenti de l’autre. »[8]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs se développe à Budapest une forte bourgeoisie juive, présente dans la vie économique, la presse, l’édition, le théâtre et les professions libérales. Elle représente au total pas moins de 23% de la population de Budapest, contre 7% à Vienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, bourgeoisie et noblesse s’unissent pour partager le pouvoir comme l’avaient fait les Français au sein des salons prérévolutionnaires.&lt;br /&gt;Budapest est le lieu par excellence des cafés, des clubs culturels, artistiques et intellectuels. Le théâtre profite également d’un essor important.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la Hongrie s’ouvre alors deux choix pour se réformer : la révolution démocratique ou bien la révolution socialiste. En effet, en pleine effervescence associative, l’Etat interdit et poursuit deux types de mouvements : les sociétés des minorités nationales et les mouvements socialistes industriels et agraires, d’après le décret promulgué en 1875. Le nom même de « social-démocrate » est interdit, même si le parti ouvrier s’organise sous ce nom en 1890. Beaucoup d’obstacles administratifs se dressent sur sa route et il fait l’objet d’une brutale répression en 1906. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;[1] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 303.&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnar, La démocratie se lève à l’Est, « Société civile et communisme en Europe de l’Est : Pologne et Hongrie », Presses Universitaires de France, 1990,  Paris. Page 44.&lt;br /&gt;[3] Miklos Molnàr, op. cit.  Page 224.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, op.cit. Page 231.&lt;br /&gt;[5] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 231.&lt;br /&gt;[6] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 315.&lt;br /&gt;[7] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit Page 285.&lt;br /&gt;[8] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 300.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-2892742446628407520?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/2892742446628407520/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=2892742446628407520' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/2892742446628407520'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/2892742446628407520'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-eveil-national.html' title='Histoire de la Hongrie - Eveil national et romantisme : l&apos;ère des Réformes (1825-1848)'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-4801481769154625616</id><published>2007-10-08T13:45:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:46:33.646-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Lumières et despotisme : la société hongroise reste dans l'obscurité</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Une minorité éclairée&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, malgré de nombreuses réformes, la pesanteur de la structure archaïque persiste : suivant les chiffres de Miklos Molnàr, la population compte 80% de paysans, 5% de noblesse et une très faible bourgeoisie. Les plaintes des paysans asservis au second servage arrivent jusqu’à Marie-Thérèse, mais celle-ci reste dépendante des nobles pour asseoir son pouvoir.&lt;br /&gt;Si l’influence baroque se fait sentir dans l’architecture des villes la construction de palais tels que celui d’Eszterhàzy, la domination des magnats et des prélats est totale : 200 familles les plus riches règnent sur 400 000 pauvres.&lt;br /&gt;Cette minorité conduit, certes, selon l’expression de  Norbert Elias, un « processus de civilisation », développant un mode de vie brillant, européen, entourée de savants et d’artistes venus de l’Europe entière, mais le courant des Lumières ne sert qu’une minorité. La noblesse reste l’incarnation de la nation, ce qui fait dire à un député de la Diète que la nation appartient « au peuple privilégié ».&lt;br /&gt;« (…) le philosophe, à la façon des libertins du XVIIe siècle, ne cesse de se défier des appétits brutaux de la populace. Mais il place aussi son espoir dans l’éducation puisqu’il croit que ce peuple mystifié, fanatique et violent, abruti par son aliénation et sa misère peut être élevé peu à peu jusqu’aux lumières de la raison. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Faible urbanisation et absence de classe urbaine&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;De fait, si la population des villes grandit, le territoire hongrois comptant à la fin du XVIIIe siècle plus de soixante villes libres royales dont une vingtaine comptabilisent plus de 10 000 habitants, il n’y a que 7% d’urbanisation contre 12 en France. La ville abrite les roturiers libres et les diplômés Cependant, la bourgeoisie émancipée ne représente que 1,5 à 2% de la population totale. Il n’y a pas de véritable classe urbaine libre comptant en son sein des bourgeois, des travailleurs et des intellectuels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, si le despotisme éclairé a permis d’introduire de nombreuses réformes, la modernisation de la société hongroise reste toute relative. Absence de bourgeoisie, pouvoir d’une minorité privilégiée sur une population pauvre et asservie et lutte autoritaire de l’Etat sont des caractéristiques prégnantes de la société hongroise.&lt;br /&gt;« Le despotisme éclairé se caractérise donc par des pratiques interventionnistes qui fondent, quand elle n’existait pas déjà, une tradition autoritaire qui se perpétuera jusqu’au XXe siècle. (…) Toutes les fois que nous sommes en présence d’un réformisme par le haut, nous avons vraisemblablement affaire à la postérité du despotisme éclairé. (…) on peut se demander si le gouvernement de Staline, qui représente une des formes de pouvoir les plus concentrées, les plus autoritaires que le monde aient connues, mais au service d’un programme de réforme, n’était pas le dernier avatar de cette tradition russe du despotisme éclairé. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La noblesse a peur de la révolution et défend ses privilèges en se soumettant à l’absolutisme habsbourgeois. Cette position rétrograde révolte les éléments les plus radicaux : les jacobins hongrois comme Ignàc Martinovics (1755- 1795). Arrêtés, condamnés à mort et 7 exécutés.&lt;br /&gt;La noblesse hongroise ne répond pas à l’appel de Napoléon.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;[1] Jean-Marie Goulemot, chapitre 1.2.1. « Despotisme éclairé ? » in Nouvelle histoire des idées politiques, op. cit. Page 85.&lt;br /&gt;[2] René Rémond, op. cit. Page 101.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-4801481769154625616?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/4801481769154625616/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=4801481769154625616' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4801481769154625616'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4801481769154625616'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-lumires-et_6235.html' title='Histoire de la Hongrie - Lumières et despotisme : la société hongroise reste dans l&apos;obscurité'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-8614862597232195308</id><published>2007-10-08T13:43:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:44:36.651-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Lumières et despotisme : le mouvement des idées</title><content type='html'>&lt;p align="justify"&gt;A ces tentatives de réformes sociales audacieuses et radicales s’ajoutent le mouvement des idées et l’influence des Lumières : les livres et la presse bénéficient d’un essor important. Le prince Ràkosi publie en 1705 en latin et allemand le Mercurius Hungaricus et en 1780 paraissent les premiers journaux en langue hongroise, le Magyar Hirmondo (Nouvelliste magyar) puis le Magyar Kurir (Courrier magyar), publiés à Vienne. Enfin, parallèlement aux hôpitaux se multiplient également les conservatoires, les bibliothèques et les théâtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’essor du milieu associatif est alors significatif. Cependant, s’il bénéficie grandement des mesures prises par les despotes éclairés, il se constitue en réaction contre lui. Là encore, c’est paradoxalement l’ouverture et la modernisation de la société introduite de manière volontariste par un Etat autoritaire qui concourt au développement d’une opposition radicale en son sein : le monarque reste le symbole d’une oppression étrangère. &lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-8614862597232195308?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/8614862597232195308/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=8614862597232195308' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8614862597232195308'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8614862597232195308'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-lumires-et_08.html' title='Histoire de la Hongrie - Lumières et despotisme : le mouvement des idées'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-8870881462063330908</id><published>2007-10-08T13:42:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:43:33.705-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - Lumières et despotisme : réformes des despotes éclairés</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Règne de Marie-Thérèse&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Durant le règne de Marie-Thérèse,  les écoles primaires se multiplient, même si leur nombre correspond aux régions les plus arriérées en France ; de même, les niveaux secondaire et universitaire sont développés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle accorde également une attention importante au secteur social en s’appuyant sur les fondations déjà existantes en Hongrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les despotes éclairés ne se contentent pas de contrôler les fondations existantes et d’exercer leur autorité : ils en créent également de nouvelles de leur propre initiative privée. Ainsi, Marie-Thérèse crée plusieurs fondations favorisant l’éducation. Parmi elles, la Fondation d’Aide aux Orphelins établie en 1775 à Debrecen. Par ailleurs, lorsque l’ordre jésuite est dissous en 1773, elle ne transfère pas les biens à l’Etat, mais crée un Fonds d’Education fonctionnant en tant que fondation indépendante régie par des lois publiques. Joseph II agira de même en 1782, en créant le fonds catholique nommé Cassa Parochium suite à la dissolution de plusieurs ordres monastiques. L’université catholique bénéficiera également du même statut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Règne de Joseph II&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;En effet, Joseph II va encore plus loin dans les réformes. En 1781, il promulgue l’édit de Tolérance, mettant fin à la censure et aux discriminations envers les communautés protestantes, les juives et orthodoxes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parallèlement, il lutte énergiquement contre le pouvoir religieux et nobiliaire en  supprimant les congrégations, excepté les ordres enseignants et hospitaliers : 738 couvents sont ainsi transformés en écoles. Il instaure également le mariage civil et transforme les diocèses et les comitats en unités administratives. Les derniers bastions du pouvoir de la noblesse, les comitats, sont définitivement supprimés en 1785. En 1784, il déclare l’allemand langue officielle, seule capable selon lui de former les élites pour un Etat moderne. Le règne de l’administration se propage également par l’introduction du recensement et du cadastre en 1784.&lt;br /&gt;Enfin, un impôt unitaire pour les nobles et les paysans est introduit en 1789, tentant d’améliorer la situation des paysans, sans cependant définitivement abolir le servage.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-8870881462063330908?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/8870881462063330908/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=8870881462063330908' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8870881462063330908'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8870881462063330908'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-lumires-et.html' title='Histoire de la Hongrie - Lumières et despotisme : réformes des despotes éclairés'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-1924524451295188625</id><published>2007-10-08T13:37:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:41:08.523-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - les origines : la catastrophe de Mohàcs (1526)</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;L’invasion des Ottomans&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;La défaite des Hongrois contre les Ottomans à Mohàcs en 1526 est également due aux luttes intestines. D’ailleurs, les Nobles s’empressent de piller le trésor royal. [1]&lt;br /&gt;Division du pays en 3 parties : turque, transylvanienne et habsbourgeoise : Jànos Ier Szapolyai est élu roi (1526 - 1540) à la Diète de Székesfehérvàr. Ferdinand Ier de Habsbourg, frère de Charles Quint, est élu roi de Bohême et de Hongrie (1526 - 1564) par la Diète de Pozsony. Les Ottomans se retirent et reviennent en 1541, sous prétexte de faire reconnaître la succession de Jànos Ier Szapolyai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Le pays se fige dans un retard durable : les trois Europes&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;« Après 1500, une nouvelle ligne de partage coupa l’Europe en deux, du point de vue de la structure économique et sociale, désignant la partie orientale, bien plus vaste, comme le territoire du « second servage », et cette ligne reproduisait avec une fidélité étonnante la frontière formée par l’Elbe et la Leitha en 800. (…) Cinq cents ans plus tard l’Europe est divisée en deux « camps », le long d’une ligne de partage presque semblable, comme si Staline, Churchill et Roosevelt avaient soigneusement étudié le statu quo de l’époque de Charlemagne lors du 1130e anniversaire de la mort de l’Empereur. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme l’explique Fernand Braudel dans la préface de l’œuvre de Jenö Szücs « Les Trois Europes », l’Europe occidentale bénéficie d’un développement en direction de l’Amérique, alors que la Russie s’oriente vers l’Asie. Entre les deux, une Europe plus proche de l’Occident que de l’Orient se renferme sur elle-même, minée par l’hypertrophie de la noblesse et le maintien du système féodal. Cette période qu’Istvàn Bibò nomme le « cul de sac de l’Histoire hongroise » a figé durablement le développement social.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De même, René Rémond écrit :&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« (…) il y a deux Europes profondément différentes : l’une a joué un rôle décisif, l’autre inexistant. Ces deux Europes correspondent à deux types de sociétés. Il y a des sociétés maritimes (…) qui se caractérisent par une organisation différenciée, avec notamment une bourgeoisie nombreuse et active, une économie où le commerce extérieur tient une place appréciable, et des sociétés continentales presque exclusivement terriennes, où l’économie est toute agraire. »[3]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Domination de la noblesse&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Sur ces terres divisées, ce n’est ni le pouvoir royal affaibli ni l’Eglise catholique amoindrie par la propagation de la Réforme et la dilapidation de ses biens qui assurent le pouvoir mais la noblesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;L’occupation ottomane : faire courber sans casser&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Si le territoire hongrois sous occupation ottomane a subi de très nombreux pillages et rapts, faisant de la Grande Plaine (puszta) une terre brûlée, les Ottomans ont cependant veillé à instaurer un équilibre entre l’exploitation maximale des terres à leur profit et une souplesse relative. Comme le décrit Miklos Molnàr, les seigneurs hongrois gardent une main mise sur les paysans, soumis au « condominium », une double imposition turque et hongroise. L’Etat et l’Eglise prélèvent également leur part, faisant du paysan la misera plebs contribuens. Par ailleurs, l’extension des pâturages pour le développement de l’élevage au détriment de l’agriculture et l’abandon des villages a engendré la croissance de quelques bourgs et bourgades, mais sans permettre un développement des villes. « La frontière de la civilisation a reculé. »[4]&lt;br /&gt;Concernant le territoire royal, la Hongrie reste en possession de la Sainte Couronne : l’administration viennoise n’y est pas imposée. La noblesse hongroise reste ainsi indépendante tout en se montrant loyale envers le monarque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Accroissement des inégalités&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, ce sont des « états nobiliaires » qui assurent la suprématie sociale et politique en Hongrie. Auparavant dépendants du pouvoir économique de la grande seigneurie, les magnats, les nobles asservissent totalement la paysannerie, creusant le fossé entre serfs (jobbàgy) et « nation nobiliaire ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« En l’absence d’argent et de possibilité pour les propriétaires de salarier une main-d’œuvre, ils sont obligés de l’asservir. (…) Le servage est une nécessité, tant qu’il n’y a pas encore une économie monétaire comportant circulation et échanges. »[5]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;Expansion de la noblesse&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Par ailleurs, à l’ancienne noblesse désargentée vient s’ajouter un nombre élevé de simples soldats ou paysans anoblis pour services rendus, poussant à l’hypertrophie de l’ordre : les nobles représentent en Pologne et en Hongrie 4 à 5 % de la population, jusqu’à 8 % en Transylvanie. Ils détiennent le pouvoir via les comitats, les entités territoriales traditionnelles. C’est ainsi un pouvoir politique indépendant et décentralisé qui s’affirme contre la royauté, aux mains étrangères, défendant une identité nationale durant plusieurs siècles.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;« Il y a ainsi dans le rôle historique de la noblesse dominante une dualité irréductible : en défendant ses privilèges, cette noblesse porte en même temps sur ses épaules l’identité et le droit hongrois. (…) Les classes dominantes et leurs institutions particulières garderont toutefois jusqu’au XIXe siècle cette constante : elles préservent la nation et en même temps entravent le progrès. »[6]&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Diversité des peuples et diversité des religions&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Diversité des populations&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;La Transylvanie est le "pays des trois nations" (magyare, sicule et saxonne) mais compte six nationalités dot une majorité magyare, sicule, saxonne, puis les Roumains appelés Valaches, les Serbes nommés Ràcs, les Ukrainiens. On y parle cinq langues et on y pratique six religions sans compter les Juifs et les sectes telles que les sabbataires ou abrahamistes.&lt;br /&gt;Sicules sont probablement d'origine hongroise ou turque venus en 895.&lt;br /&gt;Saxons venus à partir de 1140 de Flandre, Rhénanie et Wallonie. Ils s’établissent dans la partie septentrionale (nord) et Transylvanie. Ils sont luthériens, techniques agricoles et artisanales très évoluées avec centres urbains florissants.&lt;br /&gt;Les Roumains ne sont pas reconnus : religion orthodoxe n'est pas reconnue, souvent serfs et bergers sauf boyards. Conflit incessant entre historiens hongrois et roumains sur la première implantation sur le territoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début du XVIIIe siècle commence une colonisation nouvelle et systématique : Serbes au sud, colons allemands en Transdanubie[7], autour de Buda et dans le Banat[8], des Slovaques entre le Danube et la Tisza, des Roumains en Transylvanie. Accroissement de l’élément non hongrois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;La diversité religieuse&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Propagation de la Réforme et de la Contre-Réforme en Hongrie. La Réforme apporte l'humanisme de la Renaissance et l'épanouissement de la littérature. Propagation du luthéranisme surtout dans la population germanophone urbaine, à la cour, auprès de certains magnats hongrois. Propagation du calvinisme auprès des Magyars de toutes conditions, adapté à la situation hongroise par les prédicateurs locaux. La Réforme a finalement gagné une large partie de la population. Trouve une résonnance dans la situation hongroise : épuration d'une Eglise corrompue au profit d'une plus grande simplicité, emploi de la langue maternelle, message social, revêtant un caractère national certain. Par ailleurs, l'Eglise catholique avait été depuis longtemps affaiblie par le pillage des magnats et l'expropriation par les seigneurs convertis au protestantisme. Ces derniers convertissaient toutes leurs dépendances (familles, citadins, paysans, voisins et régions entières) = "cujus regio, ejus religio" ("telle la religion du prince, telle celle du pays"). En Hongrie, l'Eglise n'aura jamais plus le pouvoir d'une Eglise d'Etat. En matière littéraire, la littérature laïque représente 40% de la production.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le cardinal Péter Pàzmàny (1570-1637) persuade ses compatriotes que les Habsbourg et le catholicisme sauveront la Hongrie. Epanouissement de la littérature hongroise catholique. Répression contre les protestants, réfugiés en Transylvanie et dans une moindre mesure dans le nord de la Hongrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1604 – 1606 : insurrection d'Istvàn Bocskai contre les Habsbourg avec les hajdu (haïdouks), après la répression habsbourgeoise suivant la défaite contre les Turcs en 1596.&lt;br /&gt;Consolidation du pouvoir sous Gàbor Bethlen (1613-1629), qui devient maître de la majeure partie de la Hongrie royale, reconnu par les Nobles contre les Habsbourg (Ferdinand II, 1618 – 1637). Après une autonomie croissante vis-à-vis de l’empire habsbourgeois et la reconnaissance de liberté religieuse des Nobles protestants, la Hongrie est finalement soumise à la couronne d’Autriche en 1699 (paix de Carlowitz) suite à la guerre contre les Ottomans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La guerre de libération anti-habsbourgeoise de Ferenc (François) Ràkoczi II (1703-1711) se solde par un échec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les nobles reconnaissent l’autorité de Vienne en échange de la direction des comitats, l’organisation de l’administration, de la juridiction et de l’imposition.&lt;br /&gt;A partir de 1741, sous Marie-Thérèse (1711- 1740), une réelle coopération s’établit entre les Nobles hongrois et le pouvoir habsbourgeois.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;[1] La première attaque des Ottomans avait eu lieu en 1456 et avait été repoussée avec succès à Belgrade par Jànos Hunyadi.&lt;br /&gt;[2] Jenö Szücs, Les Trois Europes, coll. « Domaines danubiens », L’Harmattan, Paris, 1992.&lt;br /&gt;[3] René Rémond, Introduction à l’histoire de notre temps, vol. I l’Ancien Régime et la Révolution, coll. « Points », série « Histoire », Seuil, Paris, 1974. Page 27.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, op.cit. Page 146.&lt;br /&gt;[5] René Rémond, op.cit. Page 53.&lt;br /&gt;[6] Miklos Molnàr, op.cit. Page 142.&lt;br /&gt;[7] La Transdanubie est le nom de la région hongroise située dans le bassin des Carpates à l'ouest du Danube.&lt;br /&gt;[8] Le Banat est une partie de la plaine de Pannonie limitée par le Danube au sud, la Tisza (Theiss, Tissa, Tisza) à l'ouest, le Mureş au nord, et les Carpates méridionales à l'est. Sa capitale historique est Timişoara (hongrois : Temesvár, serbe : Temišvar), située dans le judeţ de Timiş de Roumanie. Le terme Banat designait la province frontière gouvernée par un ban.&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-1924524451295188625?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/1924524451295188625/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=1924524451295188625' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/1924524451295188625'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/1924524451295188625'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-les-origines-la_08.html' title='Histoire de la Hongrie - les origines : la catastrophe de Mohàcs (1526)'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-6123303343828134212</id><published>2007-10-08T13:34:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:36:55.129-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - les origines : la dynastie arpadienne et les luttes successorales</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Les Hongrois franchissent les Carpates&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;En 895, l'attaque des Petchenègues pousse les Magyars à franchir les Carpates. Les chefs Arpàd et Koursan mènent les sept tribus magyares et les tribus kabares d'origine turque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que le royaume hongrois est en pleine construction autour d'Arpàd, de nombreux raids sont lancés partout en Europe, souvent au service de seigneurs désireux de s'accaparer le pouvoir.&lt;br /&gt;Instauration du système grand-ducal : une province est attribuée à un héritier. Centralisation progressive du pouvoir militaire autour de la famille arpadienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sous Géza (972 – 997), des relations internationales tournées vers l'Empire romain germanique se mettent en place : choix politique de la conversion massive et forcée au christianisme romain. Auparavant, chamanisme et coutume de « l’arbre du monde » (totémisme).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Coexistence de "Hongrois blancs" et de "Hongrois noirs" (Sicules et peuples turcs tels que Kabares et Petchenègues). Ces derniers sont réfractaires au pouvoir de Géza sous influence romaine alors que leur région subit le rayonnement de Byzance et de l'Eglise orthodoxe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Luttes successorales du XIVe au XVIe siècle en synergie avec l’histoire européenne occidentale.&lt;br /&gt;La Hongrie connaît comme tous les pays d’Europe des luttes successorales qui effritent le pouvoir royal jusqu’à ce que des rois tchèques, la famille d’Anjou, les Jagellons ou encore les Habsbourg la gouvernent du XIVe au XVIe siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Invasion mongole : le pays dévasté&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;L’invasion tatare/mongole de 1241-1242 dévaste le pays qui se reconstruit sous Béla IV (1235 – 1270).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;La féodalité « à la hongroise »&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Installation de la féodalité&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Dès le XIVe siècle, mise en place d’une féodalité "à la hongroise" : tous les nobles, qu'ils soient riches ou pauvres, appartiennent à un seul et même ordre et représentent entre 4 et 5 % de la population. Les nobles pauvres dépendent des grands propriétaires (magnats) détenteurs de droits seigneuriaux. Constante lutte des petits nobles pour être les égaux des grands.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Le second féodalisme de la Renaissance&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Si le roi tente de récupérer le pouvoir, notamment avec le brillant roi Màtyàs (1458 – 1490), l'aristocratie récupère bien vite tous ses privilèges. Domination des potentats, seigneurs laïques et ecclésiastiques. Les nobles utilisent des outils juridiques = procès de "dépossession" caractéristiques du "second féodalisme" hongrois. La population pauvre est livrée aux seigneurs petits et grands, laïcs et ecclésiastiques. Les paysans se retrouvent en "deuxième servage". Pression sur toute la population non noble : serfs, affranchis, paysans libres, citadins des bourgs et bourgades. La noblesse ordinaire revendique sa part du gâteau. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Miklos Molnàr dit :&lt;br /&gt;"La Diète se réunit chaque année ou presque en états généraux où chaque noble possède le droit de participer et de voter en personne, flanqué de son épée ou sans arme, suivant le cas. La Diète vote des lois au bénéfice de toute cette classe politique avant la lettre, mais les décisions principales restent entre les mains des maiores, les aristocrates et le Conseil royal. Font exception les diétines des comitats, où la noblesse moyenne du comté représente un contrepoids au pouvoir royal et - dans une moindre mesure - à l'aristocratie locale économiquement dominante [Bakocz, Bàthory, Kiniszi, Szapolyai]." &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-6123303343828134212?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/6123303343828134212/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=6123303343828134212' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/6123303343828134212'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/6123303343828134212'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-les-origines-la.html' title='Histoire de la Hongrie - les origines : la dynastie arpadienne et les luttes successorales'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-7862794993828175487</id><published>2007-10-08T13:31:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:33:31.007-07:00</updated><title type='text'>Histoire de la Hongrie - les origines : avant de franchir les Carpates</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Groupe linguistique finno-ougrien&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Les Hongrois appartiennent au groupe linguistique finno-ougrien des langues ouraliennes,  défini à la fin du XVIIIe siècle par Jànos Sajnovics. Certains linguistes l’élargissent à un groupe ouralo-altaïque[1], comprenant des langues comme le turc, mongol, mandchou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;La légende nationale : le cerf miraculeux&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Jusque là, la légende nationale voulait que les Hongrois descendent des Scythes[2] ou des Huns.&lt;br /&gt;Selon la légende : les Hongrois serait le peuple de deux frères Hunor et Magor, c’est-à-dire des Huns et des Hongrois, avec une mère commune Emese et pour père un oiseau légendaire (le turul, sorte de faucon). Les jeunes hommes furent conduits par un cerf miraculeux dans la terre des Alains où ils enlevèrent les filles d’un de leurs chefs.&lt;br /&gt;Remarque : modèle familial traditionnel où la femme porte le nom de l’homme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Les pérégrinations magyares&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Ce groupe, défini grâce à la linguistique comparée, est établi des deux côtés de l'Oural.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les Hongrois se séparent du groupe vraisemblablement en Sibérie occidentale (vers ~1000 d'après l'historien hongrois Pàl Engel). Poussés par des peuples venus d’Asie, ils descendent le long de la Volga jusqu'à la mer d'Azov puis la mer Noire. Ensuite, ils poursuivent vers l'ouest pour aboutir aux Carpates.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les Proto-Hongrois subissent l'influence des Scythes et des groupes iraniens (Sarmates, Alains), notamment dans le vocabulaire militaire (kard, ij). Ils subissent également l’influence des langues bulgare (Onogours) et turque (Khazars).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au IXe siècle, plusieurs déplacements de Magyars ont lieu du nord du Caucase au nord de la mer Noire jusqu'aux Carpates. Etablissement de manière autonome en Lévédie et Etelköz. Civilisation opulente et guerriers redoutables.&lt;br /&gt;[1] L'Altaï ou Altai (en turc Alytau ou Altay signifie Al (or) &amp;amp; tau (mont), en mongol Altain-ula, les "Montagnes d'or"), est un terme utilisé en géographie de l'Asie avec diverses significations liées à la zone montagneuse comprise entre la Russie, la Chine (province du Xinjiang), la Mongolie et le Kazakhstan et où les grandes rivières Irtych et Ob prennent leur source.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2] Les Scythes (en grec ancien οἱ Σκὐθαι / hoi Skúthai) sont un ensemble de peuples nomades, ayant vécu entre le VIIe siècle et le IIIe siècle av. J.-C. dans les steppes eurasiennes. C'est une très vaste zone allant de l'Ukraine à l'Altaï, en passant par le Kazakhstan.&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-7862794993828175487?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/7862794993828175487/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=7862794993828175487' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7862794993828175487'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7862794993828175487'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/histoire-de-la-hongrie-les-origines.html' title='Histoire de la Hongrie - les origines : avant de franchir les Carpates'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-4386624499357996613</id><published>2007-10-04T16:49:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:00:31.614-07:00</updated><title type='text'>Etat versus société civile ?</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« (…) l’une des voies d’interprétation de la spécificité du communisme et de l’hostilité qu’il provoquait a été, spécialement à partir des années 1970, de souligner que le système communiste avait tendu à réaliser une fusion de l’Etat-Parti et de la société civile : fusion qui écrasait l’autonomie des individus et des groupes et annihilait, quasiment, leur capacité à s’organiser. Comme, dans le même temps, le thème d’une organisation de la société (civile) contre l’Etat, ou en dehors de l’Etat, se développait en Occident, notamment en raison d’un retrait partiel de l’Etat-providence et de l’essor de luttes comme celle du mouvement des femmes, cette thématique a reçu un grand écho. Cependant, la problématique de l’opposition société civile / Etat a été critiquée en raison de la simplification qu’elle commanderait dans l’analyse, voire en raison de l’oubli qu’elle induirait du rôle de l’Etat dans la constitution d’une société où l’organisation, l’association, la compétition régulées sont possibles. Cette dernière raison permet aussi de s’interroger sur la pertinence d’une analyse des sociétés post-communistes comme lieu d’une renaissance de la « société civile. »»[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme nous l’avons analysé dans notre seconde partie, le milieu associatif est guidé par des buts multiples, la défense d’intérêts de groupes ou de classes en premier lieu - il en est ainsi des salons bourgeois, mais aussi des groupements clientélistes et corporatistes hongrois des années 1970 –. Si la défense de la liberté a été proclamée comme moteur des mouvements révolutionnaires, l’analyse historique semble démontrer que de multiples autres motivations sous-tendent ces mouvements : lutte de la bourgeoisie pour accéder à une position élitiste, lutte de la noblesse hongroise pour maintenir son pouvoir sur une base nationaliste, etc.&lt;br /&gt;Le milieu associatif est le fruit de clivages sociaux et, en cela, il est un outil de revendications politiques et sociales moins altruiste qu’il n’y paraît.&lt;br /&gt;En mentionnant l’essor du milieu associatif durant les années 1980, Eva Kuti écrit :&lt;br /&gt;« The actual activities of these groups did not challenge the state socialist system, but their mood was clearly opppositional, their existence expressed the society’s antagonism towards the totalitarian regime. This more or less hidden oppositional character of the voluntary sector is probably explained by the oppositional attitude of the Hungarian society itself. (...) This general distrust of public institutions (including not only state, but church organizations, as well) is an important explanatory factor of the impressive strength of voluntary movements and their potential for expansion in Hungary. Voluntary organizations learnt to survive prohibition and to wriggle out of government control, sometimes they could shelter social and political movements which were not tolerated by the authorities. The freeedom of association was always endangered, the voluntary organizations often existed on the edge of illegality. Governments did not trust them at all, the most dictatorial ones even tried to completely eradicate them, but they were held in high esteem by citizens. They were considered to be a means of having a “voice” in “no-exit” situations.»[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous retrouvons chez Eva Kuti la ligne de pensée suivante : le milieu associatif est une force d’opposition au régime soviétique totalitaire, dans le prolongement de la lutte silencieuse de la société toute entière. Au besoin relais des mouvements sociaux et politiques, les associations ont de tout temps été durement pourchassées par les pouvoirs publics. C’est parce que depuis 1989 le peuple ne fait plus confiance ni à l’Etat ni à l’Eglise que le réseau associatif est une force de renouveau primordiale pour la nouvelle Hongrie en gestation. L’association serait donc une force d’opposition à un pouvoir étatique dictatorial, qui reflète les aspirations du peuple.&lt;br /&gt;Et que sont devenus ces cercles de défense nobiliaires et bourgeois visant à défendre les intérêts des élites ? Et que sont devenus les associations fondées et soutenues par l’Etat pour développer la société ? De même, le fondement de l’œuvre de Miklos Molnàr, que nous avons abondamment citée, repose sur l’opposition entre société civile et Etat. Par ailleurs, lorsque Edith Archambault cite Michel Foucault pour décrire le pouvoir oppresseur de l’Etat, Dominique Colas cite le même auteur pour noter son aversion à l’égard de la simplification de la théorie de l’enfermement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout comme le mouvement associatif est multiple, l’Etat l’est à son tour : l’Etat de l’Ancien Régime est différent de celui du XIXe siècle, les formes de pouvoir français et hongrois étant à leur tour différentes les unes des autres. Enfin, le pouvoir totalitaire stalinien est également différent du pouvoir de Kàdàr instauré en Hongrie dans les années 1970.&lt;br /&gt;De même, les formes de résistance à travers l’empire soviétique sont tout aussi diverses : marins, paysans, intellectuels et étudiants, ouvriers, Juifs, prêtres catholiques, artistes …Tous ces groupes se battent contre l’oppression, mais aussi pour obtenir des droits qui leur sont propres. En cela, ils se positionnent comme acteurs spécifiques au sein de la population.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contre ces simplifications, notre analyse historique a eu pour objet de décrire la place de l’association dans l’histoire des sociétés française et hongroise.&lt;br /&gt;L’objet de notre thèse consistera à examiner les résurgences du passé et les évolutions nouvelles au sein des milieux associatifs français et hongrois, en analysant les constitutions sociales, les rapports de pouvoir et le rôle de l’Etat, notamment en tant que législateur et premier financeur du milieu associatif aujourd’hui, que ce soit en France ou en Hongrie.&lt;br /&gt;[1] Dominique Colas, Première partie « Société civile, Etat, nation » in l’Europe post-communiste, dir. Dominique Colas, coll. « Premier cycle », Presses universitaires de France, 2002, Paris. Page 29.&lt;br /&gt;[2] Eva Kuti, op. cit. Page 40 et 45.&lt;br /&gt;Traduction française : « Les activités concrètes de ces groupes n’équivalaient pas le système soviétique, mais leur but était clairement de s’opposer, leur existence exprimant l’antagonisme de la société envers le régime totalitaire. Ce rôle d’opposition du secteur volontaire, plus ou moins caché, est probablement explicable par l’attitude antagoniste de la société hongroise dans son ensemble. (…) Le désaveu général des institutions publiques (incluant non seulement les institutions étatiques mais aussi ecclésiastiques) apporte une explication primordiale à la force impressionnante avec laquelle les mouvements volontaires ont agi et se sont développés en Hongrie. Les organisations volontaires ont appris à survivre malgré la censure et à déjouer le contrôle gouvernemental, abritant parfois des mouvements politiques et sociaux interdits par les autorités. La liberté d’association a toujours été menacée, les organisations volontaires perdurant à la marge de l’illégalité. Les gouvernements ne leurs ont aucunement fait confiance, les plus dictatoriaux tentant même de les éradiquer complètement, mais elles furent tenues en grande estime par les citoyens. Elles étaient considérées comme un moyen d’avoir une « voix » dans des situations de « non-existence ». »&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-4386624499357996613?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/4386624499357996613/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=4386624499357996613' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4386624499357996613'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4386624499357996613'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/etat-versus-socit-civile.html' title='Etat versus société civile ?'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-7839460044050170106</id><published>2007-10-04T16:48:00.002-07:00</published><updated>2007-10-08T12:59:50.076-07:00</updated><title type='text'>Sous le communisme en Hongrie : gel et dégel</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Suite à l’écrasement de la révolution de 1956, c’est en premier lieu la liberté d’action qui est touchée par la suppression des conseils révolutionnaires. Ensuite, la liberté de pensée fut impitoyablement condamnée par la persécution des intellectuels. Cependant, des concessions furent accordées dans le domaine économique : le régime soviétique a alors compris que la satisfaction de besoins de base pourraient un temps faire taire d’autres revendications. Si des assouplissements sont apportés sur le plan judiciaire, administratif et économique, le contrôle étatique et policier reste intangible dans un premier temps. La grande réforme économique hongroise de 1968, appelée « nouveau mécanisme économique » introduit une coopération fondée sur la libéralisation du marché.&lt;br /&gt;La réforme touche premièrement le monde rural, en baisse constante : l’alliance du collectif et du privé permet en effet d’instaurer une forme de compétitivité fondée sur la compétence et non sur le lieu de naissance ou l’origine sociale. C’est la première fois dans l’histoire hongroise que les paysans ont la possibilité de s’enrichir. Deuxièmement, les activités assimilées au secteur privé – commerce, artisanat et petites entreprises – bénéficient également de cet élan. L’imbrication entre collectif et privé apporte une très forte dynamique à l’ensemble de l’économie. Attirée par l’augmentation des revenus, la population cumule les heures de travail pour pouvoir s’enrichir en profitant des deux secteurs. Plusieurs écrivains, majoritairement populistes, dénoncent ce nouvel asservissement qui délite encore une fois la cohésion sociale et dénigre la culture et l’instruction : le pays se construit sur l’intérêt à défaut de se construire sur la démocratisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, la libéralisation économique apporte également une libéralisation sociétale : la liberté d’opinion s’affirme en public, véhiculée par les journaux. La pratique religieuse cesse d’être condamnée. Enfin, la Hongrie s’ouvre au monde : les maisons d’éditions étatiques éditent les traductions d’auteurs étrangers auparavant interdits ; les voyages à l’étranger sont facilités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, si la libéralisation permet la formation d’une classe moyenne importante, englobant les intellectuels, les entrepreneurs, les techniciens, les paysans et une partie d’ouvriers, les inégalités sociales refont surface, de manière d’autant plus criante qu’elles se fondent sur les combines et la corruption. Une nouvelle cassure sociale apparaît ainsi entre nouveaux riches et pauvres exclus du système. Si le pouvoir soviétique a accordé d’importantes concessions en matière de liberté économique et privée, elle ne permet pas à la population d’accéder au pouvoir politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, le pouvoir soviétique a échoué dans sa volonté de cloisonnement et d’atomisation de la société : par la libéralisation économique, elle recrée l’une des bases de l’association : la défense des intérêts. Dans une démarche utilitariste, la population fait l’objet de regroupements informels fondés sur le clientélisme, où la frontière entre l’économique et le politique s’estompe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C’est donc sur un terrain accidenté, tantôt dans des cadres légaux tantôt comme « rivière souterraine », et toujours en lignes de forces entrecroisées que s’est développée une société civile laissant derrière elle l’encadrement social vertical comme une coquille vide. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La libéralisation économique engendre une diversification de la société par regroupements utilitaristes, mais aussi un éclatement du pouvoir politique se voulant le reflet des changements sociaux. « Il y a une sorte d’osmose entre d’un côté la classe politique et surtout les communistes sans grade et, de l’autre, la société civile. »[2] Dans le prolongement de l’évolution sociale, le fossé entre les communistes conservateurs et réformistes s’élargit : le retour de la pensée utilitariste, fondée sur la défense des intérêts, conduit le parti lui-même à se fissurer.&lt;br /&gt;« La banalisation du parti allait de pair avec la banalisation de l’idéologie dans un temps, déjà ancien, quand l’idéologie s’est transformée en vulgate utilitaire, véhiculée par la langue de bois. Dans un second temps, (…), elle se dégrade et se meurt. Et avec elle se dissipe, conjointement, tout un outillage millénariste, messianique, prométhéen. »[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant les années 1980, la crise économique et politique de l’Etat communiste a donc des impacts sur toute la sphère économique, sociale et politique : la frontière entre le public et le privé, entre le politique et l’économique devient friable.&lt;br /&gt;Fondée initialement sur des regroupements utilitaristes, l’essor associatif s’affirme peu à peu, et en premier lieu autour de l’identité nationale. En effet, la défense des minorités hongroises dans les pays limitrophes constitue la préoccupation première de la population : « la société civile s’est substituée dans ce domaine à l’Etat ».[4] Les revendications portant sur la récupération des territoires magyars fédèrent encore une fois le peuple hongrois, qui s’unit au sein de manifestations de protestation dès les années 1970. A partir de la fin des années 1980, le sort des minorités hongroises constitue le débat principal dans les médias, les livres, les manifestations, contraignant le pouvoir à formuler des protestations auprès du pouvoir roumain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, les associations s’organisent pour défendre les intérêts d’une région ou d’un groupe. Ainsi, des corporations se recréent autour du pouvoir d’un chef ou d’un groupe influent sur un modèle féodal. Alimentés par la corruption, ils sont des intermédiaires entre le pouvoir politique et leur sphère d’influence, agissant en véritables groupes de pression.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En marge de ces deux orientations, un milieu associatif diversifié apparaît, majoritairement soumis au pouvoir de l’Etat ou à celui des patrons. Cependant, selon les propos de Miklos Molnàr, plusieurs milliers d’associations bénéficieraient à ce stade d’une « autonomie politique, financière et idéologique indiscutable. »[5]&lt;br /&gt;Pourtant, l’Etat interfère directement via l’administration ou indirectement via ses organisations dans la vie de l’association : si le ministère de l’Intérieur se borne à surveiller les statuts et le fonctionnement, c’est l’Etat qui crée toute nouvelle association et transforme les anciennes.&lt;br /&gt;Cependant, progressivement, le milieu associatif a cherché à se libérer de la tutelle étatique en nommant de nouveaux dirigeants, en critiquant de plus en plus ouvertement l’autoritarisme, en organisant des conférences et des programmes en marge de la sphère officielle, relayés par les médias. Ce mouvement de libéralisation de la vie privée se situe dans le prolongement du dégel des années Kàdàr : il fait suite à la libéralisation économique et au retour de l’initiative privée. A partir des années 1988-1989, le mouvement atteint une ampleur significative.&lt;br /&gt;« (…) le mouvement déborde, cette fois-ci, le cadre de la société civile dans l’acception étroite du terme. Il revendique maintenant non seulement quelques espaces, mais pratiquement tout le terrain, il revendique … la liberté. (…) les associations se multiplient et occupent le centre et de l’espace social et de l’espace politique.»[6]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, certaines organisations qui commencèrent en tant que groupes environnementaux ou d’alternatives scientifiques ou encore des associations professionnelles créèrent la base d’un mouvement non-officiel, plus tard d’opposition. Les groupements clandestins puis les associations crées à la fin des années 1980 se multiplient notamment dans le domaine religieux, culturel, écologique, dans la représentation d’intérêts, dans le « débat public » et enfin, dans le domaine politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les associations religieuses témoignent d’une diversification importante des cultes et des croyances, tels que les Témoins de Jehova, les Baptistes, les Advantistes, les Méthodistes ou encore les Nazaréens.&lt;br /&gt;Les associations culturelles restent, elles, dans le giron des organisations officielles : Jeunes communistes et Front Patriotique Populaire. Parallèlement, de nombreux clubs de discussion et de lectures auparavant interdits se reforment et poursuivent une activité de plus en plus libre, notamment au sein des universités mais aussi de l’enseignement secondaire. Parallèlement aux foyers culturels officiels se développent des foyers locaux financés collectivement.&lt;br /&gt;Si les associations sportives et de loisirs sont les plus importantes, elles restent cependant soumises au pouvoir de l’Etat.&lt;br /&gt;Enfin, c’est au sein du Front Patriotique Populaire que se développent les mouvements écologiques, qui se cristallisent autour de la lutte contre la construction des barrages sur le Danube.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le milieu associatif renaissant est donc divisé en plusieurs tendances : il comprend d’une part des regroupements de particuliers soucieux de défendre leurs intérêts, d’autre part des associations nées au sein d’organisations officielles qui jouent le rôle d’intermédiaire entre les citoyens et le pouvoir politique. C’est de ces dernières que naissent les futurs partis politiques. Enfin, il faut signaler que les médias jouèrent un rôle important dans la libéralisation du pays, donnant la parole à des intellectuels exprimant de plus en plus ouvertement leur opinion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les institutions de la « société civile » regagnent progressivement leurs droits. La première étape de ce processus eut lieu en 1987, quand le Code civil hongrois réintégra le statut des fondations. C’est alors que Georges Soros s’installe en Hongrie. D’après Eva Kuti, ce pas en avant serait dû à l’aveu de défaillance fait par l’Etat quant à la satisfaction de besoins sociaux. Faisant fonctionner un système à deux vitesses avant tout favorable à la nomenklatura, il aurait délaissé des pans entiers de la population hongroise. C’est pour permettre aux fondations de prendre soin de ces derniers que l’Etat aurait relâché son contrôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En janvier 1989, la Hongrie va plus loin puisque l’Assemblée nationale vote une loi sur la liberté d’association. En un an, la réglementation sur le fonctionnement et la gestion économique des partis fut mise en place, parallèlement au vote des lois sur la liberté religieuse et des institutions religieuses. Le résultat de cette nouvelle situation juridique ainsi que la mise en place d’un nouveau système d’impôts qui permit la constitution de ressources financières, fut l’essor des « organisations à but non lucratif » (nonprofit organisations) ainsi que l’affirmation de leur rôle social et de leur poids économique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, la révolution de 1956 a eu un effet inattendu : la libéralisation du pays sur des bases économiques et utilitaristes. La défense des intérêts est à la base du dégel, rendant les frontières floues entre l’Etat et la population, entre le politique et l’économique, entre le public et le privé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous semblait ici important de décrire cette évolution, dont l’interprétation historique est à la base de désaccords contemporains fondamentaux. En effet, comme nous avons pu le remarquer dans les citations ci- avant, un historien d’origine hongroise comme Miklos Molnàr emploie constamment le terme « société civile » pour qualifier une population informelle, qui voudrait accéder à la liberté contre un Etat oppresseur, notamment par l’intermédiaire des associations.&lt;br /&gt;Si la dimension totalitaire du pouvoir soviétique jusqu’au dégel ne fait aucun doute, on peut toutefois se demander si la chute du régime soviétique est due en premier lieu à cette lutte de la « société civile » ou bien à la dégénérescence du pouvoir soviétique, miné par le clientélisme et la corruption tout autant que la société elle-même. En effet, la frontière entre pouvoir politique et société nous semble moins évidente qu’il n’y paraît. Si l’on considère le milieu associatif, nous avons pu constater qu’il contient plusieurs tendances. La majeure partie des associations agissant dans le cadre communautaire – associations sportives, culturelles, artistiques, sociales, écologiques – sont entièrement assujetties à l’Etat, que ce soit directement ou indirectement en évoluant au sein d’organisations. D’autres associations ont pour but de défendre les intérêts de groupes véhiculés par le clientélisme lié à l’Etat d’une part, par le corporatisme d’origine féodale d’autre part.&lt;br /&gt;On compte par ailleurs des associations religieuses et enfin, des associations que nous nommons « nationalistes » dans le sens où elles défendent les minorités magyares et l’identité nationale.&lt;br /&gt;La dichotomie « société civile » / Etat nous semble donc relativement artificielle. Or, celle-ci est à la base des considérations actuelles sur le milieu associatif, que ce soit en France ou en Hongrie.&lt;br /&gt;[1] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 214.&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 279.&lt;br /&gt;[3] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 288.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 308.&lt;br /&gt;[5] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 314.&lt;br /&gt;[6] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 315.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-7839460044050170106?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/7839460044050170106/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=7839460044050170106' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7839460044050170106'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7839460044050170106'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/sous-le-communisme-en-hongrie-gel-et.html' title='Sous le communisme en Hongrie : gel et dégel'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-3599909366297991076</id><published>2007-10-04T16:48:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:01:34.866-07:00</updated><title type='text'>Sous le communisme en Hongrie : la révolution démocratique écrasée</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les signes du dégel donnés par le XXe Congrès du parti soviétique durant lequel Khrouchtchev dénonce les crimes staliniens fait souffler un incroyable vent de liberté. Le détonateur de la révolution de 1956 est donné par la réhabilitation et les obsèques publiques de Rajk : 100 000 personnes manifestent alors en silence.&lt;br /&gt;Le 23 octobre, en solidarité avec les Polonais, les étudiants, artistes et écrivains se réunissent au pied de la statue de Petöfi et proclament une revendication en 12 points, comme l’avait fait Kossuth lors de la révolution de 1848. Au fur et à mesure de la journée et notamment après la sortie des usines implantées par la force par le régime soviétique, les milliers d’ouvriers rejoignent la foule, qui atteint alors 300 000 personnes. La radio est prise, la statue de Staline déboulonnée. Si la police politique ouvre le feu sur la foule, la police municipale fournit, elle, des fusils aux insurgés.&lt;br /&gt;L’Armée Rouge est appelée au secours : la manifestation, devenue révolte se transforme alors en révolution. Après cinq jours de lutte, Imre Nagy est nommé Premier ministre. Malgré son appel au calme, la lutte pour la liberté se poursuit. Le parti finit par être dissous : les petits propriétaires, les sociaux-démocrates et les paysans intègrent le cabinet. Si les insurgés cessent les combats, ils demandent cependant des comptes au nouveau pouvoir.&lt;br /&gt;Un nouveau système politique et social renaît de ses cendres en l’espace d’un instant : le multipartisme est instauré ; police, armée et insurgés assurent l’ordre ensemble, malgré des débordements dans les deux camps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La grande originalité de la révolution hongroise est sans conteste sa spontanéité : si un noyau dur formé par l’intelligentsia a donné une impulsion décisive, elle a été très rapidement rejointe par une foule disparate unie autour de la défense de la liberté et de l’indépendance nationale. Rapidement, cette foule s’organise en créant des organes d’autogouvernement : comités nationaux, conseils révolutionnaires, conseils ouvriers, assurant la direction d’un quartier, d’une institution, d’une usine.&lt;br /&gt;Alors que les conseils révolutionnaires organisent la vie politique, les conseils ouvriers gèrent le volet économique. Les conseils sont, dans un premier temps, la seule alternative aux partis, mais un parti qui serait directement issu du peuple sans idéologie ni théorie préalable. C’est la confiance qui en lie les membres et la force de conviction qui en distingue les meneurs. Ces groupes, issus de la survivance de liens amicaux ou de voisinage, se fondent sur la souplesse des débats et sur une volonté de s’inscrire durablement dans le temps. Comme le mentionne Hannah Arendt, « au sein de chaque groupe disparate la formation d’un conseil a transformé une coexistence de pur hasard en une institution politique. » De plus, ces associations démocratiques spontanées ont très rapidement couvert de larges secteurs d’activité.&lt;br /&gt;« (…) révolution spontanée, pluraliste, multiforme, sans direction centrale ni tendance dominante si ce n’est la volonté commune d’indépendance nationale et de liberté civile. Le dénominateur commun, à part le sentiment national, est l’élan vers une société civile multiple et policée. Personne n’a même entendu parler de société civile, mais, du village perdu à la grande usine, en passant par les associations d’écrivains, d’artistes ou de croyants, chacun a saisi une parcelle du pouvoir appartenant aux citoyens. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La révolution de 1956 est, en ce sens, est la première expérience réellement démocratique de la Hongrie : le communisme ayant détruit les clivages sociaux en instaurant un régime de peur, l’individu est seul défenseur de sa propre liberté. A la communautarisation soviétique forcée, le peuple répond par un élan communautaire spontané qu’il n’avait jamais connu auparavant. En l’absence de classes, ce n’est pas la défense d’intérêts qui engendre la révolution mais la volonté commune de vivre dans un pays libre. Les associations formées alors pourraient être les premiers cercles démocratiques tocquevilliens de toute son histoire : chacun organise un pan de la société pour le bien de tous, pour le bien commun.&lt;br /&gt;«Si une chose telle qu’ « une révolution spontanée » à la Rosa Luxemburg – ce soulèvement soudain d’un peuple opprimé, luttant pour la liberté et pratiquement rien d’autre, sans le chaos d’une défaite militaire qui le précéderait, sans le recours aux techniques du coup d’Etat, sans le réseau dense d’un appareil d’organisateurs et de conspirateurs, sans la propagande déstabilisante d’un parti révolutionnaire, c’est-à-dire ce que tout le monde, les conservateurs comme les libéraux, les radicaux comme les révolutionnaires, avait rejeté tel un beau rêve – si donc une telle révolution a jamais existé, alors c’est nous qui avons eu le privilège d’en être les témoins. (…) C’est dans l’essor des conseils, et non dans la restauration des partis, que se trouve le signe évident d’une véritable renaissance de la démocratie contre la dictature, de la liberté contre la tyrannie. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’initiative est portée par les élites du système soviétique, l’intelligentsia, qu’un endoctrinement décennal n’a pas suffi à asservir. La population reste pleinement consciente du mensonge de l’envahisseur. L’union des communistes, fers de lance du mouvement, et de la population, montre à quel point la distance critique avait pu être maintenue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant … peu ou prou d’historiographies mentionnent le retour des slogans antisémites dès le deuxième ou troisième jour de la révolution. Et il est peu mentionné, que les Hongrois fascistes admirateurs de Hitler et de Szàlasi, passés en Autriche, refont alors leur apparition au sein des manifestations. D’ailleurs, les villes frontalières déplorent plus de massacres que la capitale. Enfin, la traque des Juifs parmi les dissidents réfugiés en Autriche durant la révolution laisse à penser qu’un sentiment nationaliste aux relents inavouables a également accompagné la révolution démocratique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu’est-ce que la révolution de 1956 aurait pu donner ? De quel régime aurait-elle pu accoucher ? D’un nationalisme conservateur fondé sur l’aristocratie catholique comme l’a prôné le cardinal Mindszenty ? D’une démocratie socialiste menée par Imre Nagy ? Dans cette seconde perspective, les sociaux-démocrates opprimés par les communistes l’auraient-il rallié, permettant la formation d’une « troisième voie » tant rêvée entre capitalisme et communisme ? L’écrasement de la Hongrie par l’Armée rouge ne nous permet malheureusement pas de répondre à ces interrogations. Cependant, on peut affirmer que le type d’association fondé spontanément durant cette courte révolution laisse à penser que la démocratie n’était plus une voie étrangère à la Hongrie. Ainsi, c’est encore une fois à la lumière des associations que se mesure les évolutions sociales et politiques et la capacité d’un peuple de défendre des valeurs démocratiques.&lt;br /&gt;Si la révolution est écrasée, les protestations se poursuivront de manière silencieuse, notamment par désertion des lieux publics lors des dates anniversaires d’octobre 1956. Par ailleurs, les samizdats ne cesseront de circuler sous le manteau, au sein de groupes informels et amicaux réunis clandestinement.&lt;br /&gt;[1] Miklos Molnàr , Histoire de la Hongire, op. cit. Page 408.&lt;br /&gt;[2] Hannah Arendt, « Réflexions sur la révolution hongroise » in Les origines du totalitarisme, op. cit. Page 899 et 925.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-3599909366297991076?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/3599909366297991076/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=3599909366297991076' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3599909366297991076'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3599909366297991076'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/sous-le-communisme-en-hongrie-la.html' title='Sous le communisme en Hongrie : la révolution démocratique écrasée'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-4006849636044237269</id><published>2007-10-04T16:47:00.002-07:00</published><updated>2007-10-08T13:03:30.167-07:00</updated><title type='text'>Sous le communisme en Hongrie : fonder une nouvelle société</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Premièrement, la réforme agraire de 1945 permet de supprimer le pouvoir des grands propriétaires fonciers et de transférer les terres aux paysans. Ces derniers sortent victorieux des uniques élections libres organisées en novembre 1945 : le parti des petits propriétaires remporte alors 57% des voix, les communistes seulement 17. Après des siècles d’oppression, la liberté républicaine est un espoir formidable de mettre enfin fin à l’archaïsme du pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, persécutés et massacrés sous le régime de Horthy, les Juifs ayant survécu aux camps considèrent plus que quiconque les Soviétiques comme des libérateurs. Sans véritables assises sociales malgré leur succès en tant que force d’opposition durant la guerre, les communistes doivent créer une nouvelle société de toutes pièces. Ils commencent donc par s’appuyer sur la petite bourgeoisie social- démocrate, majoritairement juive, opprimée par le courant nationaliste, et qui avait accédé de manière éphémère au pouvoir avec les communistes sous la République des Conseils de 133 jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Troisièmement, la démocratisation de l’instruction publique et de la culture mettent enfin la « haute culture » au service du peuple, l’éducation populaire permettant de former des cadres issus du monde paysan. Si ce mouvement d’éducation populaire est fermé dès 1948, il restera un mouvement démocratique en arrière-plan des réformes de 1956 et des années 1970.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, la vitalité du milieu associatif reprend, à l’exception des clubs et casinos des magnats élitistes. Cependant, c’est sur la logique de parti que s’appuient les communistes et non sur des cercles démocratiques et autonomes fédérant les bases populaires. Le communisme ne vient pas d’en bas mais d’en haut : il ne cherche pas à gagner une légitimité, il l’impose. D’autant plus qu’il manque de bases importantes et établies depuis longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Imposer cette légitimité suppose la destruction des voix discordantes. Et c’est peut-être en cela que le pouvoir mis en place a été le plus novateur. En effet, nous avons constaté que les associations sont de deux ordres : les unes visent à défendre les intérêts d’un groupe ou d’une classe, les autres à réformer la société dans une démarche communautaire, d’après une « vue d’ensemble » intellectuelle initiée par les sociologues. La force du pouvoir soviétique a été de porter atteinte à la structure même de la société : en l’absence de repères, en l’absence de clivages sociaux fondant les revendications du passé, les voix discordantes ne peuvent plus se fonder sur la défense d’intérêts spécifiques : c’est l’association utilitaire qui est visée en premier.&lt;br /&gt;« C’est justement parce que le noyau utilitariste des idéologies allait de soi que la conduite anti-utilitariste des régimes totalitaires, leur indifférence complète à l’intérêt des masses, a constitué un tel choc. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous touchons ici au cœur de notre sujet : avant la démarche sociale initiée par une poignée de sociologues dépourvus d’assises politiques, le type d’association engendré par le système libéral était majoritairement d’ordre utilitaire. Autrement dit, chaque classe cherchait à défendre avant tout ses intérêts, sans vouloir réformer la société dans son ensemble pour le bien de tous et contre les inégalités. Dans une société dirigée par une élite, celle-ci a intérêt à maintenir les clivages sociaux pour garder le pouvoir. Le seul moment, dans l’histoire hongroise, où il a été question du bien commun a été la révolution de 1848 … et encore : la noblesse avait alors tout intérêt à investir le mouvement nationaliste et à fédérer autour de cette base idéologique le pays tout entier, afin de pouvoir maintenir son pouvoir. Grâce au suffrage censitaire et à l’ancrage de la mentalité féodale, elle parviendra à le maintenir encore longtemps. Ainsi, la destruction des bases sociales par le régime soviétique a été facilitée par l’ancrage utilitariste des associations, notamment les clubs et les casinos, dont le pouvoir s’exerçait directement sur les gouvernements jusqu’en 1945.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, un des buts fondamentaux du pouvoir soviétique est de détruire les fondements de l’ancienne société. Après avoir mis fin aux derniers liens féodaux économiques et culturels entre noblesse terrienne et paysannerie, en transférant les latifundias aux paysans, le pouvoir soviétique les asservit à son tour en introduisant la collectivisation forcée et l’industrialisation, le parti des petits propriétaires étant démantelé. Parallèlement, la nouvelle classe populaire formée par l’instruction publique et la classe petite -bourgeoise accèdent aux sphères du pouvoir.&lt;br /&gt;Le bouleversement des structures sociales est accompagné d’une série d’épurations engendrant une atomisation complète de la société : il ne subsiste que l’individu contraint par la peur, méfiant à l’égard de ses voisins potentiellement dénonciateurs.&lt;br /&gt;Dans une société où chacun a peur de l’autre ne survit aucun lien, si ce n’est la cellule familiale, détruite à son tour par les arrestations et les internements d’une part, l’enrôlement dans des associations officielles d’autre part. Au sein des Jeunesses communistes, l’enfant doit admirer Staline et le parti avant son propre père. La série d’épurations menée par la dictature fait dire à Miklos Molnàr :&lt;br /&gt;« On peut se demander si l’on s’est vraiment rendu compte du fait que la répression en apparence aveugle, insensée, opérée sans discrimination avait un but, à savoir précisément la destruction de la société civile ? »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Selon le même auteur, durant le régime stalinien de Ràkosi, 2 millions de personnes sur 9 font l’objet de dénonciation, dont 1 300 000 de poursuite pénale et un nombre inconnu d’internements. Un tiers des familles aurait compté un membre condamné.&lt;br /&gt;La Terreur rouge a donc pour effet d’instaurer la peur et le déracinement des personnes soupçonnées ou condamnées, dont l’insertion sociale devient problématique. C’est bien la suppression des liens sociaux qui est visée.&lt;br /&gt;En reprenant la formidable analyse faite par Hannah Arendt, on peut affirmer que le pouvoir soviétique devient pleinement un pouvoir totalitaire lorsqu’il s’appuie sur les masses. Or, en supprimant tout lien social, c’est ce qu’il vise effectivement à accomplir.&lt;br /&gt;« Les mouvements totalitaires sont des organisations de masse d’individus atomisés et isolés. (…) On ne peut attendre une telle loyauté que de l’être humain complètement isolé qui, sans autres liens sociaux avec la famille, les amis, les camarades ou de simples connaissances, ne tire le sentiment de posséder une place dans le monde que de son appartenance à un mouvement, à un parti. La loyauté totale n’est possible que lorsque la fidélité est vidée de tout contenu concret duquel pourraient naturellement naître certains revirements. »[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est ici intéressant de constater que le pouvoir soviétique ne supprime pas totalement les associations : il les reprend à son compte. En effet, l’association a alors pour but d’encadrer les individus « dans chaque sphère de sa vie ». Ainsi, le système totalitaire se construit dans un premier temps sur une double façade protectrice pour les membres dirigeants, acceptable pour ceux qui y sont extérieurs. Le maintien du milieu associatif permet d’asseoir le pouvoir sur des apparences démocratiques, que ce soit pour la population sous sa coupe ou pour les puissances étrangères. C’est pourquoi l’illusion a duré si longtemps auprès des intellectuels occidentaux et notamment français.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, les cercles associatifs sont entièrement soumis au contrôle de l’Etat, que ce soit les organisations professionnelles, syndicales, culturelles et artistiques, sportives, etc. Les fondations sont interdites. Aucun espace n’est délaissé : le pouvoir soviétique fonde et gère une nouvelle société civile. Des associations militantes sont remplacées par des organisations de masse gérées d’en haut et contrôlées centralement. La dimension « volontaire » de l’association démocratique prend ici tout son sens. Mais à la lumière de l’histoire des pays satellites, une autre question se pose : dans quelle mesure l’Etat doit-il intervenir dans une association ? L’importance des financements publics et des contrôles divers et variés ne risquent-ils pas de porter atteinte à la liberté de l’association ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le système soviétique, pouvoir politique et nouvelle société sont les réalités d’un tout indissociable.&lt;br /&gt;« La séparation étanche entre l’Etat et la société civile est une abstraction philosophique tellement l’interférence des deux sphères est une réalité permanente dans les deux directions : la société civile s’efforçant de façonner les institutions qui la gouvernent et les pouvoirs publics s’étendant dans des domaines innombrables de la vie de la société.»[4]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par l’intermédiaire d’un encadrement total, elle forge une société où chacun est à une place spécifique mais aussi où chacun bénéficie d’avantages auparavant dévolus aux élites : l’instruction, la culture, les arts, les congés, le sport et autres divertissements.&lt;br /&gt;Les associations ont été ainsi les fers de lance d’une égalité forcée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette démarche communautaire a été entièrement reprise par le pouvoir : l’utopie de réforme sociale intégrale a été revendiquée par l’idéologie communiste. Et c’est pourquoi elle a gardé tant de force et de défenseurs, autant parmi ses dirigeants que parmi les intellectuels occidentaux, qui ne voulaient voir que le visage positif de ce qui a été un totalitarisme. Cependant, c’est sur ce plan que le pouvoir soviétique a échoué : il a négligé la force de ce petit groupe de sociologues, rejoint par des historiens, des écrivains, des journalistes et des artistes, qui formèrent l’intelligentsia à la base de la révolution de 1956. Dans un contexte de peur et de méfiance générale, où la société est réduite à l’individu isolé et traqué, l’intelligentsia joue un rôle capital de contre-pouvoir clandestin. C’est elle qui soutient le réformiste Imre Nagy dès 1953, par l’intermédiaire du journal de l’Association des écrivains, Irodalmi Ujsàg (Gazette littéraire) et le journal officiel du parti, Szabad Nép (Peuple libre). C’est au sein de l’intelligentsia communiste que se propage la rébellion par l’intermédiaire des hautes écoles, des instituts de recherche scientifique, des maisons d’édition, des théâtres. Les associations officielles représentant les journalistes, les artistes et les écrivains en sont les fers de lance. De même, après la chute de Nagy des arcanes du parti en avril 1955, c’est un groupe formé au sein même des Jeunesses communistes en mars 1955, le Cercle Petöfi, qui continuera à le défendre jusqu’à ce que la répression s’abatte sur eux. Par ailleurs, c’est encore une fois le nationalisme qui va leur permettre de fédérer la révolution de 1956.&lt;br /&gt;« Ce réveil de la société avait toutefois été au départ, plutôt un sursaut et ensuite une révolte des élites. Certes l’opinion publique de la majorité silencieuse souhaitait le succès de Nagy, mais le conflit ouvert s’est déroulé dans le vase clos de l’intelligentsia. Hormis un tout petit groupe au sein de l’élite politique, c’était essentiellement les écrivains, les artistes, les enseignants qui avaient appuyé la politique réformiste et qui menaient le combat contre les dirigeants staliniens et leur puissant appareil. Toujours est-il que derrière le combat d’avant-garde des intellectuels, toute la société civile s’est redressée pour partir à l’assaut, le moment venu, contre les bastions du totalitarisme. »[5]&lt;br /&gt;[1] Hannah Arendt« Le totalitarisme » in Les origines du totalitarisme, coll. « Quarto », Gallimard, 2002, Paris. Page 665.&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 116.&lt;br /&gt;[3] Hannah Arendt, op. cit. Page 634.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 124.&lt;br /&gt;[5] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 165.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-4006849636044237269?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/4006849636044237269/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=4006849636044237269' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4006849636044237269'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4006849636044237269'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/sous-le-communisme-en-hongrie-fonder.html' title='Sous le communisme en Hongrie : fonder une nouvelle société'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-8455545425046279504</id><published>2007-10-04T16:47:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:03:59.405-07:00</updated><title type='text'>Sous le communisme en Hongrie : introduction</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Jusqu’en 1945, la Hongrie reste divisée entre élites et peuple. On retrouve ces clivages au niveau de la diversité associative : clubs et associations de défense d’intérêts se situent dans une lignée bourgeoise et élitiste, alors que le socialisme ouvrier et agraire fait des émules. Contre le régime de Horthy, les communistes représentaient une force d’opposition, fondée sur le rationalisme issu des Lumières et non sur l’exaltation nationaliste. Entre 1945 et 1947, ils soulèvent l’espoir de l’implantation d’une République démocratique : réforme agraire, instruction et culture pour tous, liberté associative. En deux ans, le régime soviétique va implanter une égalité de force, qui va bouleverser les anciennes distributions du pouvoir. En soubassement, c’est encore une fois la défense de l’identité nationale qui a permis de lier les individus entre eux.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-8455545425046279504?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/8455545425046279504/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=8455545425046279504' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8455545425046279504'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8455545425046279504'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/sous-le-communisme-en-hongrie.html' title='Sous le communisme en Hongrie : introduction'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-5918188299665948337</id><published>2007-10-04T16:46:00.002-07:00</published><updated>2007-10-08T13:06:22.978-07:00</updated><title type='text'>Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution socialiste</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les premiers contours de l’idée socialiste se retrouvent également au temps de la Révolution, notamment au travers des théories de Babeuf et du club du Panthéon, qui préconise la suppression de la propriété privée, la défense d’une stricte égalité, l’instruction publique encadrée par l’Etat et l’utilisation de la propagande.&lt;br /&gt;Le succès du mouvement socialiste en France est le fait d’une rencontre réussie entre un mouvement politique initialement centré sur les problèmes agraires et la classe ouvrière. Suite à la révolution industrielle, les ouvriers subissent une déstructuration du lien social et une accentuation des écarts ente eux et leurs patrons. Les crises économiques et la poussée démographique provoquent par ailleurs la paupérisation.&lt;br /&gt;Avant 1848, le socialisme propose des solutions « sociales » et non politiques, suivant une volonté de souder la société contre l’individualisme : la société dépasse l’individu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« (…) toute l’histoire de l’évolution du socialisme, qui deviendra progressivement une force politique, pourrait presque se réduire à l’itinéraire d’une école d’organisation sociale qui se mue en parti politique pour la conquête – ou l’exercice – du pouvoir. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est l’école marxiste qui sort victorieuse des débats annuels des congrès de l’Internationale et c’est en partie pour cela que le mouvement social va se muer en mouvement politique. La vision de la « lutte des classes » est renforcée par la guerre civile de 1848 et la défaite des ouvriers contre les privilégiés et les détenteurs du pouvoir sous la Commune. Malgré les nombreuses interdictions, notamment en Allemagne, le parti socialiste se renforce et devient souvent le premier parti en termes de nombre d’adhérents, d’élus, de tirage de journaux. En 1914, le socialisme est déjà un parti organisé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le socialisme est par ailleurs une philosophie : il s’affirme contre le fait religieux, contre le nationalisme et l’Etat-nation. Sur une base internationaliste très marquée, il sera un fervent opposant de l’entrée en guerre.&lt;br /&gt;Si en France, la lutte poursuivie par Jean Jaurès lui permet d’arriver au pouvoir légalement par les élections au suffrage universel, il se propage clandestinement à l’est.&lt;br /&gt;« Le socialisme paraît incarner pour des masses considérables autant une espérance de solidarité, une aspiration à la paix, que le rêve d’une société plus juste et plus fraternelle. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans une société qui compte encore en 1846 75 % de population rurale et 53,6% en 1921, les socialistes s’intéressent d’abord aux réformes agraires. En effet, la terre n’appartient toujours pas à ceux qui la cultivent :&lt;br /&gt;« Là où la féodalité a disparu, la propriété bourgeoise lui a succédé, entre autres dans les pays touchés par la Révolution française. Les principaux bénéficiaires, sinon les bénéficiaires exclusifs, du transfert de propriété lié à la vente des biens nationaux ont été des bourgeois qui ne cultivent pas eux-mêmes. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De même, la grande majorité de la population hongroise est rurale, le servage n’étant aboli qu’en 1848. Que ce soit en France ou en Hongrie, cette population est d’abord une force conservatrice, comme l’attestent les premières élections françaises au suffrage universel. Si la ville attire, c’est parce qu’elle offre du travail, mais aussi parce qu’elle est une promesse de vie différente, allégée du poids culturel du village. Ainsi, la ville libère autant qu’elle isole.&lt;br /&gt;La campagne apprend cependant à s’organiser sur le modèle ouvrier, notamment par le syndicalisme et la constitution de partis agraires. En Hongrie, l’essor du socialisme agraire se traduit par la création du parti des agriculteurs moyens, futur parti des petits propriétaires, qui milite en faveur de la redistribution des terres. En France, le monde rural passe à gauche après 1877, après que la République ait réussi à rassurer.&lt;br /&gt;Les ouvriers français n’entrent quant à eux dans le syndicalisme que vers 1880-1890.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un contexte d’interdiction des associations et du droit de grève, c’est la lutte qui s’impose, mais une lutte par le verbe et non par les armes. Premièrement, les socialistes luttent pour la légalité juridique par l’intermédiaire des journaux et des tribunes, dans un contexte qui leur est favorable sous la Monarchie de Juillet. C’est par l’intermédiaire du courant socialiste que l’association va pouvoir récupérer ses droits.&lt;br /&gt;En 1864, la loi autorise les grèves et les coalitions. En 1867, un statut légal est accordé aux coopératives. En 1868, l’article répressif du Code civil est aboli.&lt;br /&gt;Enfin, en 1884, la loi Waldeck-Rousseau autorise la liberté syndicale : les associations professionnelles, rurales et ouvrières sont reconnues. C’est ainsi qu’est fondée en 1895 la Confédération générale du travail, qui fédère les syndicats.&lt;br /&gt;Comme nous l’avons vu précédemment, c’est la volonté d’exclure la liberté des congrégations religieuses qui retardera la promulgation de la loi de 1901 relative à la liberté d’association.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si le socialisme en France a su s’imposer par la lutte juridique, il comprend en son sein une deuxième forme de lutte, plus universaliste. Le socialisme français s’est certes unifié en 1905, mais il reste partagé entre la lutte politique, relayée par la création du ministère du Travail en 1906 et la lutte syndicale, qui milite pour une transformation radicale de la société pour un ordre social plus juste. Sous sa forme la plus extrême, elle s’allie avec le courant anarchiste particulièrement puissant entre 1870 et 1900 pour former l’anarcho-syndicalisme. Selon ce dernier courant, le syndicat doit remplacer l’Etat. On retrouve ici, paradoxalement, une forme extrême du libéralisme prôné par Tocqueville, à savoir celui d’une société qui s’appuierait entièrement sur l’association, et plus particulièrement sur l’association ouvrière.&lt;br /&gt;Qui plus est, le syndicat suit une démarche utilitariste fondée sur la défense des intérêts d’une catégorie socio- professionnelle, sans perspective communautaire.&lt;br /&gt;D’ailleurs, dans un premier temps, le mouvement ouvrier ne veut pas intégrer le parlementarisme bourgeois, lui préférant l’action syndicale.&lt;br /&gt;Ainsi, Saint-Simon affirme dans la Parabole des abeilles et des frelons, que la révolution industrielle marque l’avènement du temps de l’association. Si le système féodal est caractérisé par la hiérarchie, la société industrielle est celle de la production et des relations d’association. Ensuite, Proudhon fonde véritablement le syndicalisme en défendant l’association et le pouvoir professionnels, l’autogestion et la fédération contre l’Etat. Si Marx dénonce l’ensemble de la société civile comme étant minée par la bourgeoisie, l’argent, la propriété privée, les anarcho-syndicalistes fondent l’organisation sociale sur l’association volontaire entre êtres libres.&lt;br /&gt;Issus des rangs de l’anarchisme, des politiciens comme Léon Blum intègrent ensuite la lutte politique et le socialisme.[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si le socialisme passe en France par la lutte de la reconnaissance juridique, le régime libéral hongrois du tournant du XXe siècle était plus tolérant en matière associative. Ainsi, en 1904, la Hongrie compte déjà 14 organisations nationales avec 408 groupes et 17 syndicats locaux. Comme le remarque Miklos Molnàr, cette tolérance « montre qu’une société politique plus démocratique que la hongroise, celle de la France, n’est pas nécessairement plus permissive dans le domaine de la socialisation qu’une société qualifiée de semi- féodale. La France, société bourgeoise avancée, est à cette époque aussi restrictive, sinon plus que la Hongrie dominée par la noblesse. » [4]&lt;br /&gt;Ainsi, le parti social-démocrate crée en 1878, s’appuie sur les syndicats. Il compte déjà 721 000 adhérents en décembre 1918. A cette époque, plusieurs de ses représentants siègent au gouvernement alors que d’autres passent au parti communiste fraîchement constitué. Ce dernier s’appuie également sur l’anarcho-syndicalisme, sur les prisonniers de guerre de l’Armée rouge de Trotski et sur des dirigeants formés à Moscou. C’est grâce à la fusion des sociaux-démocrates et des communistes, ralliés par le cercle de Galilée des sociologues petits bourgeois, que Béla Kun va diriger pendant 133 jours la République des Conseils.&lt;br /&gt;Dans un contexte de désarroi total, jetant dans la rue des millions de pauvres, de soldats démobilisés et de chômeurs, la prise du pouvoir par les communistes ne s’oppose à aucune opposition. La République des Soviets et la dictature du prolétariat sont proclamées le 16 novembre 1918. Cependant, cette prise de pouvoir aussi soudaine qu’éphémère ne s’appuie pas sur des bases sociales solides. « Tout s’y opposait, les traditions, les structures sociales, les mentalités collectives. »[5]&lt;br /&gt;De fait, comme le dira plus tard Staline au sujet de la Pologne, « introduire le communisme en Pologne serait comme seller une vache ».&lt;br /&gt;C’est pourquoi le pouvoir sera rapidement repris en main, le parti communiste interdit pendant 25 ans et les sociaux-démocrates persécutés.&lt;br /&gt;Certes, la Hongrie compte en 1937 pas moins de 2 765 syndicats et associations professionnelles, mais elles seront bientôt interdites.&lt;br /&gt;Comme le mentionne Miklos Molnàr, c’est une « certaine immaturité de l’esprit démocratique » qui a permis au pouvoir soviétique de s’implanter durablement en Hongrie.&lt;br /&gt;« L’apprentissage, long et difficile de la démocratie, cette école de civilité qui conduit les peuples plus heureux à leur affranchissement de la tutelle des corps sociaux dominants, ne s’est accomplie que tardivement et imparfaitement. Les séquelles de cette arriération à caractère, en un mot, culturel se faisaient sentir jusqu’à nos jours, tout comme elles étaient présentes lorsque l’invasion soviétique a brutalement rompu l’évolution de ces sociétés. (…) l’archaïsme subsiste « en haut » parce qu’il subsiste aussi « en bas ». (…) Le bilan est sombre : hypertrophie du nationalisme, peu d’empressement dans la constitution d’un véritable Etat de droit (tout en en adoptant les formes et les procédures), faiblesse de l’esprit démocratique, républicain, laïque.»[6]&lt;br /&gt;[1] René Rémond, op.cit. Page 135.&lt;br /&gt;[2] René Rémond, op.cit. Page 142.&lt;br /&gt;[3] Selon les analyses de :&lt;br /&gt;Lucien Sfez, «Egalité », chapitre 2.2 « Le socialisme sans Marx» in Nouvelle histoire des idées politiques, dir. Pascal Ory, coll. « Pluriel », Hachette, 1987, Paris.&lt;br /&gt;Pierre Ansart, chapitre 2.2.1. « La théorie politique face à la société industrielle. Saint-Simon et ses disciples » in Nouvelle histoire des idées politiques, dir. Pascal Ory, coll. « Pluriel », Hachette, 1987, Paris.&lt;br /&gt;Armelle Le Bras-Chopard, chapitre 2.2.2. « Les premiers socialistes » in Nouvelle histoire des idées politiques, dir. Pascal Ory, coll. « Pluriel », Hachette, 1987, Paris.&lt;br /&gt;Jean Bancal, chapitre 2.2.3. « Proudhon et son héritage » in Nouvelle histoire des idées politiques, dir. Pascal Ory, coll. « Pluriel », Hachette, 1987, Paris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, La Démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 45-46.&lt;br /&gt;[5] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 336.&lt;br /&gt;[6] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 55.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-5918188299665948337?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/5918188299665948337/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=5918188299665948337' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/5918188299665948337'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/5918188299665948337'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/le-temps-des-rvolutions-et-des_771.html' title='Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution socialiste'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-4703847764124070699</id><published>2007-10-04T16:46:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:10:13.650-07:00</updated><title type='text'>Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution nationaliste</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« Politique et économie interfèrent étroitement et c’est leur interaction même qui fait la force d’attraction de l’idée nationale puisque, s’adressant à l’homme tout entier, elle peut mobiliser toutes ses facultés au service d’une grande œuvre à réaliser, d’un projet de nature à exalter les énergies et enfiévrer les esprits. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mouvement des nationalités a été initié par des intellectuels et des écrivains guidés par le romantisme, des linguistes qui ont modernisé leur langue, des historiens qui ont recherché leur passé et par des philosophes politiques qui ont forgé l’idée de nation. Cependant, le mouvement nationaliste a besoin de s’unir aux courants politiques dominants pour arriver au pouvoir. C’est pourquoi il existe des nationalismes de gauche et des nationalismes de droite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout comme les courants libéraux et démocratiques, le courant nationaliste est issu de la Révolution française, porteuse d’idéaux tels que la liberté individuelle et la souveraineté nationale, qui ont été exportés par Napoléon dans l’Europe entière. C’est paradoxalement le nationalisme démocratique qui va contribuer à sa chute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parallèlement, le nationalisme sous-tend également un retour au passé, l’exaltation des traditions et la fierté de la langue nationale, fer de lance de la révolution hongroise de 1848.&lt;br /&gt;« L’Etat dont il rêve, c’est l’Etat traditionnel et médiéval et non l’Etat moderne, du XVIIIe ou du XIXe siècle. Ce courant nationaliste en réaction contre la centralisation administrative et contre l’œuvre du despotisme éclairé, auquel il reproche d’être niveleur, égalitaire et unitaire, milite pour le régionalisme, le rétablissement des anciennes coutumes, des traditions historiques. C’est ordinairement par là qu’a débuté dans l’Europe de l’Est l’éveil du sentiment national. Si, à l’ouest, le nationalisme hérité de la Révolution est premier, à l’est de l’Europe c’est celui qui trouve sa source dans l’historicisme et le romantisme qui s’affirme d’abord. Nous retrouvons une fois de plus la dissymétrie, la disparité essentielle entre deux Europes, l’une plus ouverte aux changements et tournée vers l’avenir, l’autre plus fidèle au passé et qui ne s’engage qu’avec défiance dans le présent.»[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la vague révolutionnaire de 1830 confond libéralisme et nationalisme, celle de 1848 penche plutôt du côté de la démocratie en proclamant la souveraineté des peuples. Après l’échec de cette deuxième vague révolutionnaire, c’est sur le compromis que va s’appuyer le nationalisme, souvent au détriment de la liberté individuelle et au profit du conservatisme.&lt;br /&gt;« (…) se substitue au nationalisme de 1848 expansif et généreux, spontanément universaliste et fraternel, un nationalisme de repli et de recueillement, un nationalisme blessé, amer, meurtri, angoissé par le sentiment de la décadence et qui se défie de l’étranger. »[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un contexte d’expansion du courant socialiste internationaliste, le nationalisme tout au contraire affirme les différences entre les peuples. C’est pourquoi il passe d’une position libérale de gauche au conservatisme de droite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la révolution hongroise de 1848 est démocratique, elle est avant tout nationaliste. La littérature romantique et nationaliste, la modernisation et la défense de la langue hongroise sont les fers de lance du mouvement réformateur au sein de la société. Si Joseph II interdit les cercles et fait fermer les bibliothèques, qui seront soigneusement épurées avant leur réouverture en 1811, le mouvement nationaliste est repris par les cercles littéraires estudiantins maintes fois interdits et reformés clandestinement, même si les règnes de François Ier (1792-1835) puis celui de Ferdinand V (1835-1848) sont marqués par un retour à l’autoritarisme pur et dur et à une prolifération des espions. « Au carrefour des idées, la seule voie viable d’un renouveau se dessine au niveau de la culture laïque, nationale et éclairée. »[4] L’ère des réformes est aussi l’âge d’or des arts et des lettres.&lt;br /&gt;Le nationalisme s’affirme également sur le terrain économique, puisqu’un mouvement porté par Kossuth comptant environ 50 000 membres, parmi lesquels des nobles, des bourgeois, des ouvriers et des paysans défend l’économie nationale. Cette Association pour la Protection de l’Industrie Nationale, créée en 1844, encourage ses membres à acheter uniquement la production hongroise.&lt;br /&gt;Il est intéressant de remarquer qu’une association de type identique existe aujourd’hui en Hongrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, l’effervescence associative se développe en réaction contre Vienne : de nombreuses associations sont alors créées pour défendre la langue hongroise et la culture nationale. Dans les années 1790, des associations appelées « cercles de lecture » sont crées majoritairement par les intellectuels et les nobles influencés par les Lumières. Peu d’entre eux remettent en cause la prééminence nobiliaire, qui dirige le pays par l’intermédiaire de la Diète et des comitats. Si les nobles se battent majoritairement pour l’identité nationale et le maintien de leurs privilèges, une minorité est cependant influencée par la Révolution française et s’oppose au système féodal : des clubs de Jacobins sont crées en Hongrie – même si leur nombre a été surestimé par l’historiographie viennoise et communiste –, ayant pour but la libération du joug habsbourgeois et la transformation de la Hongrie en République indépendante. Ainsi, le poète hongrois Jànos Batsànyi, cité par Miklos Molnàr, écrit :[5]&lt;br /&gt;« Et vous, bourreaux de serfs, vous dont la raison d’être&lt;br /&gt;Est de faire couler le sang dans vos pays,&lt;br /&gt;Ouvrez plutôt les yeux : vous verrez apparaître,&lt;br /&gt;Le destin que pour vous on écrit à Paris. »&lt;br /&gt;(Traduction de Guillevic et de J. Rousselot)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vent révolutionnaire radical souffle également en Hongrie mais ne s’y accroche pas. Terrifiés par la radicalisation jacobine en France et les révoltes paysannes en Roumanie, les magnats craignent de perdre le pouvoir. L’armée révolutionnaire ne libère pas la Hongrie du servage : c’est la révolution démocratique et nationaliste de 1848 qui s’en charge.&lt;br /&gt;Comme nous l’avons étudié ci-dessus, la révolution de 1848 consacre la défaite de la démocratie au profit du libéralisme et du nationalisme. Au début du XXe siècle, le vieux parti libéral échoue à son tour sur pression des indépendantistes : le gouvernement Werkele élu en 1906 poursuit une politique résolument nationaliste, antisocialiste et antidémocratique. Quand les libéraux reviennent au pouvoir en 1910, ils se nomment déjà « parti national du travail » et mènent une politique antisociale et réactionnaire, écrasant les minorités au profit de l’identité hongroise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le courant nationaliste traverse toute la Hongrie du XXe siècle.&lt;br /&gt;Après la défaite de la République des Conseils, c’est à la tête de l’armée nationale que Miklos Horthy entre dans la capitale le 16 novembre 1919. S’ensuit une répression impitoyable des communistes, des socialistes, des démocrates, des franc- maçons mais aussi des Juifs. Car dans le prolongement du courant social-démocrate initié par les sociologues du début du siècle, les Juifs choisissent le camp des socialistes puis des communistes. Sous la Terreur blanche, l’antisémitisme est virulent : le numerus clausus est introduit à l’université, les jugements sommaires se multiplient, certains journalistes sociaux-démocrates sont assassinés.&lt;br /&gt;Parallèlement, le régime Horthy marque le retour en force de l’aristocratie, de la gentry appauvrie et des propriétaires terriens. La façade libérale demeure par le maintien du régime parlementaire et l’Etat de droit.&lt;br /&gt;« Il sera encore question de la formation d’une nouvelle bourgeoisie, de son rôle sans doute grandissant, de son idéologie et de sa mentalité, mais le caractère nobiliaire des hautes sphères de la nation, ce caractère hérité des siècles d’histoire, s’est transplanté du terreau de la Hongrie historique à celui de la Hongrie mutilée. (…) l’irrédentisme constitue le dénominateur commun de toutes les couches plus ou moins aisées de la société. (…) passéisme nostalgique.» [6]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, le gouvernement Bethlen tempère encore dans un premier temps l’autoritarisme du régime en levant la censure du parti social-démocrate, en atténuant le numerus clausus et en rétablissent la liberté des médias. Mais les mentalités féodales ne permettent pas d’implanter la démocratie.&lt;br /&gt;Les classes moyennes s’élargissent socialement grâce à l’instruction et la fonction publiques, mais la moitié de la population reste agricole. Une partie de la paysannerie et des petits propriétaires accèdent aux fonctions publiques, mais un tiers de la population hongroise reste pauvre, sans ressources.&lt;br /&gt;Parallèlement, un prolétariat urbain se développe, aux conditions de vie misérables. Fortement syndicalisé, il est divisé entre la tendance fascisante ou socialiste.&lt;br /&gt;Ainsi, le pays reste profondément marqué par l’archaïsme et le libéralisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce contexte, la société civile est selon l’expression de Gyula Szekfü « une société néo-baroque ». Comme les salons français du XVIIIe siècle, les associations reflètent la volonté d’une bourgeoisie conservatrice et libérale d’accéder au mode de vie nobiliaire. Elles sont maquées par le patriotisme et la moralité du XIXe siècle.&lt;br /&gt;« (…) l’esprit étroit qui règne dans la société « néo-baroque » drapée dans un costume national-chrétien-seigneurial rend lente et difficile l’adoption des valeurs civiques et la formation d’une classe moyenne de toute confiance, industrieuse et sensible au bien public, d’une société bourgeoise au sens du XIXe siècle, mais, contrairement aux vœux des « réforme- conservateurs », adaptée à la modernité. (…) les causes profondes de la stagnation résident sans doute dans les structures et les mentalités dominantes. La carence démocratique est manifeste. (…) A pas comptés avance, malgré tout, une société civile au mode démocratique européen, froissant parfois les sensibilités conservatrices, nationalistes et antilibérales.»»[7]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le milieu associatif est le reflet d’une société divisée entre le courant bourgeois de Budapest, fortement marqué par la communauté juive, et le nationalisme populiste et conservateur. C’est à la capitale que l’on trouve les associations culturelles et artistiques, les sociétés de sport mais aussi les syndicats et autres organisations ouvrières. C’est ce que Marx nomme la bürgerliche Gesellschaft, la société civile d’essence bourgeoise. Le tiers de la population hongroise n’ayant rien est plus attiré par le mode vie bourgeois que par le socialisme, mais aussi par les œuvres nationalistes.&lt;br /&gt;Dans sa tendance fascisante, le nationalisme attire une partie de la classe ouvrière et des démunis, ceux qui sont exclus de la vie des élites. C’est dans ce courant que se situent également les écrivains et ethnologues populistes allés à la rencontre du monde paysan, dénonçant les inégalités.&lt;br /&gt;L’association du milieu du XXe siècle hongrois possède donc une identité multiple : d’une part intellectuelle, artistique et juive, d’autre part populaire, religieuse, traditionaliste et sociale. La multiplication des associations reflète les ramifications de ces deux tendances. Le relâchement du gouvernement Bethlen permet leur prolifération. Beaucoup sont contrôlées par l’Etat ou par l’Eglise, mais la majorité reste indépendante. Ainsi, si le milieu associatif reste le produit de clivages socio- politiques fondamentaux, il prouve cependant que la Hongrie est sur la voie d’une relative démocratisation.&lt;br /&gt;« Le nationalisme est ainsi la première composante du fascisme, de sa psychologie, de son idéologie et de sa sociologie. (…) Tous les programmes fascistes affichent des velléités sociales, parlent le langage de l’égalité et de la justice sociale (…). »[8]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le glissement vers un nationalisme de droite antisémite se renforce dès le gouvernement Gömbös de 1932, qui tente de fédérer les populistes et le milieu ouvrier au sein du « parti de l’unité nationaliste », en pratiquant une politique progressiste socialement, conservatrice politiquement. Puis, sous le gouvernement Darànyi, l’antisémitisme d’Etat est adopté par la promulgation de la première loi antijuive en mai 1938. Deux autres lois seront votées en 1939 et 1941. Juifs et capitalistes sont les mêmes ennemis du nationalisme de droite, soucieux de rallier les masses à l’unité nationale en déclarant lutter contre les injustices et les inégalités.&lt;br /&gt;C’est pourquoi le régime de Horthy continue à financer bon nombre d’organisations sociales de droite et d’associations religieuses. Les organisations patriotiques et paramilitaires sont également encouragées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parallèlement à l’interdiction des syndicats et à la répression des courants sociaux-démocrates et communistes, les mouvements purement fascistes s’organisent en plusieurs partis, devenant une force politique particulièrement significative. Si le pluralisme politique et son relais médiatique ne sont pas supprimés, ils sont fortement entravés par la censure et les lois racistes.&lt;br /&gt;Pourtant, le parti au pouvoir est distinct des forces fascistes radicales qui séviront en 1944 : le parti traditionnel radicalisé à droite utilise certes les fascistes pour maintenir son emprise, mais il fait un pas en arrière lorsque la menace est trop pressante et que toutes les libertés sont menacées.&lt;br /&gt;Ainsi, les associations continuent à proliférer sous le régime conservateur à une vitesse importante : en 1937, on compte 16 747 associations soit une pour 537 habitants. En premier viennent les cercles et clubs (cercles catholiques, clubs, casinos, cercles de démocrates, bourgeois, artisans, cercles de lecture …), ensuite les associations de défense d’intérêts (syndicats et associations professionnelles).&lt;br /&gt;Les associations semblent donc démontrer qu’une société bourgeoise prolifère à côté d’un socialisme ouvrier et agraire. De fait, sous le régime Horthy, ce sont dans les casinos et les clubs que se réunissent les nobles et la haute bourgeoisie chrétienne pour décider du sort des gouvernements. Les associations profitent certes d’un essor, mais leurs activités sont le reflet d’une société partagée entre un pouvoir aux mains d’élites archaïques et une masse populaire qui lutte pour ses droits. D’ailleurs, les syndicats sont rapidement interdits.&lt;br /&gt;« Derrière l’apparence d’une vie sociale florissante, voire exubérante, se trouve en fait un système politique plus autoritaire que celui de la monarchie de François-Joseph. »[9]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le nationalisme hongrois et une certaine tentation de rallier un modèle libéral occidental poussent Horthy à s’opposer à Hitler, mais l’entrée des troupes allemandes à Budapest en 1944 engendre l’avènement de l’extrême- droite, que le parti traditionnel avait contribué à rapprocher du pouvoir. Après les spoliations, les épurations et les condamnations pour « souillure de la race », les gendarmes hongrois aident Eichmann à réunir les Juifs dans les ghettos avant de les envoyer à Auschwitz-Birkenau. Ils sont ensuite relayés par les Croix-Fléchées de Szàlasi, qui instaure la terreur : les patriotes, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont exécutés ; les Juifs subissent la torture, la famine et les massacres, le Danube étant transformé en un fleuve de sang. D’après les chiffres de Miklos Molnàr, environ 80% de la population juive de Budapest aurait péri durant la guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la défaite du courant nationaliste radicalisé en courant fasciste, la Hongrie bascule dans la sphère d’influence communiste.&lt;br /&gt;[1] René Rémond, op.cit. Page 176.&lt;br /&gt;[2] René Rémond, op. cit. Page 184.&lt;br /&gt;[3] René Rémond, op.cit. Page 190.&lt;br /&gt;[4] Miklos Molnàr, op.cit. Page 224.&lt;br /&gt;[5] Miklos Molnar, op. cit. Page 218.&lt;br /&gt;[6] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit Page 344.&lt;br /&gt;[7] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 353.&lt;br /&gt;[8] René Rémond, tome 3 « Le XXe siècle, de 1914 à nos jours » in Introduction à l’histoire de notre temps, op. cit. Page 113.&lt;br /&gt;[9] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, op. cit. Page 49.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-4703847764124070699?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/4703847764124070699/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=4703847764124070699' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4703847764124070699'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4703847764124070699'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/le-temps-des-rvolutions-et-des_3189.html' title='Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution nationaliste'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-7812832972316196180</id><published>2007-10-04T16:45:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:14:29.283-07:00</updated><title type='text'>Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution démocratique</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;En France, le courant démocratique naît avec la Révolution, mais il dépasse le libéralisme en voulant instaurer immédiatement une véritable égalité des citoyens sans discriminations, une universalité portée par le suffrage universel et donc par la souveraineté populaire, arrachée par la Révolution de 1848. Selon les démocrates, il incombe à l’Etat de corriger les inégalités en assurant la redistribution.&lt;br /&gt;Les premiers représentants de la révolution démocratique sont les Montagnards, appartenant socialement à la bourgeoisie mais défendant les sans-culottes. Promulguant en 1793 une Déclaration des droits de l’homme nettement plus marquée par l’égalité que par la liberté, contrairement à celle de 1789, leur idée de l’association est également clairement communautaire :&lt;br /&gt;« La liberté est le droit, pour chaque citoyen, de concourir à la formation de l’intérêt général. (…) Des divergences, en effet, ne peuvent exister qu’avant la manifestation de la volonté générale ; après, il ne doit y avoir que consentement unanime. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce contexte, l’Etat est fort et centralisé mais non despotique, puisqu’il doit être le reflet des volontés de chaque citoyen.&lt;br /&gt;On retrouve ici l’influence de Rousseau, lorsque celui-ci déclare : « Rendez l’homme un, laissez-le tout entier à lui-même ou donnez-le tout entier à l’Etat ». Ainsi, le Contrat social engendrant la souveraineté populaire est aussi unificateur et égalisateur : dans ce système politique, la diversité du milieu associatif n’a pas non plus sa place. Une distinction primordiale apparaît ici : les termes « société civile » ou « association » ne sont pas directement à l’idée de souveraineté populaire. Au contraire, Rousseau rejette toute division et tout corps intermédiaire susceptible de diviser les citoyens. La vox populi est pour Rousseau celle de chaque citoyen pris individuellement, qui dépasse sa condition pour intégrer la volonté générale. Il n’est ici aucunement question de regroupement intermédiaire permettant au peuple de s’exprimer librement en groupes restreints. Le citoyen dialogue directement avec l’Etat. Courants français libéraux et démocratiques se rejoignent sur ce point.&lt;br /&gt;L’égalité est le fondement de la société démocratique parce qu’elle permet d’instaurer l’unité de la nation et de l’Etat : sans elle, l’égoïsme et la division règnent. Cette conception se reflète dans le modèle d’instruction : contrairement aux institutions privées défendues par Condorcet, Robespierre prône une égalité totale dans le domaine de l’éducation, entièrement assurée par l’Etat : l’accent est mis sur l’enseignement primaire et sur les travaux manuels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les démocrates ne trouveront leurs électeurs ni parmi les paysans conservateurs ni parmi la classe ouvrière, soit soumise soit révoltée, mais parmi la classe moyenne résultant des transformations économiques et techniques. On les trouve employés dans les chemins de fer, dans les banques, dans les grands magasins et dans l’administration, c’est-à-dire dans ce que l’on nomme « secteur tertiaire ». Grâce à l’instruction, c’est ainsi une petite bourgeoisie qui se développe, en marge des classes sociales anciennes.&lt;br /&gt;Ces dernières gardent le pouvoir dans les faits, notamment l’aristocratie, qui maintient son autorité morale sur les paysans, les cercles de pouvoir tels que l’armée, les clubs politiques, les ambassades.&lt;br /&gt;« C’est un drame de la IIIe République, entre 1879 et la Première Guerre mondiale, que cette dissociation entre un pays politique conquis par les républicains qui s’emploient à instaurer une effective démocratie, et un ordre social qui continue d’être dirigé par la société antérieure à la République. (…) Le fait est encore plus flagrant en Autriche-Hongrie, où se sont le mieux préservées les traditions aristocratiques de l’Ancien Régime (…). Ainsi, à la veille du premier conflit mondial, l’Europe, qui va se déchirer, est encore largement aristocratique.»[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bourgeoisie anciennement révolutionnaire et aristocratie finissent par défendre des intérêts communs contre les démocrates et les forces populaires. On retrouve ici les mêmes clivages qu’en Hongrie : noblesse et bourgeoisie défendent le système libéral leur permettant d’asseoir leur pouvoir économique et social. A l’époque, les classes populaires effraient profondément les pouvoirs en place. C’est pourquoi l’établissement de la démocratie sera retardé.&lt;br /&gt;Ainsi, si la démocratie s’est en Europe orientale directement opposée à l’Ancien régime au début du XXe siècle – le suffrage universel n’est instauré que dans la partie autrichienne de l’empire habsbourgeois en 1906 –, en Europe occidentale, c’est au libéralisme qu’elle a dû s’opposer. C’est pourquoi la démocratie oscillera entre la délégation du pouvoir au Parlement, synonyme de l’ère libérale, ou au pouvoir centralisateur de l’Etat. Cet Etat est, d’ailleurs, pendant l’ère libérale, réduite à une portion congrue : il compte peu de membres, peu de départements, finalement peu de fonctionnaires au vue de la situation actuelle, un budget public modeste. Comme l’écrit René Rémond, « l’Etat n’est ainsi qu’une petite chose à la surface de la société. »[3]&lt;br /&gt;Ainsi, l’expansion étatique s’est faite progressivement sur la base des prérogatives qui lui ont été attribuées : sous l’ère libérale, l’Etat est chargé de contrôler le respect des libertés ; ensuite, il est chargé par les démocrates de fournir à tous les citoyens l’accès à la santé, à l’instruction ; il doit également s’assurer de l’application de la législation sociale, prendre en charge les plus démunis. Ces attributions se trouvent par ailleurs renforcées en situation de crise économique : il est sommé de venir en aide aux chômeurs en relançant l’emploi par l’intermédiaire des grands travaux. Enfin, les guerres ont été un facteur décisif du renforcement du pouvoir de l’Etat : il contrôle alors la vie entière du pays et notamment l’économie. Il est ensuite chargé de remettre le pays exsangue à flot. Enfin, l’Etat prend en charge l’initiative quand elle se montre défaillante au niveau privé, notamment concernant des ressources financières nécessaires au développement de nouvelles techniques, dans la recherche, ou encore le logement.&lt;br /&gt;« La reconnaissance progressive des implications et des applications de l’idéal égalitaire de la démocratie, l’aspiration à la justice qui s’exprime dans les écoles socialistes et le christianisme social ont fait paraître anachronique la notion libérale de non-intervention et de neutralité de l’Etat. »[4]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ainsi que des pans entiers du secteur privé passent dans le public, s’opposant à de nombreuses résistances, notamment au niveau de l’instruction et de la santé, en imposant ses propres normes. L’Etat n’est pas aimé mais il permet toutefois de développer le pays dans de nombreux domaines. Cette animosité est d’ailleurs plus que jamais d’actualité aujourd’hui, comme le note encore une fois René Rémond :&lt;br /&gt;« (…) les sociétés contemporaines peuvent-elles se passer d’un Etat puissant et comment peuvent-elles éviter que les évolutions, technologiques ou intellectuelles, comme les révolutions – politiques, sociales, économiques –, ne tournent au renforcement de l’autorité et de la contrainte ? »[5]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, la démocratie vient en France dans le prolongement du libéralisme : ce qui fait basculer le régime de l’un à l’autre est le renforcement des prérogatives étatiques.&lt;br /&gt;Après les Etats-Unis, la France est le deuxième pays à expérimenter la démocratie et, même si la IIe République est éphémère, elle laisse des traces durables dans la vie politique française. En effet, le suffrage universel masculin est instauré en 1848, permettant à l’ensemble de la population française – excepté les femmes – de s’exprimer. « C’est une des ruptures les plus brusques qu’ait connues notre histoire politique. »[6] L’indemnité parlementaire est également mise en place, permettant aux élus populaires d’honorer leur mandat. Par ailleurs, le courant démocratique penche plutôt pour un pouvoir étatique centralisé au détriment du parlementarisme, qui lui rappelle la domination bourgeoise. Cette tendance peut aller jusqu’à l’agrément d’un pouvoir fort comme ont pu l’être les deux empires, alliant régime populaire et autoritaire. Enfin, la démocratie marque l’avènement des partis politiques modernes, qui prennent le relais des clubs libéraux, pour mieux exprimer les diversités sociales et idéologiques. Ils s’appuient sur une base de militants, pour lesquels le parti exerce un rôle d’instruction politique, en même temps qu’il est un lieu de débat et de réflexion. L’ouverture de la vie politique sur la société est indissociable de l’ouverture aux préoccupations sociales proprement dites : l’instruction et l’information constituent encore plus qu’aux époques précédentes le pilier du courant démocratique : l’enseignement doit être universel, obligatoire, gratuit et surtout soustrait aux ennemis de la démocratie, l’Eglise en premier lieu. Des associations privées telles que la Ligue de l’Enseignement militent en ce sens dès 1866.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car la démocratie fait aussi tomber les contraintes : les événements de 1830 et de 1848 ont montré que la vitalité des regroupements contestataires n’a pas été atteinte, tout juste est-elle repassé dans le secret. Ainsi, les associations ne sont pas étrangères à l’établissement de l’éphémère IIe République, qui rétablit dans sa Constitution du 4 novembre 1848 « le droit de s’associer, de s’assembler paisiblement et sans arme, de pétitionner, de manifester leurs pensées par voie de presse ou autrement. »&lt;br /&gt;Si le second Empire qui lui succède ne permet pas le même niveau de tolérance, il finit toutefois par « dépénaliser » progressivement les regroupements : d’abord les sociétés de secours mutuel en 1852, puis les coopératives en 1867 et enfin les réunions publiques – sous réserve de déclaration préalable – en 1868.&lt;br /&gt;La IIIe République, via les lois de 1875 et 1884, soustrait au Code pénal les associations éducatives et les syndicats professionnels.&lt;br /&gt;Ce qui retarde la loi de portée générale, la fameuse loi Waldeck Rousseau du 1er juillet 1901, réside dans la volonté de lutter contre les congrégations religieuses. Après une série d’atermoiements, elle finit cependant par être promulguée.&lt;br /&gt;Le retard de la loi de 1901 illustre donc un autre conflit inséparable de l’histoire française : la lutte entre l’Etat démocratique et l’Eglise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Hongrie, les prémisses du conflit entre libéraux et démocrates, qui éclatera plus tard qu’en France, au XXe siècle, peut être illustré par deux hommes qui ont profondément marquée l’histoire hongroise du siècle précédent : Istvàn Széchényi et Lajos Kossuth.&lt;br /&gt;Le premier appartient au mécénat aristocratique : il est fondateur du Musée national et de la Bibliothèque nationale. Il défend la suppression du droit successoral et du servage seigneurial, mais il s’inscrit dans le courant libéral en affirmant que le progrès économique engendrera de lui-même le progrès social.&lt;br /&gt;« Dans l’esprit de Széchenyi, réformateur « à l’anglaise », le progrès passe par là [projets de construction grandioses] ainsi que par l’égalité des devoirs civiques, le paiement des impôts par la noblesse et non par subversion sociale, non plus que par la démagogie nationaliste. »[7]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le second est dénommé par Széchényi « le démon », « le fou dangereux ». Lajos Kossuth ne pense pas que le développement industriel et l’enrichissement conduise à la liberté nationale. Pour Kossuth, liberté nationale et liberté des masses sont inséparables. C’est ce qui lui assurera le soutien populaire en 1848. Kossuth est issu d’un milieu amené à jouer un rôle historique : celui d’une petite noblesse en remplacement d’une bourgeoisie encore en gestation.&lt;br /&gt;«Ce qui, par ses qualités, par son milieu et par les circonstances, incombe à Kossuth n’est ainsi ni plus ni moins que de souder, en une nation adaptée à la modernité européenne, une société retardée dans son développement par ses malheurs extérieurs. Il faut mener simultanément le combat pour le progrès et pour la liberté nationale.»[8]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, Kossuth a compris le pouvoir grandissant de la presse et il sait l’utiliser. Il sait fédérer ceux qui joueront un rôle primordial dans la Hongrie de la seconde moitié du XIXe siècle : la noblesse ordinaire, l’intelligentsia et la bourgeoisie, c’est-à-dire les classes moyennes en formation, sur lesquelles s’appuie également le courant démocratique français, mais si les deux classes sont différentes dans leur constitution sociale intrinsèque.&lt;br /&gt;« (…) force politique et économique considérable. Cette force fonctionne, pourrait-on dire, comme le tiers état, mais à cette différence près que la couche hétéroclite des citadins qui ne sont ni nobles ni bourgeois (dont 240 000 artisans et 25 000 ouvriers et leurs familles) et l’immense paysannerie attendent en spectateurs l’aboutissement des réformes, l’abolition du servage et l’avènement de la démocratie. » [9]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’impulsion est donnée par la révolution française de février 1848.&lt;br /&gt;Suite à la proclamation de la IIe République, Kossuth rédige avec son Cercle d’opposition les « douze points » contenant les revendications hongroises : liberté de la presse, suppression de la censure, création d’un ministère responsable et d’une Assemblée nationale à Budapest, égalité de droits civiques et religieux, contribution égale de tous aux charges publiques, suppression des redevances seigneuriales, création d’une Banque nationale, mise en place de forces armées nationales, libération des prisonniers politiques, introduction de réformes judiciaires et proclamation de l’union avec la Transylvanie.&lt;br /&gt;Le lendemain de la révolution viennoise du 13 mars 1848, les jeunes intellectuels réunis au café Pilvax de Pest se révoltent. C’est ensuite que la foule rejoint les meetings. La Diète de Pozsony cède rapidement tout comme le pouvoir impérial aux revendications et « douze points » sont entérinés. Suite à la dissolution de la Diète, la Hongrie devient une monarchie constitutionnelle parlementaire, la première Assemblée étant élue au suffrage direct par les nobles, les bourgeois et les paysans aisés, la seconde au suffrage universel. Le 28 juillet 1849, une loi d’émancipation « des habitants de religion mosaïque » est votée, validant notamment les mariages mixtes entre juifs et chrétiens. Par ailleurs, après de nombreuses réticences et dans le but de rallier les minorités à la cause hongroise, une loi sur les nationalités vote le droit d’utiliser sa langue dans l’administration locale, les tribunaux, l’école primaire, la vie communautaire et la garde nationale. Pour l’époque, le vote d’une telle loi est particulièrement novateur. Ainsi, la Hongrie s’engage subitement dans une voie radicalement nouvelle, sur des bases à la fois libérales et démocratiques : le maintien de la monarchie malgré la volonté de certains radicaux de proclamer la République, le vote d’une constitution et la formation d’une Assemblée acquise à la noblesse provinciale ancrent les institutions politiques dans le libéralisme sur un modèle anglo-saxon ; cependant, l’égalité de l’impôt pour tous, l’abolition du servage et l’éphémère volonté d’introduire le suffrage universel poussent la révolution vers une radicalisation démocratique. Enfin, la loi précitée mais aussi les créations d’une armée et d’une monnaie nationales lui donnent une dimension résolument nationaliste. C’est l’engagement dans cette troisième voie qui va conduire à son échec. C’est en effet la guerre de libération nationale conduisant à la proclamation de l’indépendance de la Hongrie qui va conduire une alliance entre les Habsbourg et les Russes. Cette trahison laissera des traces indélébiles dans la mémoire hongroise et c’est en vain que le pouvoir soviétique tentera plus tard de minimiser cette intervention : le voisin russe devient alors un ennemi pour la Hongrie. Et malgré les vaines protestations du tzar, la répression autrichienne sera impitoyable. Les Hongrois reprennent alors leur stratégie de résistance passive :&lt;br /&gt;« La résistance passive est comme un mode de vie et un code éthique. (…) témoignage d’un comportement social et d’une certaine mentalité collective. »[10]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, malgré sa défaite, la révolution libérale et démocratique a laissé des traces durables : la Diète est définitivement supprimée et le servage aboli.&lt;br /&gt;La défaite de la révolution démocratique consacre le modèle libéral : il faudra attendre 1918 pour que le suffrage universel soit instauré en Hongrie.&lt;br /&gt;Les associations qui ont porté la révolution de 1848 sont le fruit du courant libéral : elles sont constituées de la noblesse et d’une bourgeoisie montante qui a bénéficié de l’éducation introduite par le despotisme éclairé. Si elles ont fortement ébranlé le système féodal, en dissolvant la Diète et en abolissant le servage, elles n’ont pas introduit de souveraineté populaire : l’Assemblée reste aux mains des élites. Par ailleurs, l’abolition tardive du servage ne permet pas, dans un premier temps, de changer les mentalités traditionnelles ancrées dans un rapport de dépendance entre le seigneur et ses paysans. Malgré les efforts des Habsbourg, en la personne du ministre de l’intérieur Alexander von Bach, de diviser la noblesse et la paysannerie, les Hongrois restent unis autour de la défense de l’identité nationale. Le terme « liberté » consacre l’alliance entre le courant libéral et nationaliste.&lt;br /&gt;Ainsi, les associations resteront fidèles à un modèle utilitariste anglo-saxon fermé aux couches populaires. En Hongrie, on peut alors affirmer que c’est le nationalisme qui devient l’ennemi de la démocratie et de la formation de ces sphères d’apprentissage ouvertes à tous, que doivent être les associations selon l’idée chère à Tocqueville. Malgré la prolifération des associations, le droit des minorités et l’injustice sociale demeurent des problèmes fondamentaux.&lt;br /&gt;Pourtant, la Hongrie a également eu son Tocqueville : le baron Jozsef Eötvös, qui défend également un système fondé sur l’auto- gouvernement local et un réseau d’associations autonomes. Cependant, l’opposition de la noblesse, seule détentrice du droit de vote, à des réformes favorisant la bourgeoisie et les minorités montre à quel point la Hongrie reste figée dans le passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque que le courant démocrate réapparaît dans un contexte de conflits politiques au début du XXe siècle, il subit déjà l’influence du courant socialiste. En effet, guidé par des personnalités telles que le poète Endre Ady et le sociologue-historien Oszkàr Jàszi, il s’appuie alors sur des sociologues regroupés en associations telles que la Société des sciences sociales et des revues comme Huszadik Szàzad (Vingtième siècle) et Nyugat (Occident). Il préconise des transformations sociales et non politiques notamment en s’abstenant de voter, ce qui est également à la base du socialisme français.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Leurs influences sont diverses : le positivisme, Herbert Spencer, la sociologie de Durkheim, Vilfredo Pareto, ou encore l’anarcho-syndicalisme, le marxisme et l’évolutionnisme. C’est cette hétérogénéité mais aussi et surtout l’absence d’assises sociales qui concourt à leur faible succès. En effet, ces intellectuels, juifs pour une bonne moitié, ne parviennent pas à obtenir l’appui d’une bourgeoisie encore fragile et peu soucieuse des problèmes sociaux. Démarqués également du mouvement ouvrier influencé par le marxisme, ils tentent d’incarner selon l’historien Miklos Szabo une « troisième voie » qui reste du domaine de l’utopie. Le mouvement finit par se diviser, les plus radicaux fondant en 1908 le cercle Galilée, comptant également des socialistes et de futurs communistes.&lt;br /&gt;« Ces lectures éclectiques ne peuvent pas former une idéologie cohérente, mais ont le mérite d’insuffler une nouvelle culture politique, démocratique, pluraliste, européenne. Les radicaux ont le courage de semer sans l’espoir réel de récolter. La quasi-indifférence de la majorité des radicaux à l’égard de l’économie, tant théorique que réelle, ne fait que diminuer encore l’espoir d’exercer une influence significative sur la société. Il est difficile de se battre contre tout un monde ; c’est se faire beaucoup d’ennemis et peu de partisans. »[11]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, l’association est encore une fois le reflet de l’évolution sociale du pays : portée par le progrès de l’instruction publique, une intelligentsia a su dépasser la démarche utilitariste propre au modèle anglo-saxon sur la base d’une réflexion sociale. Cependant, en l’absence d’assises suffisantes, elle n’a pas pu fédérer des classes guidées par la défense de leurs intérêts.&lt;br /&gt;[1] Marc Régaldo, chapitre 1.3.2. « Le radicalisme révolutionnaire » in Nouvelle histoire des idées politiques, op. cit. Page 154.&lt;br /&gt;[2] René Rémond, op.cit. Page 64.&lt;br /&gt;[3] René Rémond, op.cit. Page 104.&lt;br /&gt;[4] René Rémond, op.cit. Page 111.&lt;br /&gt;[5] René Rémond, op. cit. Page 113.&lt;br /&gt;[6] René Rémond, op.cit. Page 69.&lt;br /&gt;[7] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit. Page 234.&lt;br /&gt;[8] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit. Page 236.&lt;br /&gt;[9] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 238.&lt;br /&gt;[10] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 270.&lt;br /&gt;[11] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 315.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-7812832972316196180?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/7812832972316196180/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=7812832972316196180' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7812832972316196180'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/7812832972316196180'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/le-temps-des-rvolutions-et-des_8415.html' title='Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution démocratique'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-1542480474283807481</id><published>2007-10-04T16:42:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:20:06.588-07:00</updated><title type='text'>Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution libérale</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La Révolution française a été portée par le courant de pensée libéral. C’est avec la constitution qu’il s’ancre dans la vie politique de nombreux pays européens, s’appuyant sur le droit. Il prône la liberté individuelle et rejette toute tutelle, qu’elle vienne de l’Etat, de l’Eglise ou encore des associations. Il leur préfère le parlementarisme, la décentralisation, l’initiative privée. En matière économique et sociale, il prône la non-intervention de l’Etat. Ainsi, le libéralisme se méfie autant du pouvoir étatique que des mouvements populaires.&lt;br /&gt;Cependant, le libéralisme à la française est différent des modèles britanniques et américains : si ces derniers poussent la liberté de l’initiative privée jusqu’à permettre l’association, base du système démocratique, la France y reste réfractaire par peur des regroupements populaires pouvant conduire à la refonte des corporations mais aussi à la Terreur.&lt;br /&gt;Toutefois, au XIXe siècle, le libéralisme apparaît comme subversif : il est aussi le moteur de l’esprit révolutionnaire. N’ayant pas encore atteint l’ampleur de son pouvoir économique, il a permis à ses débuts de libérer la société des carcans de l’Ancien Régime : la liberté ne vaut certes pas pour tous, mais elle a le mérité d’exister. Conservateur quand il est au pouvoir, le libéralisme se montre révolutionnaire quand il le revendique. Ainsi, il est à l’origine des mouvements révolutionnaires des années 1820 et 1830.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157225"&gt;a) Libéralisme à la française : les survivances de l’Ancien Régime&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« La tradition française restrictive du droit d’association mutile ici quelque peu le libéralisme tel qu’il devrait être, par méfiance des corps et des corporations de l’Ancien Régime ou des sociétés secrètes à buts subversifs. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis la Terreur, la France reste effrayée par la possible tyrannie populaire, par la « tyrannie de la majorité ». Le libéralisme est poussé à son expression la plus complète en ne reconnaissant que l’individu. L’emprunte de Rousseau reste forte : la volonté individuelle doit tout entière converger vers la volonté générale et s’y soumettre. Or, cet intérêt est représenté par l’Etat de droit, porteur de pragmatisme et de rationalité. C’est pourquoi Guizot préfère à la souveraineté populaire la souveraineté de la raison : entre l’individu et l’Etat, l’association n’a pas sa place.&lt;br /&gt;« Ce libéralisme bien tempéré, élitaire, suppose moins une active participation citoyenne qu’une opinion publique pacifiée, calme, presque immobile, dégagée des excès et des violences révolutionnaires passées (…). »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est dans le prolongement de cette doctrine que se situe Germaine de Staël, qui défend une représentation communautaire et non utilitariste anglo-saxonne de la société. Selon la fille de Necker, « la vie n’est pas si aride que l’égoïsme nous l’a faite ; tout n’y est pas prudence, tout n’y est pas calcul ». Ce n’est donc pas l’intérêt bien entendu entre citoyens qui fonde la cohésion sociale mais une morale supérieure, comme la conçoit Kant, et empreinte de sentiment religieux.&lt;br /&gt;Ainsi, les libéraux français élaborent un modèle spécifique anti-utilitariste précurseur du romantisme, opposé au modèle anglo-saxon, et dont nous retrouvons aujourd’hui les marques profondes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Benjamin Constant tempère, certes, le libéralisme à la française en affirmant au contraire de Rousseau que la volonté générale ne peut pas englober l’ensemble des volontés individuelles, celles-ci étant trop diverses. C’est pourquoi il défend la libre association, en tant que moteur de développement d’une société civile moderne. Il rejette l’universalisme rousseauiste en décrivant l’ambivalence propre à l’être humain, entre la poursuite d’intérêts particuliers et la capacité au sacrifice et au don de soi.&lt;br /&gt;« En excluant une réconciliation dans l’Etat de l’individu et de l’universel, il est conduit à attendre cette réconciliation de l’Histoire et du développement spontané de la société civile. »[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, dans le prolongement des idées défendues par son amie Germaine de Staël, il place le devoir et l’éthique au-dessus de la défense des intérêts. Tout autant empreint de religion, il défend la liberté politique comme seul outil permettant d’accéder à la solidarité et à élever l’humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, Alexis de Tocqueville, sur la base de l’observation du modèle américain, s’interroge sur les difficultés françaises à allier liberté et égalité. Selon lui, la clef de voûte de l’harmonie réside dans l’association : elle forme le creuset de la pratique démocratique en constituant des formes décentralisées de participation politique tout en préservant la liberté. En effet, en l’absence de corps intermédiaires, il observe que le binôme Etat – individu conduit à la centralisation étatique, l’individualisme et la jouissance personnelle conduisant le citoyen à se décharger de sa responsabilité politique sur celle d’un pouvoir fort. L’association est donc le seul remède contre l’absence de participation politique engendrée par une société libérale.&lt;br /&gt;« L’égalité place les hommes à côté les uns des autres, sans lien commun qui les retienne. Le despotisme élève des barrières entre eux et les sépare. Elle les dispose à ne point songer à leurs semblables et il leur fait une sorte de vertu publique de l’indifférence. (…) Lorsque les citoyens sont forcés de s’occuper des affaires publiques, ils sont tirés nécessairement du milieu de leurs intérêts individuels et arrachés, de temps à autre, à la vue d’eux-mêmes. Du moment où l’on traite en commun les affaires communes, chaque homme aperçoit qu’il n’est pas aussi indépendant de ses semblables qu’il se le figurait d’abord, et que, pour obtenir son appui, il faut souvent leur prêter son concours. »[4]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Engagé en politique entre 1839 et 1851, Tocqueville s’est donc attaché à défendre les libertés, notamment celle de l’association, et la décentralisation en s’opposant à Guizot. Il était alors conscient que l’interdiction faite au peuple de participer à la vie politique conduirait à une nouvelle révolution, celle de 1848.&lt;br /&gt;Au contraire, l’association permet de concilier les intérêts particuliers : elle permet d’exprimer les volontés de chacun et d’arriver à un compromis.&lt;br /&gt;En cela, Tocqueville importe en France la doctrine utilitariste avec la notion d’intérêt bien entendu : les associations prouvent que les individus ont « intérêt au désintéressement » ; autrement dit, les individus adhèrent à l’association parce qu’ils ont compris que cette forme d’organisation les défend. Selon Tocqueville, c’est donc l’intérêt qui fonde l’association et non la solidarité ou l’altruisme : la vertu naît de l’intérêt.&lt;br /&gt;« Aux Etats-Unis, on ne dit point que la vertu est belle. On soutient qu’elle est utile, et on le prouve tous les jours. (…) Ils ne nient donc point que chaque homme ne puisse suivre son intérêt, mais ils s’évertuent à prouver que l’intérêt de chacun est d’être honnête. (…) En Europe, la doctrine de l’intérêt est beaucoup plus grossière qu’en Amérique, mais en même temps elle y est moins répandue et surtout moins montrée, et l’on feint encore tous les jours de grands dévouements qu’on n’a plus. »[5]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, le Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales (MAUSS) tend à relativiser l’explication purement utilitariste de Tocqueville en mettant en valeur le lien qu’il opère entre vertus aristocratiques et association. Selon Philippe Chanial, Tocqueville considère l’association comme une « personne aristocratique » permettant de combattre la crise des valeurs. L’explication utilitariste est ainsi nuancée par le fait que les individus ne défendraient pas seulement leurs intérêts propres mais aussi des valeurs communes.&lt;br /&gt;« S’il s’agit bien de recréer du lien entre les hommes, afin de conjurer le risque de l’absorption de la société par l’Etat, l’aristocratie doit servir de modèle non seulement au regard de ses valeurs propres, mais aussi au regard du principe général de régulation sociale qu’elle a su incarner. La lutte contre le despotisme démocratique doit s’opérer avec des armes comparables à celles qu’elle a mobilisées contre l’absolutisme monarchique. »[6]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157226"&gt;b) Les autres voies du libéralisme : les utilitaristes&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Les utilitaristes issus du courant libéral défendent l’association, en tant qu’accord entre les intérêts individuels et collectifs :&lt;br /&gt;« Si le citoyen pouvait être appelé à consentir à la société le sacrifice de sa vie, il était en retour du devoir comme de l’intérêt de la collectivité de favoriser ou tout au moins de ne gêner qu’en cas de nécessité absolue le libre développement des facultés individuelles et la poursuite par chacun de son intérêt particulier. »[7]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement au système français, le libéralisme anglo-saxon encourage les associations, qu’elles soient à but lucratif ou pas, qu’elles soient culturelles ou politiques : elles permettent de mobiliser les énergies. Des utilitaristes comme Jeremy Bentham et James Mill vont même à la rencontre des démocrates radicaux en lutte pour la représentation politique des masses ouvrières.&lt;br /&gt;En effet, pour les utilitaristes, une institution est « utile » si la majorité l’approuve au vu des connaissances qu’elle en a. Si le marché apporte une harmonisation « naturelle » des intérêts, l’Etat joue cependant un rôle de régulateur en favorisant l’éducation et la formation de nouvelles élites capables de dépasser leurs intérêts particuliers pour défendre ceux de la communauté politique. Ainsi, démocratisation et progrès social sont indispensables au succès de ce système fondé sur le consensus et la rationalité. Le contrat importe moins que la compréhension mutuelle des intérêts et leur libre expression dans la sphère politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’égalité théorique de tous mais l’inégalité réelle des chances amène donc le courant libéral à accorder un intérêt particulier à l’éducation. Ce modèle est défendu en France par Condorcet, qui s’oppose à un pouvoir fort : l’Etat ne doit apporter que les fondations à un système éducatif s’appuyant aux échelons supérieurs sur des instituts privés et autonomes. L’élitisme ne se situe pas au niveau de la naissance mais au niveau du mérite personnel : favorable à un système de bourses, l’instruction permet ainsi aux plus humbles d’accéder aux plus hautes fonctions. Cette conception est à l’origine de l’importance de la « technocratie » française.&lt;br /&gt;Cependant, en faisant de l’éducation une prérogative importante, les libéraux élargissent la base de l’opinion instruite et cultivée. Celle-ci entrera en France en conflit avec le système censitaire et revendiquera le suffrage universel, qui sera l’œuvre de la révolution démocratique de 1848.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157227"&gt;c) Le pouvoir des gens éclairés&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Pour les libéraux, la liberté des citoyens prime sur leur égalité. C’est pourquoi il entérine de fait les inégalités économiques et sociales.&lt;br /&gt;« Qui donc tire le plus intérêt, en France ou en Grande-Bretagne, du libre jeu de l’initiative politique ou économique, sinon la classe sociale la plus instruite et la plus riche ? La bourgeoisie a fait la Révolution et la Révolution lui a remis le pouvoir ; elle entend le garder, contre un retour de l’aristocratie et contre la montée des couches populaires. (…) Ainsi, sous une trompeuse apparence d’égalité, l’interdiction des associations fait le jeu du patronat. (…) Cette assimilation du libéralisme à la bourgeoisie n’est pas contestable et l’approche sociologique a le grand mérite de rappeler, à côté d’une vision idéalisée, l’existence d’aspects importants de la réalité qui montre l’envers du libéralisme et révèle qu’il est aussi une doctrine de conservation politique et sociale. »[8]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Révolution française marque, en effet, l’avènement de la bourgeoisie : au pouvoir héréditaire se substitue le pouvoir de l’argent en tant que symbole de talent et de mérite. C’est pourquoi le vote censitaire est maintenu.&lt;br /&gt;« La justification se tirait de la doctrine utilitariste : qui ne possède rien ne tient à rien ; la société et l’ordre ne sauraient trouver de défenseurs parmi ceux dont leur subversion ne menacerait pas les intérêts et qui même en pourraient espérer quelque aubaine. L’Antiquité n’offrait-elle pas plus d’un exemple d’ambitieux parvenus à la tyrannie grâce au soutien des dernières classes du peuple ? » [9]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, le suffrage est non seulement censitaire mais aussi à deux degrés : les « citoyens actifs » choisissent des électeurs, lesquels désignent des députés, ces deux dernières fonctions supposant l’acquittement d’une contribution plus élevée que celle de simple citoyen actif. Ainsi, pour les libéraux, le vote n’est pas un droit mais une fonction que seul un minimum de loisir et d’instruction, donc de fortune, permet d’exercer convenablement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la même période, la Hongrie profite d’une ère de réformes entre 1825 et 1848, engendrant la modernisation de l’urbanisation, des infrastructures routières, ferroviaires et fluviales grâce aux mesures prises par les despotes éclairés. Si Joseph II a échoué à réformer en profondeur la société hongroise, il a cependant permis, dans la lignée de Marie-Thérèse, d’améliorer significativement la santé et l’instruction publiques. La loi sur l’instruction publique obligatoire augmente significativement le niveau d’instruction, faisant reculer l’analphabétisme et permettant la multiplication des établissements scolaires. Le Collège Eötvös est crée sur le modèle de l’Ecole normale supérieure de Paris, une seconde université est fondée à Kolosvàr en 1872, puis deux autres à Debrecen et Pozsony en 1910. Elles accueillent toutes les minorités et enseignent en langue maternelle.&lt;br /&gt;Ces mesures permettent de faire germer une bourgeoisie qui occupera un rôle grandissant au XIXe siècle et qui est à la base de l’essor du milieu associatif.&lt;br /&gt;« Contrastes toujours : le « processus de civilisation » en Hongrie doit beaucoup aux Habsbourg éclairés du XVIIIe siècle ainsi qu’à l’esprit d’équité du François-Joseph de l’époque du dualisme. »[10]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, structures et valeurs archaïques cohabitent avec la modernité bourgeoise, véhiculée par l’essor du milieu associatif. C’est à l’aune du développement associatif que se mesure la modernisation de la Hongrie. Si au XVIIIe siècle elle ne compte qu’une cinquantaine de compagnies et confréries, en 1840 on en dénombre deux cent cinquante.&lt;br /&gt;« Ce qui est le plus significatif (…), ce n’est pas le sous-développement généralisé, mais la coupure entre l’immobilisme du monde « archaïque », post-féodal ou «semi-féodal » d’un côté, et, de l’autre, le dynamisme du monde nouveau, marqué par la montée de la bourgeoisie. (…) c’est la vie associative qui montre peut-être le mieux la permanence de la tendance modernisatrice en dépit du poids mort de l’archaïsme. »[11]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Hongrie, l’enrichissement d’une certaine catégorie de la population, une bourgeoisie citadine, engendre également l’expansion du courant libéral et la revendication de la liberté et de l’égalité. Le colonel Gérard Lacouée et le marquis-citoyen Leay-Marnésia, cités par Miklos Molnàr, font le rapport suivant à Napoléon Bonaparte sur la Hongrie :&lt;br /&gt;« Il y a peu de Hongrois qui n’aient en haine les Autrichiens ; en mépris la Maison régnante ; en admiration les armées françaises. [Mais malgré ces dispositions, poursuit le rapport] il me paroît douteux que le général Bonaparte fût parvenu à déterminer une révolution, soit populaire, soit tout autre. [Les paysans] pourraient être poussés à la révolte [mais pas à la révolution]. La liberté ne leur resteroit pas parce qu’ils en sont trop loin. [S’ils avaient fait un mouvement, cela] auroit été en faveur de la Maison d’Autriche qui les protégeoit contre les seigneurs qui les oppriment. [La seule possibilité, quoique très difficile, aurait été, selon lui, de détacher le royaume de Hongrie de l’Autriche et de] rétablir la noblesse dans la plénitude de ses droits. [Mais, ajoute-t-il] l’Autriche est près, la France est loin. (…) Les Ràkoczi ni les Thököly ne sont plus. Les Hongrois de nos jours ont appris à se gouverner par leurs calculs plus que par leurs passions [et les chefs potentiels] entend-il murmurer, sont la plupart vendus à la Couronne. (…) La bourgeoisie n’est pas assez pauvre pour être séditieuse ; elle l’est trop pour avoir de l’ambition. »[12]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce rapport montre que la Hongrie a amorcé un changement : d’une part, la noblesse semble moins forte qu’auparavant ; d’autre part, l’ouverture du despotisme éclairé a permis la formation d’une bourgeoisie, certes en gestation mais plus active socialement. Ce descriptif rapproche par ailleurs les bourgeoisies hongroises et françaises, toutes deux étant considérées comme utilitaristes, guidées par leur propre intérêt individualiste, par « les calculs ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, si l’on suit l’interprétation tocquevillienne de l’association, on pourrait remettre en doute cette description. En effet, les élites dépasseraient par le seul fait de s’associer leurs intérêts particuliers pour se pencher sur la défense de l’intérêt général. Initiées par l’aristocratie, la petite noblesse et l’intelligentsia, les associations s’ouvrent en effet, comme en France, à la bourgeoisie naissante mais aussi aux ouvriers et même aux paysans, annonçant une synthèse de l’esprit libéral et démocratique défendue par Tocqueville. L’ère des réformes est ainsi marquée par des figures de la haute noblesse comme Miklos Wesselényi et Istvàn Széchényi, mais aussi par des écrivains comme Ferenc Kölcsey et par une petite noblesse radicalisée, représentée par Lajos Kossuth.&lt;br /&gt;L’effervescence associative du XIXe siècle en Hongrie nous permet de nous interroger une nouvelle fois sur les relations entre les structures sociales, l’Etat et la vitalité des associations. En effet, comme nous l’avons étudié plus haut, c’est l’absolutisme en France et le despotisme éclairé en Hongrie qui ont tous deux permis la formation d’une bourgeoisie soucieuse de défendre ses intérêts et l’a réunie au sein des salons. De même, les clubs révolutionnaires ont été formés par les bourgeois élargissant leur recrutement aux couches populaires pour y défendre les idéaux démocratiques mais aussi pour s’assurer le soutien des sans-culottes révoltés, majoritairement composés d’artisans, de boutiquiers, de salariés et des professions libérales. Comment expliquer l’essor des associations dans une Hongrie archaïque, en l’absence d’Etat fort et réellement bourgeois ?&lt;br /&gt;« Comme si l’équation à première vue évidente : « structures sociales archaïques = société civile atrophiée » était moins évidente qu’elle n’y paraît … Et comme si le respect des règles du jeu parlementaire et la fermeté de l’Etat de droit étaient à même d’atténuer la pression des classes dominantes sur les classes défavorisées jusqu’au point de protéger la liberté civique notamment dans le domaine de la vie sociale. »[13]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Encore une fois, l’amélioration du quotidien, initiée par Marie-Thérèse, joue un rôle important dans le développement associatif : aide sociale, jardins d’enfants, associations artistiques et culturelles, associations de défense de corps de métiers et d’intérêts privés. Les associations parviennent ainsi à améliorer leur environnement en participant à la création de banques et de mutuelles, en collectant des fonds pour l’éclairage public, en fondant des hôpitaux, des maisons de retraite, des orphelinats, en modernisant les infrastructures. Si ces actions ont été portées par le milieu associatif, c’est parce que le despotisme éclairé a échoué, dans une certaine mesure, à réformer la société hongroise, ne parvenant pas à y établir un pouvoir étatique fort.&lt;br /&gt;Cependant, il a réussi à former une classe instruite prête à s’impliquer socialement.&lt;br /&gt;Ainsi, ces associations, en reprenant à leur compte les prérogatives fixées par le despotisme éclairé, jouent par l’intermédiaire des élites un contre-poids à l’occupation étrangère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157228"&gt;d) L’association hongroise : noblesse et défense de l’identité nationale&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;En Hongrie, les revendications politiques développées au sein des associations sont portées par la Diète, uniquement composée de nobles. Cependant, si celle-ci défend devant Vienne l’autonomie hongroise, les droits civiques et les intérêts économiques et commerciaux, elle reste sourde, dans un premier temps, tant aux revendications de sa population asservie qu’aux autres minorités nationales et notamment croates. Ce grand écart entre revendications nationalistes et refus de modernisation lui est cependant bien inconfortable : quelques réformes lui seront ainsi arrachées en matières fiscales et sociales. Comme l’écrit Miklos Molnàr, « par une « astuce de l’histoire », il incombe précisément à la noblesse, accrochée à ses privilèges, de les abolir et de remplir, à défaut d’une véritable bourgeoisie, le rôle historique de cette dernière. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn14" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn14" name="_ftnref14"&gt;[14]&lt;/a&gt; Ainsi, c’est de la noblesse même que sont issus les réformateurs revendiquant la modernisation du pays et l’abolition de la féodalité, qu’ils soient modérés comme Istvàn Széchényi ou radicaux comme Lajos Kossuth. Ce sont eux qui se heurteront au pouvoir des magnats soutenus paradoxalement par les Habsbourg pour garder la main mise sur pays. Lajos Kossuth, issu de la petite noblesse, montre que c’est cette classe qui joue en Hongrie celui joué en France par la bourgeoisie : la revendication de l’égalité entre tous dans un contexte d’enrichissement économique et commercial. Réussissant à allier revendications populaires et nationalisme, Lajos Kossuth sera le meneur de la révolution de 1848. Ainsi, « l’activité de la classe politique aux diètes s’est poursuivie conjointement avec celle de la société, une société civile en gestation. (…) toute la Hongrie a été à l’époque un chantier d’idées et d’actions novatrices. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn15" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn15" name="_ftnref15"&gt;[15]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Hongrie porte donc également en germe l’opposition entre libéralisme et démocratie. Les revendications d’égalité sont initialement portées par la noblesse et la bourgeoisie ascendante visant à instaurer un libéralisme permettant l’enrichissement des élites. La démocratie, elle, est portée par le courant nationaliste. C’est pourquoi les révolutions françaises et hongroises de 1848 sont similaires du fait qu’elles s’appuient sur des bases démocratiques, mais dissemblables dans le sens qu’en Hongrie, elle n’aurait pas pu être revendiquée sans que le nationalisme fédère l’ensemble de la population.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, les associations ont porté le consensus national sur le terrain de la défense de l’identité nationale, de la revendication de l’égalité devant la manne économique et commerciale et de l’amélioration du quotidien. Elles ont réussi progressivement à accomplir ce que les quelques clubs Jacobins ont échoué à introduire politiquement : une relative modernisation du pays, en développant l’industrialisation, l’embourgeoisement, le développement économique et social et l’apprentissage de la démocratie. Eva Kuti, responsable de l’étude hongroise du programme John Hopkins précité, écrit à ce sujet :&lt;br /&gt;“This was one of the rare moments in Hungarian history when all progressive groups and social classes joined forces in order to promote the development of the country, and all of them seemed to understand the importance of citizens’ initiatives and cooperation.”[16]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette remarque nous semble beaucoup trop idyllique pour dépeindre la réalité : d’une part la modernisation a été initiée par le despotisme éclairé et non par un mouvement citoyen ; d’autre part, il a pour moteur le nationalisme hongrois au mépris des autres minorités nationales qu’il entend magyariser dans un grand élan ethnocentrique alors qu’elles représentent plus de la moitié de la population. Dans le cadre de ces limites, la « société civile » a cependant bénéficié d’un essor important.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au cours du XIXe siècle, la société civile se diversifie pourtant et les associations bénéficient d’un essor considérable : elles sont religieuses, culturelles, économiques, professionnelles, ou encore locales.&lt;br /&gt;« Cette sociabilité transcende souvent les clivages sociaux en se fondant sur de nouvelles affinités et des intérêts communs de camaraderie ou d’éducation. »[17]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suivant les chiffres avancés par Miklos Molnàr, la Hongrie compte 579 associations en 1862, puis près de 4 000 en 1881. 21 311 statuts d’associations sont approuvés par le ministère de l’Intérieur, parmi lesquelles des coalitions de travailleurs de plus de 20 membres, longtemps interdites en France. Les syndicats comptent 14 organisations nationales, 408 groupes et 17 sociétés syndicales locales en 1904. Un document de 1902 sur les bourgs et villages y recense 105 cercles politiques, 825 cercles de société, 922 cercles de lecture, 224 associations scientifiques et de vulgarisation, 230 sociétés religieuses, 279 cercles d’agriculteurs, 136 de commerçants, 108 d’ouvriers, 335 sociétés de chant et 75 cercles dits du peuple. Premiers eux, des clubs et des associations de femmes ainsi que des associations de secours mutuel héritées du passé et toujours vivaces. Le boom du milieu associatif n’est donc pas limité à Budapest.&lt;br /&gt;Après 1848, la franc-maçonnerie reprend également son activité parmi les anciens combattants de la révolution.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment cette vitalité associative a-t-elle pu se produire dans un pays aux structures encore archaïques ? Dans un pays dominé par la noblesse ?&lt;br /&gt;Contrairement à la France, le libéralisme s’ancre durablement en Hongrie : la révolution démocratique de 1848 est un échec. C’est donc la voie du compromis libéral qui va être suivie, jusqu’à déboucher sur le compromis austro-hongrois de 1867. Celui-ci consacre le suffrage censitaire. Le droit électoral sera fondé sur le titre, permettant à la noblesse de conserver son pouvoir.&lt;br /&gt;Par ailleurs, les pouvoirs locaux sont de plus en plus subordonnés au pouvoir central par l’intermédiaire d’un système de double- gouvernance du préfet et du sous-préfet : le premier représente le roi et l’Etat ; le second est élu par l’assemblée locale qui dirige l’exécutif départemental, aux mains de la noblesse locale.&lt;br /&gt;C’est donc la « gentry », la noblesse appauvrie, qui devient le pilier de l’administration magyare.&lt;br /&gt;« Le « grand vieux parti libéral » fonctionne sans doute à la faveur de l’enchevêtrement des intérêts des classes aisées, terriennes et bourgeoises, qui constituent la majorité de l’électorat de la classe politique. En effet, aux côtés des magnats et des nobles, la bourgeoisie et les élus de professions libérales, en majorité des avocats, remplissent les travées du Parlement, les clubs et casinos politiques, les conseils d’administration des journaux, des banques et des entreprises. Le caractère de classe dénoncé par l’historiographie de gauche ne fait pas de doute – tout comme c’est le cas ailleurs dans le monde. On l’appelle aussi « parti des clubs » »[18]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, si les nobles continuent à détenir le pouvoir, le libéralisme et l’instruction ont tous deux permis de développer une classe bourgeoise suffisamment importante pour peser dans le jeu politique. C’est dans les clubs que se prennent les décisions, notamment au Casino national, fréquenté uniquement par l’aristocratie. Si la Hongrie profite d’une époque de progrès durable grâce au développement de l’économie, de l’urbanisation, de la scolarisation, des sciences et des arts, elle reste marquée par l’injustice sociale et l’exclusion des minorités nationales. La classe politique libérale nouvellement formée maintient les fortes inégalités héritées du système féodal : les latifundia sont maintenues, sur lesquelles travaillent une immense paysannerie prolétarisée. Parallèlement, le capitalisme et la révolution industrielle engendrent la naissance d’un prolétariat industriel et avec lui, du parti social-démocrate qui luttera pour la défense des ouvriers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les inégalités sociales se reflètent dans le recensement effectué en 1910[19] :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Répartition de la population par activité - Recensement de 1910&lt;br /&gt;Grands propriétaires de plus de 570 hectares : 0,03%&lt;br /&gt;Rentiers et propriétaires d'usines : 0,36%&lt;br /&gt;Propriétaires terriens moyens, classe moyenne urbaine : 22,13%&lt;br /&gt;Ouvriers, aides, compagnons, vendeurs, commis, domestiques : 13,66%&lt;br /&gt;Travailleurs agricoles, paysans pauvres, journaliers : 59,29%&lt;br /&gt;Retraités, clergé, divers : 4,53%&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, 0,03 % de la population détient plus de 8, 7 millions d’hectares de terres. En contrepartie, la partie la plus pauvre de la population – travailleurs agricoles, paysans pauvres, journaliers, ouvriers, etc – représentent près de 73 % de la population.&lt;br /&gt;Entre les deux se développe cependant une bourgeoisie urbaine venant s’ajouter aux propriétaires terriens moyens, formant une nouvelle classe s’élevant à 22 % de la population. Cette diversification sociale est présente jusque dans le vocabulaire hongrois, qui lui consacre un terme : « polgàrosodàs », désignant un processus d’embourgeoisement. Comme en France, la bourgeoisie est avant tout soucieuse de se fondre à la noblesse, d’autant plus que cette dernière garde le pouvoir : l’aristocratie et la noblesse occupent l’Assemblée, l’administration et les professions libérales presque exclusivement composées de la gentry, la noblesse appauvrie.&lt;br /&gt;L’alliance entre la noblesse foncière, le haut fonctionnariat et les roturiers les plus riches constitue la classe moyenne et politique. Elle se nommera plus tard « classe moyenne seigneuriale chrétienne ».&lt;br /&gt;« Derrière les chiffres qui témoignent du développement du capitalisme se trouve une société coupée en deux, moderne et dynamique d’un côté, allant au ralenti de l’autre. »[20]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs se développe à Budapest une forte bourgeoisie juive, présente dans la vie économique, la presse, l’édition, le théâtre et les professions libérales. Elle représente au total pas moins de 23% de la population de Budapest, contre 7% à Vienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, bourgeoisie et noblesse s’unissent pour partager le pouvoir comme l’avaient fait les Français au sein des salons prérévolutionnaires. En l’absence de révolution démocratique, c’est une conception libérale et utilitariste qui forge la société hongroise du XIXe siècle, dans laquelle l’association – sur le modèle anglo-saxon – permet de faire l’apprentissage de la démocratie et de défendre ses intérêts individuels mais aussi collectifs : il y a de l’intérêt au désintéressement.&lt;br /&gt;Nous n’avons pas en Hongrie de binôme Etat–individu à la française, mais des individus poursuivant leurs intérêts personnels et recherchant le bien-être.&lt;br /&gt;Cette conception libérale se reflète tout particulièrement dans les activités poursuivies par les associations : Budapest est le lieu par excellence des cafés, des clubs culturels, artistiques et intellectuels. Le théâtre profite également d’un essor important. Les associations créées défendent également les professions et les intérêts économiques. Cette conception utilitariste est particulièrement bien illustrée par les propos de Oszkàr Jàszi, sociologue :&lt;br /&gt;« Sociologie, c’est le mot qui servait de synthèse à nos aspirations dans une nouvelle politique inspirée des idéaux de justice de Bentham et fondée sur les sciences sociales. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la Société des sciences sociales fondée en 1901 s’orientera vers un courant démocratique radical, les premières inspirations sont bien anglo-saxonnes.&lt;br /&gt;Miklos Molnàr, décrivant l’essor des sciences humaines et notamment de la sociologie du début du XXe siècle, écrit :&lt;br /&gt;« Autrefois dominé par le juridisme national, le droit pour la nouvelle génération doit correspondre à l’état de la société aux normes philosophiques et morales fondatrices de la liberté individuelle et de l’égalité. Ce n’est pas l’Etat qui doit façonner la société, mais l’inverse. D’inspiration libérale, ce courant de pensée évolue vers la démocratie et débouche sur la sociologie, rompant le cloisonnement des disciplines. »[21]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le libéralisme a donc engendré en Hongrie l’adoption d’un modèle anglo-saxon différent du modèle français, fondé sur la non intervention de l’Etat. Nous verrons dans notre troisième partie dans quelle mesure cette évolution a influencé les rapports entre milieu associatif et Etat aujourd’hui. La sociologie naît en Hongrie au début du XXe siècle, au moment même où s’effondre le libéralisme, en 1905.&lt;br /&gt;A la Hongrie s’ouvre alors deux choix : la révolution démocratique ou bien la révolution socialiste. En effet, en pleine effervescence associative, l’Etat interdit et poursuit deux types de mouvements : les sociétés des minorités nationales et les mouvements socialistes industriels et agraires, d’après le décret promulgué en 1875. Le nom même de « social-démocrate » est interdit, même si le parti ouvrier s’organise sous ce nom en 1890. Beaucoup d’obstacles administratifs se dressent sur sa route et il fait l’objet d’une brutale répression en 1906. Plus tard, la loi XLIII de 1912, entérinée par le décret 5735 de 1914, interdit toute création d’association durant deux ans. Cependant, la cible la plus importante reste le socialisme agraire, un « mouvement vigoureux et tenace » selon les propos de Miklos Molnàr.[22]&lt;br /&gt;[1] André Jardin, chapitre « Liberté » in Nouvelle histoire des idées politiques, op. cit. Page 189.&lt;br /&gt;[2] Philippe Chanial, Justice, don et association, « La délicate essence de la démocratie », coll. « Recherches », série « Bibliothèque MAUSS », La Découverte, 2001, Paris. Page 119.&lt;br /&gt;[3] Philippe Raynaud, chapitre 2.1.2. « Le libéralisme français à l’épreuve du pouvoir » in Nouvelle histoire des idées politiques, op. cit. Page 207.&lt;br /&gt;[4] Alexis de Tocqueville, chapitre IV « Comment les Américains combattent l’individualisme par des institutions libres » in De la démocratie en Amérique II, coll. Folio / Histoire, Gallimard, 1961, Paris. Page 148-149.&lt;br /&gt;[5] Alexis de Tocqueville, chapitre VIII « Comment les Américains combattent l’individualisme par la doctrine de l’intérêt bien entendu » in De la démocratie en Amérique II,op. cit. Page174-175.&lt;br /&gt;[6] Philippe Chanial, op. cit. Page 144.&lt;br /&gt;[7] Marc Régaldo, op.cit. Page 137.&lt;br /&gt;[8] René Rémond, Introduction à l’histoire de notre temps, tome 2 : Le XIXe siècle, coll. « Points histoire », Seuil, Paris, 1974. Page29.&lt;br /&gt;[9] Marc Régaldo, op. cit. Page 139.&lt;br /&gt;[10] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 303.&lt;br /&gt;[11] Miklos Molnar, La démocratie se lève à l’Est, « Société civile et communisme en Europe de l’Est : Pologne et Hongrie », Presses Universitaires de France, 1990, Paris. Page 44.&lt;br /&gt;[12] Miklos Molnàr, op. cit. Page 224.&lt;br /&gt;[13] Miklos Molnàr, La démocratie se lève à l’Est, « Société civile et communisme en Europe de l’Est : Pologne et Hongrie », Presses Universitaires de France, 1990, Paris. Page 43.&lt;br /&gt;[14] Miklos Molnàr, op.cit. Page 231.&lt;br /&gt;[15] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 231.&lt;br /&gt;[16] Eva Kuti, The nonprofit sector in Hungary, Manchester University Press, Manchester, 1996. Page 23.&lt;br /&gt;[17] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 302.&lt;br /&gt;[18] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit Page 285.&lt;br /&gt;[19] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op.cit. Page 289.&lt;br /&gt;[20] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 300.&lt;br /&gt;[21] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 304.&lt;br /&gt;[22] Miklos Molnàr, Histoire de la Hongrie, op. cit. Page 303.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-1542480474283807481?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/1542480474283807481/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=1542480474283807481' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/1542480474283807481'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/1542480474283807481'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/le-temps-des-rvolutions-et-des_04.html' title='Le temps des révolutions et des convulsions : la révolution libérale'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-4957850933903077360</id><published>2007-10-04T16:41:00.002-07:00</published><updated>2007-10-08T13:21:04.458-07:00</updated><title type='text'>Le temps des révolutions et des convulsions : la Révolution française</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La Révolution française marque un tournant et se propage en tant que référence, positive ou négative, dans l’Europe entière.&lt;br /&gt;« La révolution est le recours qui s’impose pour renverser un régime dont on conteste la légitimité, et devient ainsi, après 1830, 1848, 1870, la formule banale du réajustement, d’où la fréquence des bouleversements et la succession d’expériences constitutionnelles. L’exemple français faisant école, l’Europe s’engage dans la même voie et la révolution soviétique de 1917 prend le relais avant de devenir à son tour le modèle d’une autre lignée de révolutions. »[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme nous l’avons analysé ci-avant, c’est l’absolutisme en France et le despotisme éclairé en Hongrie qui ont paradoxalement crée les conditions de leur propre contestation. L’autorité royale n’est initialement pas contestée : c’est le roi qui convoque les Etats généraux, apparaissant comme celui qui est le plus à même de mettre un terme aux tensions sociales en opérant les réformes nécessaires. De même, le roi sera remis au pouvoir en 1791 et prêtera serment de fidélité à la constitution.&lt;br /&gt;Jusqu’à la chute du roi, l’Assemblée se déchire entre les aristocrates, contre-révolutionnaires refusant toute réforme, les monarchiens, au départ partisans de la révolution mais qui s’effraient des émeutes de 1789 et qui souhaitent un pouvoir fort, et les patriotes, qui veulent limiter le pouvoir du roi. En effet, l’Assemblée a besoin du roi pour limiter le pouvoir du peuple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;a) Libéralisme et démocratie : révolution et insurrection&lt;br /&gt;Les Etats généraux sont encore le reflet d’une société d’ordres figée, le tiers état étant humilié par un cérémonial désuet. En se déclarant Assemblée nationale, ce dernier affirme le principe de la souveraineté nationale aux dépens de la souveraineté monarchique. Le roi finit par céder et l’Assemblée constituante est proclamée. Celle-ci abolit définitivement l’ordre féodal le 4 août 1789.&lt;br /&gt;Parallèlement, la prise de la Bastille, le 14 juillet, est le symbole d’une révolution différente : celle du peuple qui a faim et qui a peur. Mais la révolution de l’Assemblée n’est pas celle de la Bastille : le tiers état est mené par une bourgeoisie soucieuse de défendre ses intérêts et notamment le droit de propriété. Afin de rétablir l’ordre, elle n’hésite pas à voter la loi martiale le 21 octobre 1789, permettant de disperser les attroupements par la force.&lt;br /&gt;Dès lors se fait jour un clivage fondamental, décrit notamment par René Rémond et que nous avons déjà abordé ci-avant : la distinction entre le libéralisme et la démocratie. Si la première phase révolutionnaire menée par le tiers état visait à supprimer les privilèges pour prôner la liberté individuelle et la suppression d’un Etat fort, la phase démocratique insurrectionnelle remettra en place, au contraire, le pouvoir autoritaire et centralisateur pour défendre plus que la liberté, l’égalité entre les citoyens. L’oscillation constante entre libéralisme et démocratie est à la base de nos sociétés actuelles.&lt;br /&gt;Ainsi, entre 1789 et 1848 c’est le mot « liberté » qui est au centre des débats : l’association est une entrave à cette liberté, elle est une entrave à l’individu. « Car l’unité de base, la seule à laquelle on reconnût une existence réelle, c’était l’homme, mais l’homme entité juridique et non être concret. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789 est avant tout le fruit du libéralisme. Premièrement, le droit de propriété fait partie des droits de l’homme :&lt;br /&gt;Article 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, la Révolution déclare l’individu avant tout libre : le servage est définitivement aboli, les privilèges sont supprimés, y compris ceux des corporations et des jurandes. Ainsi, la liberté précède l’égalité : dans la lignée de l’utilitarisme, il peut y avoir un intérêt commun à maintenir les inégalités ; plus précisément, il est de l’intérêt de la bourgeoisie de maintenir les inégalités pour faire jouer la libre concurrence et accroître ses revenus.&lt;br /&gt;Article premier – Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Troisièmement, c’est en prônant la liberté individuelle que le groupe est condamné ; c’est parce que les corporations concouraient au maintien d’une société figée entravant la libre concurrence qu’elles furent supprimées. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre leur interdiction. Ainsi, c’est l’existence de corps intermédiaires en tant qu’entraves à la liberté individuelle qui est remise en cause. Il faudra attendre ensuite la loi de 1901 pour qu’elle soit à nouveau promulguée.&lt;br /&gt;Article 3 – Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ; nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pouvoir établit la nation comme souveraine et ne tolère aucun intermédiaire entre celle-ci et les citoyens. Il s’en prend d’abord aux groupements professionnels : le 2 mars 1791, le décret d’Allarde supprime les corporations ; puis, le 14 juin 1791, la loi le Chapelier interdit toute association de métier, pétition professionnelle, délibération professionnelle sur les salaires et la grève. Enfin, le 25 juillet 1797, ce sont les assemblées populaires et clubs qui sont dissous.&lt;br /&gt;L’empire napoléonien ira encore plus loin en pénalisant l’association, via l’article 291 du code Pénal (établi en 1810), stipulant que « nulle association de plus de vingt personnes, dont le but sera de se réunir tous les jours, ou à certains jours marqués, pour s’occuper d’objets religieux, littéraires, politiques ou autres, ne pourra se former qu’avec l’agrément du gouvernement, et sous les conditions qu’il plaira à l’autorité politique d’imposer. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’individu est entièrement soumis à l’autorité publique. Cette autorité est ensuite confirmée par le Code Civil de Napoléon : autorité du patron sur l’ouvrier, autorité de l’administration. Ainsi, l’arrivée au pouvoir de Napoléon et l’entrée en guerre de la France fige la prééminence d’un Etat fort, seul protecteur des citoyens. L’Etat devient encore plus que durant l’Ancien Régime, en l’absence de l’Eglise, le protecteur des laissés-pour-compte, le responsable de l’éducation, d’autant plus que l’instruction est le seul outil prôné pour contrebalancer démocratiquement le libéralisme. Cependant, un changement fondamental réside dans la passation de souveraineté de la royauté à la nation : Napoléon n’est plus le représentant d’un pouvoir personnel mais d’un peuple concerné par la vie politique.&lt;br /&gt;Ainsi, la Révolution, tout en jetant les fondations de l’Etat français moderne centralisé, a fait souffler un vent de liberté sur l’Europe sans précédent, relayé par les armées napoléoniennes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;b) La révolution des clubs : l’apprentissage de la cité&lt;br /&gt;La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen porte en elle l’interdiction des clubs qui ont fait naître les conditions de sa propre promulgation. En effet, ce sont dans les clubs prérévolutionnaires qu’ont été mis en place les fondements d’un nouveau régime. Ainsi, le libéralisme a engendré dans un premier temps de nouvelles formes de participation citoyenne fondée sur la liberté d’opinion et d’expression.&lt;br /&gt;Cependant, lorsque ces clubs seront repris par les « sans-culottes », lorsqu’ils auront la possibilité de devenir véritablement des lieux d’expression et de débat populaire, des lieux de citoyenneté où se fait l’apprentissage de la démocratie, le pouvoir libéral n’hésitera pas à les interdire.&lt;br /&gt;En effet, les couches populaires restent exclues des élections. Réclamant le droit de vote et surtout des mesures pour mettre fin à la misère, elles s’ancrent fermement dans le radicalisme. De plus en plus présent lors des débats de l’Assemblée, le peuple parisien exerce une pression sur les délibérations. Ce processus est accéléré par la création de clubs qui, de Paris, font circuler les mots d’ordre révolutionnaires grâce à leurs ramifications dans tout le pays. Le vote de la loi Le Chapelier le 14 juin 1791 vise directement ces associations, affirmant le caractère bourgeois de la Révolution. La fracture sera décisive lorsque les Cordeliers soutenant une pétition réclamant la déposition du roi se feront tirer dessus par la Garde nationale sous les ordres du marquis de La Fayette le 17 juillet 1791. Après ce bain de sang, c’est au sein des clubs que se cristallise l’évolution politique de la Révolution française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, les clubs révolutionnaires sont initialement l’expression la plus concrète de l’association au sens communautaire du terme : les couches populaires ne peuvent pas défendre véritablement leurs intérêts puisque elles sont totalement démunies. Les clubs, s’ils ne représentent initialement que l’élite de la population, se diversifient, repris dans leur forme par les « sans-culottes », soucieux de participer aux débats politiques dont l’Assemblée les exclut. Cependant, conscient du pouvoir des clubs, les libéraux investissent ces lieux démocratiques en fomentant des scissions. Dès lors, clubs et Assemblée sont les mêmes représentants d’une société divisée, où le club devient aussi l’enjeu de la défense d’intérêts de classes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Club des Jacobins représenté par Robespierre élargit son recrutement social d’une part en n’acceptant plus uniquement les gens aisés, géographique d’autre part en correspondant avec des sociétés en province.&lt;br /&gt;Le Club des Cordeliers, animé par Marat, Desmoulins et Danton est crée, lui, sur des bases plus démocratiques et plus égalitaires. Après l’événement du Champ de Mars, il est dissous.&lt;br /&gt;Les modérés, qui souhaitent une monarchie constitutionnelle, quittent le club des Jacobins après la fuite du roi et son arrestation à Varennes et fondent le club des Feuillants avec Bailly, Barnave, ou encore La Fayette. L’accès au club des Feuillants est réservé aux « citoyens actifs » c'est-à-dire à toute personne qui paie l'impôt direct.&lt;br /&gt;Une scission des Jacobins est également à l’origine du Club des Girondins ou Brissotins, composé d’avocats et de journalistes liés aux milieux d’affaires des grands ports qui joueront un rôle décisif au moment de l’Assemblée législative.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, les premières fédérations voient le jour en novembre 1789 en Dauphiné puis dans l’ensemble de la province. La fête de la Fédération qui a lieu à Paris le 14 juillet 1790 est l’aboutissement de ce mouvement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devant les problèmes de subsistance entraînant des révoltes paysannes, les uns se méfient du peuple, les autres y voient le seul salut possible pour la Révolution. Dans ce contexte, la marche à la Guerre est considérée comme porteuse de solutions, notamment pour les Girondins et certains Feuillants : elle permet non seulement d’étendre la Révolution en Europe mais aussi de mater par des moyens militaires les révoltes populaires. Voulue par le roi également, la guerre signe pourtant son arrêt de mort : sous la menace prussienne, la pression de l’émeute populaire parisienne, rejointe par les fédérations, ne peut pas être écrasée. C’est la guerre qui fait de la Révolution un mouvement populaire radical fondé sur le patriotisme : l’ancien monde monarchique se bat contre le nouvel ordre révolutionnaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, les clubs offrent une intéressante représentation des liens entre l’association et le contexte social : historiquement aristocratiques, leur forme a été récupérée par les élites progressistes puis par le peuple. Devenus démocratiques, ils sont ensuite déchirés par des luttes intestines reflétant les divisions politiques entre libéraux et démocrates. Enfin, ils conduiront à l’instauration d’une dictature populaire par les Montagnards, représentants des sans-culottes pourtant menés par la bourgeoisie.&lt;br /&gt;L’association politique au temps de la Révolution française peut donc être tout autant une force d’opposition au régime en place qu’une structure relayant les opinions d’une élite auprès de la population. Elle peut tout aussi bien être populiste. Ni conservatrice ni contestatrice, ou bien les deux à la fois, elle cristallise le débat politique et social, suivant l’objet qu’elle se fixe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, le XIXe siècle restera celui des révolutions contre l’ordre établi : autorité politique, sociale ou encore étrangère. René Rémond identifie quatre vagues : les mouvements libéraux, les révolutions démocratiques, les mouvements sociaux et enfin, le mouvement des nationalités. Ces mouvements sont clairement identifiables en France et en Hongrie, mais à des périodes décalées : la Hongrie n’aura pas de révolution libérale en 1820 et 1830, mais elle profite cependant d’une ouverture importante suite aux mesures prises par le despotisme éclairé de Joseph II. Les révolutions de 1848 sont en France et en Hongrie démocratiques, mais elle est portée dans l’empire habsbourgeois par le courant nationaliste. Si la France se démocratise, la Hongrie reste durablement ancrée dans un système libéral.&lt;br /&gt;[1] René Rémond, op.cit. Page 147.&lt;br /&gt;[2] Marc Régaldo, chapitre 1.3.1. « La révolution « modérée » » in Nouvelle histoire des idées politiques. Op.cit. Page 13.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-4957850933903077360?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/4957850933903077360/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=4957850933903077360' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4957850933903077360'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/4957850933903077360'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/le-temps-des-rvolutions-et-des.html' title='Le temps des révolutions et des convulsions : la Révolution française'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-8165903531761172615</id><published>2007-10-04T16:41:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:23:12.874-07:00</updated><title type='text'>"Les Trois Europes" : le pouvoir de l'Eglise : Réforme et Contre-Réforme</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Si la loi française de 1901 sur l’association à but non lucratif a mis autant de temps à être promulguée, c’est parce qu’une opposition farouche à l’Eglise remontant aux temps révolutionnaires ne voulait pas entraîner dans le sillage de la liberté d’association celle des congrégations religieuses. Par ailleurs, en Hongrie, l’Eglise ne fut pas le moteur du développement de la « société civile » comme en Pologne.&lt;br /&gt;Etudier la place de l’Eglise dans l’évolution des sociétés française et hongroise nous semble donc pertinent pour comprendre le développement du milieu associatif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157218"&gt;a) Le vent de la réforme&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La Réforme remporte en Hongrie un succès important, même si elle divise le pays.&lt;br /&gt;En effet, elle permet non seulement de lutter contre un clergé corrompu mais aussi et surtout d’endosser une identité nationale : la prière se fait dans la langue maternelle et la Réforme prêche clairement pour la libération du joug turc.&lt;br /&gt;Plusieurs barons prennent ainsi sous leur protection des prédicateurs protestants.&lt;br /&gt;Courants luthériens et calvinistes se répandent parmi toutes les couches de la population : magnats, nobles et ruraux. La classe dominante entraîne dans son sillage la conversion de tout un cercle d’influence. Par ailleurs, les protestants créent des écoles et des maisons d’édition : plus de 200 écoles élémentaires et des dizaines d’imprimerie sont crées dès le XVIe siècle, permettant l’édition de la première littérature nationale en langue hongroise et la floraison de la poésie épique et nationale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Eglise catholique, appauvrie, n’a pas eu les moyens de lutter contre cet élan de popularité : après l’appropriation de biens ecclésiastiques par plusieurs rois hongrois, ce sont les occupants puis les brigands profitant du chaos qui dépouillent l’Eglise de ses possessions. Enfin, plusieurs évêchés tombent aux mains de barons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En l’absence d’Etat fort avant la période du despotisme éclairé, l’Eglise catholique ne bénéficie pas du soutien apporté par l’absolutisme français à la Contre-Réforme.&lt;br /&gt;En France, Etat et Eglise ne font qu’un avec la notion de monarchie absolue de droit divin. Ainsi, c’est le pouvoir royal qui lutte contre les protestants par la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, lui permettant ainsi d’instaurer une unité religieuse beaucoup plus significative et facile à gouverner au regard de la diversité religieuse de l’Empire habsbourgeois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En comparaison avec les mesures radicales de l’absolutisme, la Contre-Réforme de Marie-Thérèse est toute relative : le despotisme éclairé se développe à une époque où les courants religieux perdent leur influence au profit des philosophes et des intellectuels. Si les jésuites prennent en charge une partie importante de l’enseignement jusqu’à la dissolution de l’ordre en 1773, leur influence dans l’enseignement français se maintiendra jusqu’à nos jours. Par ailleurs, la liberté des congrégations religieuses est sérieusement entravée par Joseph II.[1]&lt;br /&gt;Ainsi, la faiblesse de l’Eglise catholique hongroise ne permettra pas, comme en Pologne, d’instaurer une unité nationale ni de développer en son sein une société civile. En France, au contraire, l’Eglise marquera durablement la société française, d’abord en freinant la libre association, puis en s’opposant à la puissance étatique laïcisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157219"&gt;b) Le pouvoir de l’Eglise en France&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;C’est parce que l’Eglise concourt à maintenir une société d’ordres inégalitaire que la Révolution française s’oppose à elle et non parce qu’elle serait intrinsèquement antireligieuse. D’ailleurs, le bas clergé embrasse la cause révolutionnaire, soucieuse de réformer la hiérarchie ecclésiastique. C’est la volonté d’instaurer une constitution civile au clergé qui conduira au schisme. Dès lors, Eglise et Etat s’opposeront durement jusqu’au XXe siècle, l’Etat mettant sous son autorité l’Eglise avec la signature du Concordat en 1801 : premièrement, la religion catholique n’est plus la seule reconnue ; deuxièmement, ses biens lui sont confisqués et ses revenus surveillés par l’intermédiaire du budget sur les cultes.&lt;br /&gt;[1] Cf. ci-avant&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-8165903531761172615?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/8165903531761172615/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=8165903531761172615' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8165903531761172615'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8165903531761172615'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/les-trois-europes-le-pouvoir-de-leglise.html' title='&quot;Les Trois Europes&quot; : le pouvoir de l&apos;Eglise : Réforme et Contre-Réforme'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-3820489408925674959</id><published>2007-10-04T16:40:00.001-07:00</published><updated>2007-10-08T13:25:16.877-07:00</updated><title type='text'>"Les Trois Europes" : le pouvoir d'Etat : absolutisme et despotisme</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a name="_Toc128157215"&gt;a) En France : le règne du pouvoir absolu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;« Absolutisme n’est pas synonyme d’arbitraire. Ce que les philosophes ou les politiques appellent arbitraire au XVIIIe siècle est le despotisme dont ils trouvent l’exemple dans l’Empire ottoman où le bon plaisir du sultan, qui n’est contenu par aucune morale, ni aucune loi fondamentale, est la seule règle. (…) L’absolutisme consiste en un pouvoir qui n’est pas partagé et réside tout entier dans la personne du roi. (…). Si la seigneurie et la ville libre ne sont plus à l’échelle des temps modernes, la monarchie apporte une réponse adéquate aux problèmes qui surgissent de l’évolution générale. (…) on peut penser que la monarchie absolue est la forme moderne de l’Etat, la modalité du gouvernement la mieux adaptée aux exigences du temps.»[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pouvoir royal s’est affirmé en France contre celui des seigneurs locaux d’une part, contre celui de l’Eglise d’autre part. Ainsi, le Roi est celui qui protège sa population de l’insécurité en constituant une armée, une police et un corps judiciaire ; il est aussi celui qui protège le paysan de l’arbitraire du seigneur et celui qui lutte contre la toute-puissance de la noblesse en intégrant le tiers-état via la bourgeoisie à son administration ; il est celui qui concourt au développement économique et social du pays par l’intermédiaire de cette administration ; il est enfin celui qui pallie les manquements de l’Eglise dans les affaires sociales en venant en aide aux nécessiteux. Si l’administration n’est alors pas aussi développée que dans nos sociétés contemporaines, elle est cependant synonyme d’une plus grande égalité au sein de la population française. Ainsi, le pouvoir royal est considéré par les bourgeois des villes comme protecteur des libertés, et notamment celle de s’associer.&lt;br /&gt;Progressivement, cette protection finira par revêtir un caractère de plus en plus contraignant. Ainsi, sous l’Ancien Régime, l’individu est non seulement soumis à la segmentation sociale des trois ordres, mais aussi contraint à évoluer au sein des corporations et de communautés cloisonnées, étroitement surveillées par le pouvoir politique. C’est dans le secret que les ouvriers créent le compagnonnage, en marge des jurandes contrôlées par les maîtres, et que des confréries laïques se développent à côté des confréries religieuses.&lt;br /&gt;Par ailleurs, l’Etat assure un pouvoir central fort au détriment des gouvernements régionaux, qui vont chercher à gagner de l’autonomie durant les dernières années de l’Ancien Régime. La Révolution française instaurera brièvement une décentralisation poussée avant de revenir à un pouvoir très fortement centralisé.&lt;br /&gt;Cependant, la Révolution n’est initialement pas tournée contre le pouvoir royal mais contre la société d’ordres. Comme nous l’avons analysé plus haut, la bourgeoisie a grandement bénéficié du monopole étatique. Ce n’est qu’en 1792 que la royauté est supprimée et la République proclamée.&lt;br /&gt;« Dans un premier temps, ce n’est pas contre la monarchie qu’elle [la Révolution] est dirigée, c’est contre l’inégalité, les privilèges, les ordres. Par la suite, elle déviera et d’antinobiliaire deviendra anti-monarchique parce que la royauté n’aura pas su se démarquer à temps des ordres privilégiés. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette remarque de René Rémond est d’importance pour la suite de notre étude.&lt;br /&gt;En effet, la faible activité marchande de la bourgeoisie en France et l’inexistence de celle-ci en Hongrie ont conduit l’Etat à assurer le monopole des initiatives, tant économiques que sociales. Dans les deux pays, la prééminence de l’Etat est une caractéristique primordiale à la compréhension du développement associatif.&lt;br /&gt;Cependant, l’étude historique permet de nuancer fortement les thèses développées par bon nombre de recherches contemporaines d’influence libérale opposant de manière, à notre avis simpliste, Etat et « société civile », et notamment celle conduite par le programme John Hopkins de Comparaison Internationale du Secteur sans But Lucratif encadrée par Lester M. Salamon et Helmut K. Anheier, qui fait aujourd’hui autorité en Hongrie. En effet, c’est paradoxalement parce que l’Etat n’a pas été assez ferme envers la noblesse que l’Ancien Régime s’est, entre autres, effondré ; et c’est parce qu’elle n’a pas eu le pouvoir suffisant pour dissoudre les ordres et les privilèges que la monarchie a été supprimée et la République proclamée en 1792 seulement. De même en Hongrie, les nombreuses réformes introduites par Joseph II ont échoué, ne permettant pas de briser le pouvoir des magnats et le monopole de la noblesse, ce que la Révolution est parvenue à faire en France.&lt;br /&gt;Assimilant trop hâtivement et de manière anachronique l’Etat des siècles passés à un régime uniquement autoritaire, le courant libéral cherche des justifications historiques à la suppression de l’autorité publique au profit des initiatives privées dans notre société contemporaine. Citons ici Edith Archambault, qui a mené l’étude française du programme précité :&lt;br /&gt;« La théorie américaine selon laquelle il existe un conflit inhérent et inéluctable entre l’Etat et le tiers secteur (James, 1989) s’applique bien à la France pendant la période 1789-1901. L’Etat combat alors autant, à droite, les associations corporatistes ou cléricales que, à gauche, les associations autogestionnaires ou anarchisantes. Cette attitude politique explique à la fois le retard relatif du tiers secteur par rapport à d’autres pays développés et la faiblesse des dons et du bénévolat en France, car un Etat jacobin engendre des citoyens passifs qui s’adressent au gouvernement pour résoudre les conflits de la vie collective et subvenir à tous les besoins sociaux. »[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans s’appesantir ici sur la notion de « tiers secteur », qui nous semble anachronique pour la période 1789-1901, notre analyse tend à démontrer que pouvoir étatique fort et faible développement associatif ne sont pas liés sui generis. C’est parce que l’Etat a assuré un rôle moteur dans les échanges marchands internationaux que la bourgeoisie a pu se développer en France, et c’est parce que l’Etat a intégré la bourgeoisie au corps administratif que celle-ci a bénéficié d’un pouvoir politique. Enfin, c’est justement parce que l’Etat a été faible en Hongrie que les états nobiliaires ont figé le pays durant des siècles, s’attachant aux revenus terriens et asservissant la majeure partie de la population. Certes, le modèle britannique est alors beaucoup plus ouvert à la liberté d’opinion et tolérant en matière religieuse, mais il s’appuie également sur une élite, le Parlement aristocratique. Comme le note René Rémond, « dans cette variété d’expériences et de régimes, il n’y a rien, ni de près ni de loin, qui s’apparente à la démocratie. »[4]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157216"&gt;b) En Hongrie : échec du despotisme éclairé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;L’appellation de « despotisme éclairé » a été donnée par les historiens du XIXe siècle a posteriori aux régimes d’Europe centrale et orientale. Apparus plus tardivement que l’absolutisme, durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, il le prend pour modèle et en emprunte de nombreuses caractéristiques : lutte contre la noblesse et l’Eglise, lutte contre les privilèges, développement d’une administration forte. En Hongrie, il est introduit par Marie-Thérèse (1740-1780) et Joseph II (1780-1790).&lt;br /&gt;« Sa fonction fut de permettre à ces pays de rattraper le retard pris par rapport à la monarchie absolue et d’entreprendre, ou de hâter leur modernisation. (…) Il vise à instaurer un ordre rationnel : la simplification, l’uniformisation, la codification qui caractérisent son activité, se rattachent à ce grand dessein de rationalité où la puissance de l’Etat trouve son compte. (…) Les despotes éclairés à l’Est, la Révolution à l’Ouest ont travaillé dans le même sens à substituer la raison à la tradition. »[5]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la victoire sur les Ottomans, Vienne poursuivit dans un premier temps une politique d’apaisement des classes dominantes. Ainsi, les villes restent dépendantes du pouvoir des nobles, qui siègent à la Diète. Celle-ci constitue un véritable contre-pouvoir à la royauté. Si aux états généraux français de 1614-1615, le tiers état est représenté par des officiers et des bureaucrates royaux, deux marchands et un laboureur, en Hongrie, au contraire, le bas clergé et la petite noblesse occupent la majorité des sièges.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le règne du despotisme éclairé engendre cependant une certaine modernisation du pays et une intervention importante de l’Etat : nouveau système de taxation, allègement du servage, réformes en matière d’éducation, contrôle accru des corporations par les municipalités et contrôle étatique des fondations privées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant le règne de Marie-Thérèse, les écoles primaires se multiplient, même si leur nombre correspond aux régions les plus arriérées en France ; de même, les niveaux secondaire et universitaire sont développés.&lt;br /&gt;Elle accorde également une attention importante au secteur social en s’appuyant sur les fondations déjà existantes en Hongrie, ce qui tend à affirmer qu’un milieu associatif a réussi à perdurer. Une première loi datant de 1723 donnait droit à l’Empereur, Roi de Hongrie, de contrôler financièrement ces fondations. Une deuxième directive est promulguée en 1768 par Marie-Thérèse, stipulant :&lt;br /&gt;« Afin de mettre en œuvre les conditions nécessaires à l’approvisionnement des pauvres, les administrateurs des comitats doivent précisément faire l’inventaire du nombre et du type de fondations de lutte contre la pauvreté existent dans leurs comitats. Où sont ces fondations ? Comment sont-elles gérées ? Par qui ? Leurs actions sont-elles en accord avec les prérogatives fixées par leurs fondateurs ? Y’a-t-il une permanence garantie ? Si une part de leurs dotations a été perdue, qui doit en être accusé ? Y’a-t-il un quelconque espoir de pouvoir récupérer les revenus de ces fondations ? »[6]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les despotes éclairés ne se contentent pas de contrôler les fondations existantes et d’exercer leur autorité : ils en créent également de nouvelles de leur propre initiative privée. Ainsi, Marie-Thérèse crée plusieurs fondations favorisant l’éducation. Parmi elles, la Fondation d’Aide aux Orphelins établie en 1775 à Debrecen. Par ailleurs, lorsque l’ordre jésuite est dissous en 1773, elle ne transfère pas les biens à l’Etat, mais crée un Fonds d’Education fonctionnant en tant que fondation indépendante régie par des lois publiques. Joseph II agira de même en 1782, en créant le fonds catholique nommé Cassa Parochium suite à la dissolution de plusieurs ordres monastiques. L’université catholique bénéficiera également du même statut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, Joseph II va encore plus loin dans les réformes. En 1781, il promulgue l’édit de Tolérance, mettant fin à la censure et aux discriminations envers les communautés protestantes, les juives et orthodoxes.&lt;br /&gt;Parallèlement, il lutte énergiquement contre le pouvoir religieux et nobiliaire en supprimant les congrégations, exceptés les ordres enseignants et hospitaliers : 738 couvents sont ainsi transformés en écoles. Il instaure également le mariage civil et transforme les diocèses et les comitats en unités administratives. Les derniers bastions du pouvoir de la noblesse, les comitats, sont définitivement supprimés en 1785. En 1784, il déclare l’allemand langue officielle, seule capable selon lui de former les élites pour un Etat moderne. Le règne de l’administration se propage également par l’introduction du recensement et du cadastre en 1784.&lt;br /&gt;Enfin, un impôt unitaire pour les nobles et les paysans est introduit en 1789, tentant d’améliorer la situation des paysans, sans cependant définitivement abolir le servage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ces tentatives de réformes sociales audacieuses et radicales s’ajoutent le mouvement des idées et l’influence des Lumières : les livres et la presse bénéficient d’un essor important. Le prince Ràkosi publie en 1705 en latin et allemand le Mercurius Hungaricus et en 1780 paraissent les premiers journaux en langue hongroise, le Magyar Hirmondo (Nouvelliste magyar) puis le Magyar Kurir (Courrier magyar), publiés à Vienne. Enfin, parallèlement aux hôpitaux se multiplient également les conservatoires, les bibliothèques et les théâtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’essor du milieu associatif est alors significatif. Cependant, s’il bénéficie grandement des mesures prises par les despotes éclairés, il se constitue en réaction contre lui. Là encore, c’est paradoxalement l’ouverture et la modernisation de la société introduite de manière volontariste par un Etat autoritaire qui concourt au développement d’une opposition radicale en son sein : le monarque reste le symbole d’une oppression étrangère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, malgré de nombreuses réformes, la pesanteur de la structure archaïque persiste : suivant les chiffres de Miklos Molnàr, la population compte 80% de paysans, 5% de noblesse et une très faible bourgeoisie. Les plaintes des paysans asservis au second servage arrivent jusqu’à Marie-Thérèse, mais celle-ci reste dépendante des nobles pour asseoir son pouvoir.&lt;br /&gt;Si l’influence baroque se fait sentir dans l’architecture des villes la construction de palais tels que celui d’Eszterhàzy, la domination des magnats et des prélats est totale : 200 familles les plus riches règnent sur 400 000 pauvres.&lt;br /&gt;Cette minorité conduit, certes, selon l’expression de Norbert Elias, un « processus de civilisation », développant un mode de vie brillant, européen, entourée de savants et d’artistes venus de l’Europe entière, mais le courant des Lumières ne sert qu’une minorité. La noblesse reste l’incarnation de la nation, ce qui fait dire à un député de la Diète que la nation appartient « au peuple privilégié ».&lt;br /&gt;« (…) le philosophe, à la façon des libertins du XVIIe siècle, ne cesse de se défier des appétits brutaux de la populace. Mais il place aussi son espoir dans l’éducation puisqu’il croit que ce peuple mystifié, fanatique et violent, abruti par son aliénation et sa misère peut être élevé peu à peu jusqu’aux lumières de la raison. »[7]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est chez les physiocrates que l’on trouve la défense du despotisme éclairé. Ces derniers lient intimement politique et économie, en s’appuyant sur le revenu agricole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Dans le domaine économique, les physiocrates apparaissent comme les défenseurs d’une forme de libéralisme reposant sur l’agriculture et favorisant les propriétaires fonciers, tandis qu’en politique ils prônent ce qu’ils ont eux-mêmes appelé « le despotisme légal ». »[8]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De fait, si la population des villes grandit, le territoire hongrois comptant à la fin du XVIIIe siècle plus de soixante villes libres royales dont une vingtaine comptabilisent plus de 10 000 habitants, il n’y a que 7% d’urbanisation contre 12 en France. La ville abrite les roturiers libres et les diplômés Cependant, la bourgeoisie émancipée ne représente que 1,5 à 2% de la population totale. Il n’y a pas de véritable classe urbaine libre comptant en son sein des bourgeois, des travailleurs et des intellectuels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, si le despotisme éclairé a permis d’introduire de nombreuses réformes, la modernisation de la société hongroise reste toute relative. Absence de bourgeoisie, pouvoir d’une minorité privilégiée sur une population pauvre et asservie et lutte autoritaire de l’Etat sont des caractéristiques prégnantes de la société hongroise.&lt;br /&gt;« Le despotisme éclairé se caractérise donc par des pratiques interventionnistes qui fondent, quand elle n’existait pas déjà, une tradition autoritaire qui se perpétuera jusqu’au XXe siècle. (…) Toutes les fois que nous sommes en présence d’un réformisme par le haut, nous avons vraisemblablement affaire à la postérité du despotisme éclairé. (…) on peut se demander si le gouvernement de Staline, qui représente une des formes de pouvoir les plus concentrées, les plus autoritaires que le monde aient connues, mais au service d’un programme de réforme, n’était pas le dernier avatar de cette tradition russe du despotisme éclairé. »[9]&lt;br /&gt;[1] René Rémond, op.cit. Page 90-92.&lt;br /&gt;[2] René Rémond, op.cit. Page 74.&lt;br /&gt;[3] Edith Archambault, Le secteur sans but lucratif, Economica, Paris, 1996. Page 45.&lt;br /&gt;[4] René Rémond, op.cit. Page112.&lt;br /&gt;[5] René Rémond, op. cit. Page 100.&lt;br /&gt;[6] Eva Kuti, op.cit. Page 20.&lt;br /&gt;[7] Jean-Marie Goulemot, chapitre 1.2.1. « Despotisme éclairé ? » in Nouvelle histoire des idées politiques, op. cit. Page 85.&lt;br /&gt;[8] Jean-Marie Goulemot, op.cit. Page 88.&lt;br /&gt;[9] René Rémond, op. cit. Page 101.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-3820489408925674959?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/3820489408925674959/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=3820489408925674959' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3820489408925674959'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3820489408925674959'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/les-trois-europes-le-pouvoir-detat.html' title='&quot;Les Trois Europes&quot; : le pouvoir d&apos;Etat : absolutisme et despotisme'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-3023722026248504802</id><published>2007-10-04T16:38:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:28:37.681-07:00</updated><title type='text'>"Les Trois Europes" : société d'ordres et société de classes</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a name="_Toc128157212"&gt;a) Etat et bourgeoisie : les moteurs de la transformation sociale&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;C’est en 1526 que les Ottomans envahissent la Hongrie après la défaite de Mohàcs. Le pays est alors divisé en trois parties : à l’ouest, le royaume de Hongrie sous la domination des Habsbourg, au centre le territoire occupé par les Ottomans et à l’est la Transylvanie. Sur ces terres divisées, ce n’est ni le pouvoir royal affaibli ni l’Eglise catholique amoindrie par la propagation de la Réforme et la dilapidation de ses biens qui assurent le pouvoir mais la noblesse.&lt;br /&gt;Si le territoire hongrois sous occupation ottomane a subi de très nombreux pillages et rapts, faisant de la Grande Plaine (puszta) une terre brûlée, les Ottomans ont cependant veillé à instaurer un équilibre entre l’exploitation maximale des terres à leur profit et une souplesse relative. Comme le décrit Miklos Molnàr, les seigneurs hongrois gardent une main mise sur les paysans, soumis au « condominium », une double imposition turque et hongroise. L’Etat et l’Eglise prélèvent également leur part, faisant du paysan la misera plebs contribuens. Par ailleurs, l’extension des pâturages pour le développement de l’élevage au détriment de l’agriculture et l’abandon des villages a engendré la croissance de quelques bourgs et bourgades, mais sans permettre un développement des villes. « La frontière de la civilisation a reculé. »[1]&lt;br /&gt;Concernant le territoire royal, la Hongrie reste en possession de la Sainte Couronne : l’administration viennoise n’y est pas imposée. La noblesse hongroise reste ainsi indépendante tout en se montrant loyale envers le monarque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, ce sont des « états nobiliaires » qui assurent la suprématie sociale et politique en Hongrie. Auparavant dépendants du pouvoir économique de la grande seigneurie, les magnats, les nobles asservissent totalement la paysannerie, creusant le fossé entre serfs (jobbàgy) et « nation nobiliaire ».&lt;br /&gt;« En l’absence d’argent et de possibilité pour les propriétaires de salarier une main-d’œuvre, ils sont obligés de l’asservir. (…) Le servage est une nécessité, tant qu’il n’y a pas encore une économie monétaire comportant circulation et échanges. »[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, à l’ancienne noblesse désargentée vient s’ajouter un nombre élevé de simples soldats ou paysans anoblis pour services rendus, poussant à l’hypertrophie de l’ordre : les nobles représentent en Pologne et en Hongrie 4 à 5 % de la population, jusqu’à 8 % en Transylvanie. Ils détiennent le pouvoir via les comitats, les entités territoriales traditionnelles. C’est ainsi un pouvoir politique indépendant et décentralisé qui s’affirme contre la royauté, aux mains étrangères, défendant une identité nationale durant plusieurs siècles.&lt;br /&gt;« Il y a ainsi dans le rôle historique de la noblesse dominante une dualité irréductible : en défendant ses privilèges, cette noblesse porte en même temps sur ses épaules l’identité et le droit hongrois. (…) Les classes dominantes et leurs institutions particulières garderont toutefois jusqu’au XIXe siècle cette constante : elles préservent la nation et en même temps entravent le progrès. »[3]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous semble important de décrire cet état de fait à la lumière de la situation française. En effet, le secteur non lucratif est à cette époque essentiellement tourné vers l’aide sociale, la protection des artisans au sein des corporations puis vers les sociétés savantes et artistiques. En l’absence d’Etat et d’Eglise, l’aide sociale survit difficilement grâce à quelques fondations. Par ailleurs, en l’absence de bourgeoisie, les villes ne se développent pas suffisamment pour accueillir des corporations actives ni pour permettre l’essor des sociétés savantes.&lt;br /&gt;Tout au contraire, en France, c’est l’Etat et la bourgeoisie qui permettront l’essor des associations. Bien plus, la philosophie des Lumières engendre une réflexion essentielle sur la place de l’individu au sein de la cité et sur l’importance de ces « corps intermédiaires » qui seront interdits après la Révolution française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A cette époque, la France est également, dans une certaine mesure, une société figée.&lt;br /&gt;Sur une population globale de 26 ou 27 millions d’habitants en 1789, plus de 20 millions vivent à la campagne[4]. Cependant, un mouvement d’émancipation permet progressivement à la paysannerie de s’affranchir du servage, notamment en s’acquittant des droits en argent et non plus en nature. Mais si les paysans bénéficient d’une autonomie relative vis-à-vis du seigneur, ils restent très fortement soumis aux coutumes et au sentiment collectif, ce que René Rémond nomme les « contraintes horizontales ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, la société de l’Ancien Régime est régie par les ordres et les privilèges. L’ordre est un statut juridique figé, comportant droits et devoirs. Il n’y a pas de règle commune à l’ensemble de la population : ce sont les exceptions, autrement dit les « privilèges » propres à chaque ordre qui régissent la société. Ces derniers entérinent les inégalités, considérées comme légitimes. Les différentes fonctions sociales, présentes dans toute organisation sociétale, sont figées par les lois. Ainsi, le rôle traditionnel de la noblesse est de défendre les terres : c’est pourquoi il lui est interdit de travailler. Enfreindre cette loi donne lieu à des sanctions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, le renforcement du pouvoir étatique conduit à une centralisation administrative ôtant à la noblesse ses prérogatives féodales.&lt;br /&gt;Comme le décrit Norbert Elias, l’Etat a préféré dès le XIIe siècle mettre à son service des conseillers puis des fonctionnaires issus du peuple plutôt que de dépendre de seigneurs menaçants :&lt;br /&gt;« (…) les bourgeois parvenus au rang de serviteurs du seigneur central risquent bien moins de se transformer un jour en concurrents que les guerriers auxquels les maîtres étaient bien obligés de faire appel. »[5]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La spécificité française réside donc dans le fait que le pouvoir central et la bourgeoisie se sont alliés pour assurer progressivement un monopole : c’est la bourgeoisie qui profite en premier lieu du monopole étatique, puisque c’est lui qui assure par la contrainte son accès au pouvoir :&lt;br /&gt;« La lutte que cette couche a entreprise contre les princes et dont elle sortira victorieuse ne vise pas à la destruction du monopole de domination. (…)Le maintien d’un monopole fiscal et d’un monopole militaire-policier est au contraire le fondement même de leur existence sociale ; le maintien de ces monopoles leur permet de mener la lutte pour la conquête de chances économiques déterminées par le seul moyen de la force économique. (…) En d’autres termes, la centralisation et la monopolisation rendent possible une utilisation planifiée de chances qui, naguère, étaient à la seule portée de ceux qui pouvaient s’en emparer par la violence militaire ou économique.»[6]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est l’accession au pouvoir de la classe bourgeoise qui va conduire l’ordre nobiliaire à s’affaiblir drastiquement. L’Etat de l’Ancien Régime a très bien su appliquer la doctrine « diviser pour régner » : il accorda des privilèges à la bourgeoisie montante pour affaiblir la noblesse, mais dès lors que la première assoit un pouvoir important, il accorde à une noblesse terrienne appauvrie le privilège de constituer exclusivement sa Cour, suite à la revendication qui lui est faite en 1627.&lt;br /&gt;Ainsi, la dissolution de la société d’ordres au profit d’une société de classes ne se fait pas sans heurts : ses soubresauts semblent même être entretenus par la monarchie absolue. L’ascension sociale de la bourgeoisie est fortement freinée par les Parlements, l’armée et le haut clergé dans les trente dernières années de l’Ancien Régime. De même, le pouvoir politique se ferme à la bourgeoisie, monopolisée par la noblesse, tout autant honorée qu’asservie à la Cour du Roi. La noblesse cherche à rétablir ses revenus en réinstaurant certains droits sur les paysans, mettant un coup d’arrêt brutal au mouvement d’émancipation et à l’accès à la propriété. C’est cette réaction nobiliaire et seigneuriale, cette crispation de la noblesse dans cette société d’ordres devenue anachronique qui engendrera la Révolution française.&lt;br /&gt;« Il est certain que l’institution historique de la royauté parvient à sa plus grande puissance sociale dans cette phase de l’histoire de la société dans laquelle une noblesse en décadence rivalise dans bien des domaines avec la bourgeoisie montante, sans que l’un ou l’autre groupe soit capable d’évincer complètement le groupe adverse. »[7]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par ailleurs, si grâce l’ouverture maritime et à l’essor du négoce la bourgeoisie marchande a pu acquérir un pouvoir important, en France, c’est une bourgeoisie intellectuelle et d’administration qui domine, plus soucieuse d’imiter le mode de vie de la noblesse en rachetant des terres et des charges, que d’assumer un rôle moteur comme en Angleterre. C’est pourquoi l’Etat prend en charge l’initiative et assure un dirigisme économique en implantant le colbertisme, assumant un rôle de plus en plus important et un pouvoir progressivement absolu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, la France porte en elle les germes d’une société de classes fondée sur l’activité professionnelle et le revenu, qui vient se superposer à une société d’ordres de plus en plus anachronique et entretenue par la monarchie absolue.&lt;br /&gt;« L’argent, l’artisanat, le commerce tiennent dans la nouvelle société un rôle plus important que dans la société ancienne ; les groupes spécialisés dans ces activités, la bourgeoisie, ont maintenant un poids social spécifique (…). »[8]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Essor de la bourgeoisie et expansion étatique sont donc étroitement liés.&lt;br /&gt;Or, si l’argent et le travail assurent le pouvoir économique, c’est l’association qui permet à cette classe ascendante d’asseoir un pouvoir social durable, sans être inquiété par l’Etat.&lt;br /&gt;Sous l’égide de l’Eglise et des artisans, l’association poursuit des buts sociaux et professionnels. Sous l’influence de la bourgeoisie, l’association devient un outil de défense d’intérêts de classe mais aussi de valeurs spécifiques : les bourgeois se retrouvent au sein de cercles privés pour débattre et pour confirmer les principes qu’ils partagent. La bourgeoisie donne à l’association un nouveau visage : essor de la bourgeoisie et de l’association sont indissociables. Bien plus, c’est l’aspect protecteur de l’Etat qui a permis ce double essor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rien de tel en Hongrie : la division sociale entre classe nobiliaire et classe paysanne asservie d’une part, la faiblesse du pouvoir royal d’autre part, ont freiné le processus d’embourgeoisement propre au développement capitaliste, et ce d’autant plus que la faible bourgeoisie existante est d’origine étrangère, majoritairement allemande. Accusant un retard marchand et manufacturier criant, la Hongrie exporte en revanche massivement ses produits alimentaires, permettant le développement de quelques bourgades, telles que Debrecen. Mais le développement nettement insuffisant des villes est le reflet d’un pays n’ayant pas pu intégrer le mercantilisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« L’absence de bourgeoisie a des conséquences sur l’économie et sur le gouvernement de l’Europe orientale. L’absence d’une classe disposant de capitaux et désireuse de les placer, instruite, cultivée, capable de prendre des initiatives, contraint l’Etat à s’y substituer. (…) Une politique économique d’initiative gouvernementale, avec intervention de l’Etat, est une des caractéristiques du despotisme éclairé, et ce n’est pas un hasard si la carte du despotisme éclairé se trouve coïncider avec celle des pays où la bourgeoisie est pratiquement inexistante. »[9]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme nous le verrons ci-après, le despotisme éclairé, s’il permet à la société hongroise de s’ouvrir dans une certaine mesure, n’aura pas les résultats escomptés.&lt;br /&gt;Dès lors, les associations ne peuvent pas s’épanouir dans une société d’ordres : évolution sociale et association sont encore une fois liés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157213"&gt;b) L’association : une défense d’intérêts particuliers ?&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Deux types d’association se dessinent durant l’Ancien Régime : les corporations et les sociétés savantes et artistiques liées à la diffusion des Lumières. Parallèlement, l’Etat prend en charge l’aide sociale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Edith Archambault écrit :&lt;br /&gt;« Au siècle des Lumières, la société civile est très vivante et on rencontre presque tous les types d’organisations sans but lucratif ; à côté des institutions charitables héritées des siècles passés, on voit apparaître des sociétés savantes, des cercles littéraires ou musicaux, des sociétés récréatives et des clubs d’affinités. En France comme dans le reste de l’Europe, la franc-maçonnerie est très active. D’autres associations politiques et philosophiques voient le jour au XVIIIe siècle et luttent contre l’esclavage et l’antisémitisme, et pour la tolérance religieuse et « l’habeas corpus ». Ancêtres des organisations civiques de défense des droits de l’homme, elles portent la marque de l’esprit pré-révolutionnaire par leur réflexion philosophique sur les droits et les devoirs réciproques de l’Etat et de l’individu résumés par le concept de contrat social, introduit par Rousseau. »[10]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, cette période est marquée par une effervescence associative. Cependant, ces associations ne s’adressent pas à tout un chacun. Bien au contraire, l’association en tant que reflet d’un ordre social, reproduit les inégalités sans nécessairement lutter contre elles. Ainsi, cette « société civile » du XVIIIe siècle concerne la noblesse et la bourgeoisie, ainsi qu’une élite artisanale, mais certainement pas l’ensemble de la population française. De même, les philosophes des Lumières ne s’adressent pas au peuple et ils sont loin de défendre son accession au pouvoir, parce qu’ils n’ont pas à cette époque ce modèle sous les yeux. Il existe donc une « société civile » restreinte qui, à notre sens, est largement plus centrée sur la défense d’intérêts particuliers que sur une solidarité englobant l’ensemble des couches sociales. De même en Hongrie, comme nous le verrons ci-après, l’effervescence associative sera très largement initiée par la noblesse en l’absence de classe bourgeoise : loin de défendre l’égalité sociale et l’abolition du servage, la noblesse sera le fer de lance de la défense de la nation hongroise contre l’oppression habsbourgeoise.&lt;br /&gt;On touche ici à une interrogation sur l’essence même de l’association, tout à fait pertinente à notre époque et dont nous avons dans notre première partie brossé les clivages : s’associer par intérêt ou par solidarité naturelle ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les corporations&lt;br /&gt;Comme nous l’avons décrit plus haut, les corporations remontent au Moyen Âge, mais leurs statuts ont été majoritairement fixés par Colbert. Elles poursuivent leurs activités jusqu’à la Révolution, malgré la tentative d’interdiction de Turgot en 1776. Ces corporations sont « réglées » par les municipalités, ou bien « jurées », c’est-à-dire auto-gérées par les membres qui prêtent serment. Si théoriquement un compagnon peut accéder au statut de maître après la réalisation d’un chef-d’œuvre, dans les faits, la structure reste un instrument du conservatisme social.&lt;br /&gt;C’est pourquoi se développent les compagnonnages : ces associations secrètes permettent aux compagnons de faire leur « tour de France » pour améliorer leurs techniques, mais aussi l’organisation de la lutte contre les maîtres en boycottant une boutique, ou même en faisant grève en quittant en bloc une ville. Cependant, les compagnonnages font aussi l’objet de luttes sanglantes et s’enferment à leur tour dans un caractère élitiste, formant une aristocratie ouvrière. La masse des salariés reste, elle, intégrée aux couches populaires, sans avoir les moyens de se défendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La philosophie des Lumières : une révolution de salon&lt;br /&gt;De même, le courant des Lumières ne s’adresse pas à l’ensemble de la population française mais à une élite cultivée : les nobles et les bourgeois citadins.&lt;br /&gt;Les œuvres majeures de Voltaire, Montesquieu, Rousseau ainsi que l’Encyclopédie, diffusées entre 1748 et 1772, sont débattues au sein de salons tenus par une grande dame de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie, ainsi que dans les clubs et les cafés.&lt;br /&gt;Parmi les salons les plus en vue : le salon de Madame de Lambert (1710-1733), ouvert le mardi aux gens de lettres et le mercredi aux gens de qualité ; le salon de Madame de Tencin (1726-1749), qui se déclare « bureau de l’esprit » ; le salon de Mme du Deffand (1740-1780), qui admet les philosophes s’ils tiennent des propos réservés ; le salon de Madame Geoffrin (1749-1777) ouvert le lundi aux artistes et le mercredi aux écrivains et aux savants ; et enfin, le salon de Mademoiselle de Lespinasse (1762-1776) qui défend le sentiment dans la vie mondaine. Par ailleurs, des salons prérévolutionnaires se multiplient à la fin du siècle : ceux de Madame d’Epinay, Necker, Helvetius ou encore d’Hollbach.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les clubs sont, eux, exclusivement réservés aux hommes. Le Marquis d’Argenson dans ses Mémoires décrit ainsi celui de l’Entresol :&lt;br /&gt;« C’était une espèce de club à l’anglaise ou de société politique parfaitement libre, composée de gens qui aimaient à raisonner sur ce qui se passait … Cette société s’appelait l’Entresol, parce que le lieu où elle s’assemblait était un entresol dans lequel logeait l’abbé Alary. On y trouvait toutes sortes de commodités, bons sièges, bon feu en hiver, et en été des fenêtres ouvertes sur un joli jardin. On n’y dînait, ni on n’y soupait ; mais on y pouvait prendre du thé en hiver et en été de la limonade et de la liqueur fraîche. En tout temps on y trouvait des gazettes de France, de Hollande et même les papiers anglais. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De même, Montesquieu, dans Les Lettres Persanes, décrit ainsi les cafés parisiens :&lt;br /&gt;« Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d’autres, on joue aux échecs. Il y en a une où on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent : au moins de tous ceux qui en sortent, il n’y a personne qui ne croie qu’il en a quatre fois plus que lorsqu’il y est entré. Mais ce qui me choque dans ces beaux esprits, c’est qu’ils ne se rendent pas utiles à leur patrie et qu’ils amusent leurs talents à des choses puériles. Par exemple, lorsque j’arrivai à Paris, je les trouvai échauffés sur une dispute la plus mince qui se puisse imaginer : il s’agissait de la réputation d’un vieux poètes grec dont, depuis deux mille ans, on ignore la patrie, aussi bien que le temps de sa mort. Les deux parties avouaient que c’était un poète excellent : il n’était pas question que de plus ou moins de mérite qu’il fallait lui attribuer. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, d’après Daniel Roche[11], 15 % des loges maçonniques sont composées de la noblesse, 29% de la bourgeoisie négociante, 27% de la bourgeoisie judiciaire et administrative, 10% d’enseignants et de bourgeois divers, 10% d’artisans, 5% de médecins et de professions de santé et 4% du clergé, soit 71% de noblesse et haute bourgeoisie. Le texte du Grand-Orient de France réglementant à cette même époque l’accès aux loges maçonniques stipule :&lt;br /&gt;« Nul profane ne peut être admis avant l’âge de vingt et un ans. Il doit être de condition libre et non servile et maître de sa personne. Un domestique quel qu’il soit ne sera admis qu’au titre de frère servant [chargé du service matériel du temple]. (…) On ne peut recevoir aucun homme professant un état vil et abject, rarement on admettra un artisan, fût-il maître, surtout dans les endroits où les corporations et les communautés ne sont pas établies … Jamais on n’admettra les ouvriers dénommés compagnons dans les arts et métiers. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, les couches populaires sont exclues des Lumières, non seulement parce que les préoccupations des philosophes ne sont pas les leurs, mais aussi parce que les élites ont cherché volontairement à les en exclure. C’est une vision paternaliste qui persiste : il faut éduquer le peuple avant de l’intégrer aux corps décisionnaires, cette éducation pouvant prendre un certain temps. C’est l’impatience populaire qui conduira à la radicalisation de la Révolution, d’autant plus que les Lumières pénètrent toutefois une certaine catégorie du peuple par l’intermédiaire de la presse, des livres, du colportage, des affiches et des chansons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, si nobles progressistes et bourgeois se retrouvent au sein de ces salons, c’est d’abord parce que la philosophie des Lumières est avant tout une philosophie du bonheur individuel lié à l’amélioration des conditions de vie des élites :&lt;br /&gt;« La vie mondaine des élites, qui confondent haute noblesse et grande bourgeoisie de finance et de négoce, stimule l’activité économique et la création intellectuelle. Un certain libertinage trouve là sa justification. Le tourbillon des fêtes galantes, la consommation des biens et des corps seraient conformes au progrès. »[12]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On retrouve au sein de la philosophie des Lumières la distinction entre les utilitaristes et les communautaires : les premiers s’appuient sur le raisonnement pour affirmer que l’intérêt collectif est fondé sur l’intérêt bien compris de chacun à se retrouver dans l’entraide de tous – ce que Tocqueville nommera « l’intérêt bien entendu » – ; les seconds défendent le sentiment pour affirmer que l’homme est naturellement poussé vers la sociabilité, autrement dit vers la « bienfaisance », distincte de la charité chrétienne. Les deux courants, le premier au titre de la raison et le second au titre de la nature, s’opposent à la domination de la religion.&lt;br /&gt;Si le courant des Lumières ne s’adresse pas au peuple, il influence les élites qui mettront en place la société postérieure à l’Ancien Régime :&lt;br /&gt;« Une telle rationalisation de la vie collective vise au bonheur de tous. Alors que la monarchie féodalo-absolutiste apparaît comme au service de privilégiés, la politique qui se réclame de la nature ou de la raison se veut la même pour tous. L’idéal pédagogique prétend à long terme égaliser les chances, sinon établir une égalité sociale. Mais à court terme, la réalité de l’ignorance des masses et la lenteur des progrès imposent au philosophe de parler au nom de la collectivité. (…) les Lumières se présentent comme une philosophie de la liberté ou comme une philosophie de l’égalité et débouchent sur la Révolution de 1789 ou sur celle de 1793.»[13]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi se dessine au sein des salons le clivage politique fondamental que nous connaissons encore aujourd’hui : libéralisme ou démocratie. C’est le premier qui interdira l’association en tant que « corps intermédiaire » après la Révolution française et remettra la souveraineté populaire à plus tard. C’est la révolution démocratique de 1848 qui la rétablira en introduisant le suffrage universel masculin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est pourquoi la philosophie des Lumières reste conservatrice : elle prône certes l’égalité, mais l’égalité entre les élites nobles et bourgeoises, amenées à jouer un rôle de contrepoids au pouvoir monarchique, qui n’est pas remis en cause.&lt;br /&gt;Ainsi, Montesquieu prône la séparation des pouvoirs et le renforcement des « corps intermédiaires », à savoir la noblesse et les parlementaires, permettant d’équilibrer le pouvoir du roi et de lutter contre les excès du monarque mais aussi du peuple.&lt;br /&gt;« Pour Montesquieu liberté et prospérité vont de pair. Ses vœux vont donc à un sage compromis entre l’aristocratie et la bourgeoisie marchande : un compromis qui consolide les prérogatives de la première, mais laisse à la seconde toutes ses chances. »[14]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Edith Archambault écrit à propos de Montesquieu :&lt;br /&gt;« Cette revendication d’une totale responsabilité sociale de l’Etat est très caractéristique de la mentalité française. Elle s’oppose à l’accent mis dans les pays anglo-saxons sur la responsabilité individuelle ; elle contraste aussi avec l’épanouissement de la société civile au XVIIIe siècle. »[15]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la lumière de la situation hongroise, il nous semble au contraire que c’est l’Etat en France qui a mis en place les conditions d’épanouissement de la « société civile », l’absence de pouvoir royal en Hongrie ayant entravé la diversification de la société en marge d’un pouvoir nobiliaire fort. L’opposition entre Etat et « société civile » résulte, ainsi, d’une analyse contemporaine anachronique au regard d’une étude historique. Ainsi, René Rémond affirme, au contraire :&lt;br /&gt;« Elle [l’opinion] rêve d’une refonte qui s’opérerait dans l’ordre et l’harmonie, avec l’assentiment et même l’initiative du pouvoir royal. L’esprit de la Révolution se définit par cette volonté de rationalisme qui prend le contre-pied du respect de la tradition propre à l’Ancien Régime, et ce rêve d’une unification qui ferait table rase de la diversité d’institutions accumulées depuis des siècles.»[16]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De même, Voltaire a été fortement séduit par le despotisme éclairé. Comme la majorité des philosophes des Lumières, il admire le système anglais fondé sur l’équilibre imposé au monarque par les Chambres représentant les élites aristocratiques et bourgeoises de la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rousseau défend, lui, la souveraineté populaire par l’intermédiaire du Contrat social, fondé sur l’association d’individus libres et égaux qui prennent un engagement volontaire envers eux-mêmes et envers la cité. La volonté de s’associer n’est pas fondée, selon Rousseau, sur l’intérêt bien entendu mais sur la justice et la vertu de chacun : le contrat social défend une morale qui dépasse la simple addition des intérêts individuels pour devenir l’intérêt général.&lt;br /&gt;« (…) la cité rousseauiste cherche à réunir en un tout deux types de lien social. C’est une « société » (Gesellschaft), une association contractuelle, rationnellement constituée en vue de fins précises, assurant notamment à chacun de ses membres la liberté, la sécurité, l’égalité en droit de la propriété. Mais la cité c’est aussi et même surtout une « communauté » (Gemeinschaft) de valeurs et de mœurs dont les membres sont réunis par des liens affectifs, personnels et directs, par une solidarité qui traduit leur appartenance à un « moi commun ». Autrement dit, le corps politique n’est pas seulement un moyen pour assurer la bonne marche des affaires publiques ; la cité est une patrie affectionnée par ses citoyens. »[17]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rousseau réconcilierait l’explication utilitariste et communautaire de l’association. Cependant, le philosophe exècre également l’atomisation de la cité : l’association qu’il décrit est unique, monolithique ; elle n’est applicable qu’aux petites unités politiques éloignées de la complexification croissante de la société française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a donc une effervescence réelle de l’association en France, véhiculée par la philosophie des Lumières. Cependant, elle ne concerne pas la population entière : elle s’adresse à une élite défendant ses intérêts.&lt;br /&gt;[1] Miklos Molnàr, op.cit. Page 146.&lt;br /&gt;[2] René Rémond, op.cit. Page 53.&lt;br /&gt;[3] Miklos Molnàr, op.cit. Page 142.&lt;br /&gt;[4] René Rémond, op.cit. Page 49.&lt;br /&gt;[5] Norbert Elias, La dynamique de l’Occident, coll. « Agora », Calmann-Lévis, 1975, Paris. Page 61.&lt;br /&gt;[6] Norbert Elias, op.cit. Page 38.&lt;br /&gt;[7] Norbert Elias, op.cit. Page 117.&lt;br /&gt;[8] Norbert Elias, op.cit. Page 61.&lt;br /&gt;[9] René Rémond, op.cit. Page 61.&lt;br /&gt;[10] Edith Archambault, op. cit. Page 24.&lt;br /&gt;[11] Daniel Roche, Les Français et l’Ancien Régime, A. Colin, 1984, Paris.&lt;br /&gt;[12] Michel Delon, « Bonheur », chapitre 1.2 « Politique des Lumières » in Nouvelle histoire des idées politiques, dir. Pascal Ory, coll. « Pluriel », Hachette, 1987, Paris. Page 80.&lt;br /&gt;[13] Michel Delon, op. cit. Page 82.&lt;br /&gt;[14] Jean Ehrard, chapitre 1.2.2. « Montesquieu » in Nouvelle histoire des idées politiques, op. cit. Page 101.&lt;br /&gt;[15] Edith Archambault, op.cit. Page 24.&lt;br /&gt;[16] René Rémond, op.cit. Page 144.&lt;br /&gt;[17] Bronislaw Baczko, chapitre 1.2.3. « Rousseau, rousseauismes » in Nouvelle histoire des idées politiques, op.cit. Page 117.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-3023722026248504802?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/3023722026248504802/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=3023722026248504802' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3023722026248504802'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/3023722026248504802'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/les-trois-europes-socit-dordres-et.html' title='&quot;Les Trois Europes&quot; : société d&apos;ordres et société de classes'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-641376394996472820</id><published>2007-10-04T16:36:00.000-07:00</published><updated>2007-10-08T13:29:47.621-07:00</updated><title type='text'>"Les Trois Europes" : introduction</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les prémisses de l’association montrent un développement similaire en France et en Hongrie. Initialement, les associations se développent dans le giron de l’Eglise.&lt;br /&gt;Progressivement, l’affirmation des villes et l’essor de la bourgeoisie d’une part, le renforcement du pouvoir royal d’autre part, concourent tous deux au développement d’initiatives à but social ou professionnel.&lt;br /&gt;“(…) the early development of the Hungarian economy society, and consequently of the voluntary sector in Hungary was not significantly different from the development in other European countries up to the end of the fifteenth century. The central secular authority often came into conflict with the Church on the one hand and the feudal barons on the other. Simultaneously, the bourgeoisie of the cities were establishing their own status, developing their own administrative sphere and methods and selling their support to the king in return for charters of liberties.”[1]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au Moyen Age, les associations en France évoluent au sein de la sphère religieuse, du fait d’un système féodal ne laissant pas de place à la construction d’un Etat. C’est au sein de la paroisse que se réunissent les familles et les groupes, et que les indigents et les malades sont soignés ; c’est également l’Eglise qui contrôle les confréries, particulièrement actives dans les villes après le déclin du monachisme, au sein desquelles s’organisent les entraides et les premières associations professionnelles : les unions d’ouvriers (jurandes) garderont cette marque via le serment religieux, la protection des saints patrons, leurs statuts étant approuvés par l’autorité royale. Les regroupements de maîtres et élèves, l’université et les collèges sont également sous la protection de l’Eglise. En revanche, l’argent est condamné par les autorités religieuses : c’est donc en marge de celle-ci que se développent les sociétés d’assurances, le commerce, les banques.&lt;br /&gt;En Hongrie, le pouvoir de l’Eglise remonte à la christianisation du peuple et à la mise en place d’un système féodal par le Prince Géza (970-997) et le roi Etienne (997-1038) : les congrégations religieuses invitées sur le territoire pour convertir reçoivent alors les richesses prises aux païens. L’Eglise assure, ainsi, non seulement le prosélytisme mais aussi la protection des pauvres, des veuves et des orphelins, d’après une prérogative fixée par le Code de Loi du roi Etienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, on constate dans les deux pays un développement des villes et l’affirmation de la bourgeoisie. En effet, au fur et à mesure, le pouvoir royal et les laïcs prennent une part grandissante dans le règlement des problèmes sociaux. Alors que les nobles se réunissent au sein des ordres de chevalerie, le peuple se regroupe en associations, à une époque marquée – comme partout en Europe – par le développement du commerce et des villes, même si le développement de ces dernières est moins important en Hongrie qu’en Europe occidentale.&lt;br /&gt;« La ville médiévale hongroise sert plus à la sécurité militaire et à la politique de peuplement qu’au développement de véritables centres artisanaux et commerciaux, à l’exception du futur Budapest qui englobe Buda, Pest et Òbuda ».[2]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On y trouve cependant les mêmes associations d’entraide et d’aide sociale, religieuses ou encore de divertissement que dans les villes occidentales.&lt;br /&gt;Comme en France, les premières associations professionnelles sont fortement marquées par la dimension religieuse, dont elles garderont une certaine tradition, mais elles laissent cependant présager l’indépendance des corporations, qui assurent un monopole grandissant. C’est pourquoi se développent, en marge de celles-ci, les unions d’ouvriers, moins « élitistes ».&lt;br /&gt;En France, les habitants des villes s’unissent par serment dans une association visant à instaurer la paix et une certaine autonomie par rapport au pouvoir féodal, donnant ainsi naissance à la « commune ». La commune devient ensuite une communauté de droit public qui détient l’autorité dans une ville, élit ses représentants, organise la justice et la défense, notamment des droits civiques. Du fait du développement démographique et économique, les bourgeois prennent une part grandissante dans le secours des pauvres, concurrençant dans ce domaine la générosité royale et aristocratique. Le secours mutuel au sein des corporations se renforce. Parallèlement, l’Eglise ne parvient plus à assurer seule les services d’aide sociale, notamment après la guerre de Cent Ans et la Peste Noire (1348), qui ont engendré une explosion du nombre de pauvres et de malades. Progressivement, le contrôle étatique est assuré dans tous les domaines, les populations marginales étant enfermées dans des lieux spécifiques, tels que les maisons de correction.&lt;br /&gt;De même en Hongrie, les villes s’investissent de plus en plus dans la gestion des services sociaux : les premières écoles à Buda sont certes supervisées par l’Eglise, mais la municipalité en est le mécène. Si la religion marque profondément la vie privée des Hongrois du Moyen Age, ils préfèrent cependant exercer un contrôle sur les fonds publics et les dons laïcs par l’intermédiaire de l’autorité municipale. Les institutions ainsi crées sont à mi-chemin entre organisme public et structure privée à but non lucratif. Elles bénéficient de donations, de dons privés, et du soutien de fondations et de legs, mais elles sont également soutenues par la municipalité, que ce soit financièrement ou par l’intermédiaire de privilèges. Les dirigeants de ces institutions sont nommés par la municipalité, qui en rémunère également les employés. Par ailleurs, ces structures bénéficient du soutien de nombreux bénévoles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Initialement sous l’égide de l’Eglise, puis grâce à la protection royale et à l’essor économique, les villes auraient probablement pu devenir des fourmilières associatives aussi dynamiques en Hongrie qu’en Europe occidentale. Cependant, l’invasion ottomane et l’ancrage du système féodal figèrent durablement le retard hongrois.&lt;br /&gt;[1] Eva Kuti, The nonprofit sector in Hungary, “John Hopkins Nonprofit Sector series”, Manchester University Press, Great Britain, 1996. Page 17. Traduction française : « Les premiers stades du développement économique et social hongrois, et par conséquent du secteur volontaire en Hongrie n’était pas significativement différent du développement observé dans les autres pays européens jusqu’à la fin du XVe siècle. L’autorité centrale laïque entrait souvent en conflit avec l’Eglise d’une part, les barons féodaux d’autre part. Simultanément, la bourgeoisie des villes était en train d’établir son propre statut et de développer sa propre sphère administrative et méthodes, en vendant son appui au roi en échange de chartes de libertés. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[2] Miklos Molnar, Histoire de la Hongrie, coll. « Nations d’Europe », Hatier, Paris, 1996. Page 69.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-641376394996472820?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/641376394996472820/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=641376394996472820' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/641376394996472820'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/641376394996472820'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/les-trois-europes-introduction.html' title='&quot;Les Trois Europes&quot; : introduction'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-8260612825873385420</id><published>2007-10-04T16:35:00.000-07:00</published><updated>2007-10-04T16:36:06.007-07:00</updated><title type='text'>Association et société en France et en Hongrie : prémisses</title><content type='html'>Les prémisses de l’association montrent un développement similaire en France et en Hongrie. Initialement, les associations se développent dans le giron de l’Eglise.&lt;br /&gt;Progressivement, l’affirmation des villes et l’essor de la bourgeoisie d’une part, le renforcement du pouvoir royal d’autre part, concourent tous deux au développement d’initiatives à but social ou professionnel.&lt;br /&gt;“(…) the early development of the Hungarian economy society, and consequently of the voluntary sector in Hungary was not significantly different from the development in other European countries up to the end of the fifteenth century. The central secular authority often came into conflict with the Church on the one hand and the feudal barons on the other. Simultaneously, the bourgeoisie of the cities were establishing their own status, developing their own administrative sphere and methods and selling their support to the king in return for charters of liberties.”&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn1" name="_ftnref1"&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au Moyen Age, les associations en France évoluent au sein de la sphère religieuse, du fait d’un système féodal ne laissant pas de place à la construction d’un Etat. C’est au sein de la paroisse que se réunissent les familles et les groupes, et que les indigents et les malades sont soignés ; c’est également l’Eglise qui contrôle les confréries, particulièrement actives dans les villes après le déclin du monachisme, au sein desquelles s’organisent les entraides et les premières associations professionnelles : les unions d’ouvriers (jurandes) garderont cette marque via le serment religieux, la protection des saints patrons, leurs statuts étant approuvés par l’autorité royale. Les regroupements de maîtres et élèves, l’université et les collèges sont également sous la protection de l’Eglise. En revanche, l’argent est condamné par les autorités religieuses : c’est donc en marge de celle-ci que se développent les sociétés d’assurances, le commerce, les banques.&lt;br /&gt;En Hongrie, le pouvoir de l’Eglise remonte à la christianisation du peuple et à la mise en place d’un système féodal par le Prince Géza (970-997) et le roi Etienne (997-1038) : les congrégations religieuses invitées sur le territoire pour convertir reçoivent alors les richesses prises aux païens. L’Eglise assure, ainsi, non seulement le prosélytisme mais aussi la protection des pauvres, des veuves et des orphelins, d’après une prérogative fixée par le Code de Loi du roi Etienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, on constate dans les deux pays un développement des villes et l’affirmation de la bourgeoisie. En effet, au fur et à mesure, le pouvoir royal et les laïcs prennent une part grandissante dans le règlement des problèmes sociaux. Alors que les nobles se réunissent au sein des ordres de chevalerie, le peuple se regroupe en associations, à une époque marquée – comme partout en Europe – par le développement du commerce et des villes, même si le développement de ces dernières est moins important en Hongrie qu’en Europe occidentale.&lt;br /&gt;« La ville médiévale hongroise sert plus à la sécurité militaire et à la politique de peuplement qu’au développement de véritables centres artisanaux et commerciaux, à l’exception du futur Budapest qui englobe Buda, Pest et Òbuda ».&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn2" name="_ftnref2"&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On y trouve cependant les mêmes associations d’entraide et d’aide sociale, religieuses ou encore de divertissement que dans les villes occidentales.&lt;br /&gt;Comme en France, les premières associations professionnelles sont fortement marquées par la dimension religieuse, dont elles garderont une certaine tradition, mais elles laissent cependant présager l’indépendance des corporations, qui assurent un monopole grandissant. C’est pourquoi se développent, en marge de celles-ci,  les unions d’ouvriers, moins « élitistes ».&lt;br /&gt;En France, les habitants des villes s’unissent par serment dans une association visant à instaurer la paix et une certaine autonomie par rapport au pouvoir féodal, donnant ainsi naissance à la « commune ». La commune devient ensuite une communauté de droit public qui détient l’autorité dans une ville, élit ses représentants, organise la justice et la défense, notamment des droits civiques. Du fait du développement démographique et économique, les bourgeois prennent une part grandissante dans le secours des pauvres, concurrençant dans ce domaine la générosité royale et aristocratique. Le secours mutuel au sein des corporations se renforce. Parallèlement, l’Eglise ne parvient plus à assurer seule les services d’aide sociale, notamment après la guerre de Cent Ans et la Peste Noire (1348), qui ont engendré une explosion du nombre de pauvres et de malades. Progressivement, le contrôle étatique est assuré dans tous les domaines, les populations marginales étant enfermées dans des lieux spécifiques, tels que les maisons de correction.&lt;br /&gt;De même en Hongrie, les villes s’investissent de plus en plus dans la gestion des services sociaux : les premières écoles à Buda sont certes supervisées par l’Eglise, mais la municipalité en est le mécène. Si la religion marque profondément la vie privée des Hongrois du Moyen Age, ils préfèrent cependant exercer un contrôle sur les fonds publics et les dons laïcs par l’intermédiaire de l’autorité municipale. Les institutions ainsi crées sont à mi-chemin entre organisme public et structure privée à but non lucratif. Elles bénéficient de donations, de dons privés, et du soutien de fondations et de legs, mais elles sont également soutenues par la municipalité, que ce soit financièrement ou par l’intermédiaire de privilèges. Les dirigeants de ces institutions sont nommés par la municipalité, qui en rémunère également les employés. Par ailleurs, ces structures bénéficient du soutien de nombreux bénévoles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Initialement sous l’égide de l’Eglise, puis grâce à la protection royale et à l’essor économique, les villes auraient probablement pu devenir des fourmilières associatives aussi dynamiques en Hongrie qu’en Europe occidentale. Cependant, l’invasion ottomane et l’ancrage du système féodal figèrent durablement le retard hongrois.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref1" name="_ftn1"&gt;[1]&lt;/a&gt; Eva Kuti, The nonprofit sector in Hungary, “John Hopkins Nonprofit Sector series”, Manchester University Press, Great Britain, 1996. Page 17. Traduction française : « Les premiers stades du développement économique et social hongrois, et par conséquent du secteur volontaire en Hongrie n’était pas significativement différent du développement observé dans les autres pays européens jusqu’à la fin du XVe siècle. L’autorité centrale laïque entrait souvent en conflit avec l’Eglise d’une part, les barons féodaux d’autre part. Simultanément, la bourgeoisie des villes était en train d’établir son propre statut et de développer sa propre sphère administrative et méthodes, en vendant son appui au roi en échange de chartes de libertés. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref2" name="_ftn2"&gt;[2]&lt;/a&gt; Miklos Molnar, Histoire de la Hongrie, coll. « Nations d’Europe », Hatier, Paris, 1996. Page 69.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-8260612825873385420?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/8260612825873385420/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=8260612825873385420' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8260612825873385420'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/8260612825873385420'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/association-et-socit-en-france-et-en.html' title='Association et société en France et en Hongrie : prémisses'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-5156003286940505576</id><published>2007-10-04T16:33:00.000-07:00</published><updated>2007-10-04T16:34:36.425-07:00</updated><title type='text'>Sociologie de l'association : pourquoi s'associer ?</title><content type='html'>Pourquoi les hommes se regroupent-ils en association ? Cette question a été maintes fois débattue. Les uns, dénommés « utilitaristes », affirment que c’est la défense d’intérêts individuels ou collectifs qui pousse à l’association ; les autres, appelés « communautaristes », défendent l’existence d’une solidarité intrinsèque dépassant tout calcul. A partir de ce clivage sommaire s’est élaboré une longue série de théories et d’interprétations analysant la place de l’association dans notre société, ses rapports avec l’Etat et le marché. Le chercheur, dont les études et préconisations sont transmises aux décideurs politiques, s’inscrit nécessairement dans une lignée interprétative. C’est pourquoi il nous semble ici important, d’une part, de distinguer ces deux grands courants et, d’autre part, de rattacher les chercheurs précités au postulat défendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157207"&gt;&lt;/a&gt;&lt;a name="_Toc119489182"&gt;1.                  L’explication utilitariste&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;« (…) En somme, l’association occupe un espace laissé vacant par le marché et l’Etat en autorisant une défense du point de vue de l’usager soit directement par le recours à l’auto-organisation ou par l’association avec d’autres partenaires, soit indirectement quand l’initiative émane de professionnels ou de responsables administratifs conscients d’un manque dans l’offre existante, ou encore d’entrepreneurs mus par des convictions profondes. » &lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn1" name="_ftnref1"&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme l’analyse Jean-Louis Laville, ce courant de pensée, lié à l’économie libérale, définit l’intérêt comme fondement de l’action humaine. Ainsi, ces chercheurs tentent de découvrir quel serait l’intérêt qui pousserait à fonder une association, en l’absence de but lucratif. Certains l’expliquent de manière individualiste par l’importance pour un dirigeant de faire adhérer un maximum de personnes à son projet, d’autres y voient la défense d’intérêts de groupes ne trouvant pas dans les lois du marché leur satisfaction. L’association peut aussi se substituer aux pouvoirs publics si le groupe qui la fonde juge que ses intérêts ne sont pas suffisamment défendus. C’est pourquoi – comme nous le verrons dans notre seconde partie – le courant libéral est fondé sur le pouvoir des juges et l’Etat de droit : devant la multiplication d’intérêts contradictoires, une instance délibérative doit être mise en place pour juger et départager. Ainsi, le courant libéral est également défini par le pragmatisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, certains utilitaristes tels que Harsanyi ou Gauthier dépassent la théorie utilitariste initiale pour tenter de démontrer que l’individu peut également avoir intérêt au désintéressement : c’est une stratégie indirecte qui pousse l’individu à être juste pour en récolter les fruits.  De même, Philippe Chanial analyse les écrits de certaines figures libérales telles que Mme de Staël, Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville pour démontrer que leurs thèses sont à la limite de l’utilitarisme et tendent à le dépasser.&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn2" name="_ftnref2"&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lester M. Salamon et Helmut K. Anheier font partie de ce courant : dans le prolongement de l’économie néo-classique, ils défendent la théorie du « choix institutionnel »:&lt;br /&gt;« Selon ceux-ci, les services privés et publics rencontrent des obstacles qui les empêchent de couvrir toutes les demandes potentielles et qui expliquent la présence d’organisations privées non lucratives dont l’offre de services apparaît complémentaire, ce qui n’empêche pas certaines faiblesses propres aux associations tenant à l’absence d’incitation à l’efficacité et au paternalisme philanthropique. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn3" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn3" name="_ftnref3"&gt;[3]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, le milieu associatif est là pour pallier les manquements de l’Etat d’une part, du marché d’autre part, si les intérêts ne sont pas satisfaits. Bien plus que défricheur de nouvelles actions face à de nouveaux besoins, il est véritablement un « tiers secteur ». Ce n’est donc pas un hasard si cette expression est employée dans les rapports édités par le Groupe de recherches sur le secteur à but non lucratif hongrois. Cependant, ce tiers secteur se définit par défaut : il ne peut se développer qu’en marge de deux forces dominantes. Ainsi, l’association se retrouverait en lutte perpétuelle contre l’Etat et le marché : l’association pallie les défaillances de l’Etat, qui pallie lui-même les manquements du marché, qui est à la base de tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Remise en cause sur le plan théorique par les analyses de politologues tels que Hannah Arendt et par des économistes tels que Karl Polànyi, le défaut majeur de cette théorie est de négliger l’analyse historique.&lt;br /&gt;Comme nous le verrons dans notre seconde partie, les pages consacrées à l’histoire dans les ouvrages d’Eva Kuti et d’Edith Archambault ont un fil conducteur : décrire la lutte des associations contre l’oppression étatique. Nous nous attacherons donc à analyser ce postulat à la lumière d’ouvrages d’historiens.&lt;br /&gt;« Comprendre le fonctionnement associatif passe nécessairement par l’adoption d’une méthode historique d’étude de ses phases de réponses aux évolutions de la société. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn4" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn4" name="_ftnref4"&gt;[4]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien plus, comme le remarque Jean-Louis Laville, « la place des associations est historiquement liée à l’Etat, à tel point que l’évidence répandue dans de nombreuses publications selon laquelle les associations fleuriraient quand l’Etat est absent ou se désengage est contredite par les faits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="_Toc128157208"&gt;&lt;/a&gt;&lt;a name="_Toc119489183"&gt;2.                  L’explication communautaire : l’associationnisme civique&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; Le communautarisme rejette la démarche rationaliste et individualiste.&lt;br /&gt;« Selon lui l’individualisme libéral relève d’une conception anhistorique, asociale et désincarnée du sujet. L’individu comme atome, sans attaches exerçant sa capacité de choisir objectivement et indépendamment de la situation dans laquelle il est placé est une fiction parce qu’il est impossible de définir droits et libertés hors d’une communauté où peut être faite l’expérience d’une compréhension mutuelle. (…) La référence à l’intérêt et au contrat échoue à rendre compte des créations associatives où le sentiment subjectif d’appartenance est premier. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn5" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn5" name="_ftnref5"&gt;[5]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le M.A.U.S.S., Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales, défend notamment ce postulat :&lt;br /&gt; « Si la démocratie ne s’épuise pas dans l’argent et le pouvoir, c’est peut-être qu’elle repose principiellement sur une autre force productive, la solidarité. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn6" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn6" name="_ftnref6"&gt;[6]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, le courant communautaire critique le libéralisme en l’accusant de détruire le lien social, en voulant le remplacer par la pure rationalité et le contrat. L’association, au contraire, suppose la confiance et la reconnaissance mutuelle, mais aussi l’inscription volontaire dans un groupe pour créer un lien intersubjectif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l’opposition entre utilitaristes et communautaristes relève effectivement de deux courants de pensée opposés, l’association relève – dans les faits – des deux conceptions : « le meilleur moyen, à notre sens, pour dépasser cette aporie est de retrouver l’originalité fondamentale de l’association qui est de s’inscrire dans l’espace démocratique en revendiquant la liberté et l’égalité entre ses membres. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn7" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn7" name="_ftnref7"&gt;[7]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Comme nous allons le démontrer dans notre seconde partie, la division sociétale entre Etat, marché et société civile semble quelque peu réductrice à la lumière de l’analyse historique. En effet, l’Etat a durablement joué un rôle moteur dans le développement des initiatives privées.&lt;br /&gt;Cependant, si l’on considère la nature même de l’association, celle-ci peut tout aussi bien suivre une démarche utilitariste que communautaire, à savoir défendre des intérêts particuliers – notamment des intérêts de groupe ou de classe – ou bien s’inscrire dans un  lien plus large de partage et de solidarité.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref1" name="_ftn1"&gt;[1]&lt;/a&gt; Jean-Louis Laville et Renaud Sainsaulieu, Sociologie de l’association, coll. « Sociologie économique », Desclée de Brouwer, 1997, Paris.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref2" name="_ftn2"&gt;[2]&lt;/a&gt; Philippe Chanial, op.cit. , Justice, don et association, « La délicate essence de la démocratie », Coll. « Recherches », Série « Bibliothèque M.A.U.S.S. », La Découverte, 2001, Paris. Deuxième partie.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn3" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref3" name="_ftn3"&gt;[3]&lt;/a&gt; Jean-Louis Laville, op.cit. Page 77. D’après l’ouvrage de L. Salamon, Partners in Public Service : Governement-Non Profit Relations in the Modern Welfare State, The John Hopkins University Press, 1995, Baltimore.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn4" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref4" name="_ftn4"&gt;[4]&lt;/a&gt; Jean-Louis Laville, op.cit. Page298.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn5" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref5" name="_ftn5"&gt;[5]&lt;/a&gt; Jean-Louis Laville et Renaud Sainsaulieu, op. cit. Page 46.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn6" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref6" name="_ftn6"&gt;[6]&lt;/a&gt; Philippe Chanial, op.cit. Page 48.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn7" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref7" name="_ftn7"&gt;[7]&lt;/a&gt; Jean-Louis Laville et Renaud Sainsaulieu, op. cit. Page 51.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-5156003286940505576?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/5156003286940505576/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=5156003286940505576' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/5156003286940505576'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/5156003286940505576'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/sociologie-de-lassociation-pourquoi.html' title='Sociologie de l&apos;association : pourquoi s&apos;associer ?'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4236333597102964155.post-437560374118926014</id><published>2007-10-04T16:25:00.000-07:00</published><updated>2007-10-04T16:26:19.488-07:00</updated><title type='text'>Introduction</title><content type='html'>« « Fondations, clubs, mouvements de toutes sortes dont la création est favorisée par une large liberté d'association se jettent, en cette période fiévreuse, à l'assaut des partis politiques et vont au-delà de leur vocation première », observe le politologue tchèque Frantisek Samalik. »&lt;br /&gt;Frédéric Gaussen, Le Monde, 20.11.1992&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« La " société civile ", que l'on croyait anéantie par plus d'un demi-siècle de domination étatique, semble enfin se réveiller, non seulement en Pologne ou en Hongrie, mais en URSS même où elle s'affirme face à un système politique en crise. » Thomas Ferenczi nomme ce mouvement « la spontanéité imprévisible ». Thomas Ferenczi, Le Monde, 27.10.1989&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Without wishing to deny the importance of facilitation and encouragement on the part of government and from some Western foundations and official aid agencies, we can state that the renaissance of the Hungarian voluntary sector started in 1990 mostly as a result of private initiatives. People, who wanted to act at last as citizens instead of being subordinates, established non-profit organizations in order to exercice some control over social processes, decision making and the provision of welfare services. Solemnly speaking, many of these voluntary organizations were born as the institutions of civil society. In a more pragmatic interpretation, they appeared as alternative policy makers directly expressing the interests and aims of social actors. Anyway, their extremely impressive development would have hardly been possible without a very old, rich and strong tradition of the voluntary sector in Hungary.»&lt;br /&gt;Eva Kuti, The nonprofit sector in Hungary, coll. “John Hopkins Nonprofit Sector Series”, Manchester University Press, 1996, Manchester. &lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn1" name="_ftnref1"&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la chute du régime soviétique, il a été beaucoup question de renaissance de la « société civile » dans les pays d’Europe centrale et orientale. Une renaissance faisant suite à des années d’oppression par un régime totalitaire, assoupli les dernières années précédant sa chute. L’idée que la société civile s’oppose à un Etat oppresseur a fait son chemin : les regroupements privés, la création de groupes, d’« associations », sont devenus les fers de lance de la liberté et de la démocratie, dans la droite lignée des temps romains. Comme le mentionne Jean Desfrasne, « en face d’un Etat autoritaire l’association consacre l’exercice de la liberté. (…) L’association est ainsi dans le monde romain, très peu porté à la démocratie, un des rares domaines où celle-ci peut s’exercer. » &lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn2" name="_ftnref2"&gt;[2]&lt;/a&gt; Entre Rome et la chute du pouvoir soviétique, la boucle est bouclée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, qu’est-ce qu’une association si ce n’est le fait de s’associer ? S’associer comment ? Dans quel but ? Pour défendre ses intérêts ? Pour s’opposer au pouvoir en place ? Pour partager tout simplement des loisirs ? Si ces regroupements sont observables dans tout pays, n’est-il pas cependant lié à un contexte, à des faits historiques qui ont conduit à une évolution spécifique dans chacun des pays observés ? L’association n’est-elle pas au cœur des évolutions sociétales ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il nous semble, en effet, pertinent d’analyser l’évolution des sociétés dans les deux pays choisis : s’appuyer sur le factuel nous permettra, à notre sens, de donner une définition dynamique et non figée de notre objet, « l’association », aux contours finalement vagues.&lt;br /&gt;Ainsi, nous privilégions une démarche non fonctionnaliste, à savoir qui ne soit pas fondée sur une « hypothèse méthodologique ou conception visant à considérer tout fait social ou trait culturel dans ses relations avec la totalité du corps social auquel il appartient, ce qui, en déterminant ses rapports fonctionnels avec les autres faits sociaux, en manifeste le sens »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn3" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn3" name="_ftnref3"&gt;[3]&lt;/a&gt;. Plus précisément, il nous semble plus pertinent d’opérer des distinctions sur la base d’une évolution historique, plutôt que de prendre une photographie de la situation actuelle et d’asséner à cette nébuleuse que serait « le milieu associatif » une fonction clairement définie par rapport à l’Etat d’une part, le marché d’autre part.&lt;br /&gt;« (…) à l’intérieur des limites de la pensée utilitaire il n’y a que les modèles qui peuvent avoir du sens, parce que seuls les modèles peuvent être « faits », tandis que les significations ne peuvent l’être, mais, comme la vérité, se dévoileront ou révéleront seulement eux-mêmes. »&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn4" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftn4" name="_ftnref4"&gt;[4]&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est donc une esquisse d’histoire comparée que nous nous proposons de brosser , sachant que les limites de cette démarche se situent dans l’emploi d’un outil fondé initialement sur l’étude documentaire « tangible » et non sur le simple fait de relater les événements. Ainsi, s’il manque à cette histoire comparée la méthode historique, justement, du fait de vouloir détourner celle-ci à des fins sociologiques, il nous semble cependant intéressant d’entreprendre cette démarche, pour les raisons exposées par l’historien Marc Bloch, qui définit la méthode comparative de la manière suivante :&lt;br /&gt;[La pratiquer], c'est « rechercher, afin de les expliquer, les ressemblances et les dissemblances qu'offrent des séries de nature analogue, empruntées à des milieux sociaux différents (…). [Pour parler d’histoire comparée, il faut que deux conditions soient remplies] : « une certaine similitude entre les faits observés - cela va de soi - et une certaine dissemblance entre les milieux où ils se sont produits ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’objet de cette étude est donc d’étudier les points communs et les différences dans l’évolution des sociétés en France et en Hongrie. Cette comparaison permettra, nous l’espérons, de porter un éclairage particulier sur le milieu associatif qu’elles ont engendré.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref1" name="_ftn1"&gt;[1]&lt;/a&gt; Traduction française : « Sans vouloir ignorer le rôle important du gouvernement et de plusieurs fondations occidentales et d’agences officielles pour le faciliter et l’encourager, on peut affirmer que la renaissance du tiers secteur hongrois a débuté dans les années 1990, résultant principalement d’initiatives privées. Les personnes qui voulaient enfin agir en tant que citoyens au lieu d’être subordonnées ont fondé des organisations non gouvernementales, afin d’exercer un certain contrôle sur l’évolution sociale, la prise de décision et l’offre de services sociaux. Plus précisément, bon nombre de ces organisations volontaires sont nées en tant qu’institutions de la société civile. En suivant une interprétation plus pragmatique, elles apparaissent comme des instances génératrices de politiques alternatives, exprimant directement les intérêts et les buts des acteurs sociaux. En tous cas, leur développement extrêmement impressionnant aurait été difficilement envisageable sans une très ancienne tradition, riche et forte, de secteur volontaire en Hongrie. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref2" name="_ftn2"&gt;[2]&lt;/a&gt; Jean Defrasne, La vie associative en France, PUF, « Que sais-je », 1995.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn3" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref3" name="_ftn3"&gt;[3]&lt;/a&gt; L.-M. Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris, 1980.&lt;br /&gt;&lt;a title="" style="mso-footnote-id: ftn4" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=4236333597102964155#_ftnref4" name="_ftn4"&gt;[4]&lt;/a&gt; Hannah Arendt, La crise de la culture, « Le concept d’histoire », coll.  « Folio / Essais », Gallimard, Paris, 1972. Page 108.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4236333597102964155-437560374118926014?l=estherbp.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://estherbp.blogspot.com/feeds/437560374118926014/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4236333597102964155&amp;postID=437560374118926014' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/437560374118926014'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4236333597102964155/posts/default/437560374118926014'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://estherbp.blogspot.com/2007/10/introduction.html' title='Introduction'/><author><name>Esther</name><uri>http://www.blogger.com/profile/02322942059209580543</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
